Grand-Prieuré de France
Le Grand-Prieuré de France, aussi désigné dans les textes comme Grand-Prieuré, Grand-Prieur de France, Grand Prieuré ou Prieuré de France, est une circonscription majeure de l’ordre de l’Hôpital en France. Son centre est à Paris, où il possède la maison du Temple, le Temple à Paris et l’Hôpital ancien. L’institution apparaît comme un cadre de gouvernement, d’administration et de perception, structurant un vaste ensemble de commanderies et de baillies relevant du prieur de France.
Cette organisation s’inscrit dans la longue durée. Au début du XIIIe siècle, le Grand-Prieuré de France dépend encore du prieuré de Saint-Jean-en-l’Île, lez Corbeil. Par la suite, il prend une place de premier rang dans l’espace hospitalier français. Son assise parisienne, l’étendue de ses maisons, la fréquence de ses chapitres et la présence d’officiers spécialisés montrent qu’il ne s’agit pas seulement d’un regroupement de commanderies, mais d’un véritable organisme directeur.
Repères
Le Grand-Prieuré de France est localisé à Paris et relève du royaume de France, tout en débordant largement ce cadre par l’étendue de ses dépendances. En 1317, le Prieuré de France participe à l’assemblée du 21 juin ; il est alors distingué du Prieuré de Champagne et du Prieuré d’Aquitaine. Au XIVe siècle, il est assez solidement constitué pour tenir un chapitre annuel à Paris, attesté le 14 juin 1363, et pour apparaître dans des assemblées propres au prieuré, notamment à la Chandeleur en 1364.
En 1373, le prieuré de France est décrit comme un ensemble particulièrement vaste, réparti dans 26 diocèses, avec 70 baillies et de nombreuses maisons. Cette extension n’empêche pas une forte polarisation parisienne, qui demeure visible jusque dans les possessions modernes du Grand-Prieur de France.
Organisation et administration
Le Grand-Prieuré de France est une composante de l’Hôpital. Le prieur de France en est le chef, entouré d’une administration propre. Celle-ci comprend notamment un receveur au prieuré de France, attesté jusqu’en 1357, puis un receveur général du prieuré de France à partir du 11 juin 1357. Un procureur des bois, eaux, mainmortes et formariages du prieuré est également mentionné, ce qui montre l’importance de la gestion domaniale et juridictionnelle.
Le prieuré réunit des commandeurs, des visiteurs et des frères de l’ordre ; il tient un chapitre général et des assemblées périodiques. Son fonctionnement touche à des questions ordinaires de gouvernement : vacance des commanderies, tailles, spolia, mortuaria et responsiones. Le Grand-Prieur de France est en outre en relation avec de hautes institutions judiciaires, comme le Parlement et la Chambre des requêtes du Palais.
Maisons et commanderies
Le noyau parisien est essentiel. Le Grand-Prieuré de France possède la maison du Temple à Paris, mentionnée encore en 1631, ainsi que le Temple à Paris et l’Hôpital ancien à Paris. Ces maisons appartiennent au Grand-Prieuré et relèvent directement du Grand-Prieur de France. Le prieuré de Saint-Jean-en-l’Île-lez-Corbeil fait aussi partie de cet ensemble, rappelant l’ancien lien avec Corbeil.
Parmi les autres dépendances ou maisons relevant du Grand-Prieuré de France figurent Choisy-le-Temple, Launay-les-Sens, la commanderie de Puiseux-en-Parisis, Hoisy-le-Temple, Louvières et Vaumion, Vaillanpont, la Maison de l’Hôpital de Hautavesnes, ainsi que, à date plus tardive, Tirlemont et Valenciennes. Certaines maisons apparaissent comme commandées ou possédées à des dates précises : Choisy est commandé par le Grand-Prieur de France en 1485 ; le Temple de Coulommiers relève de lui après 1479 ; Puiseux est encore concerné en 1633.
Le réseau médiéval comprend également diverses localités ou baillies rattachées au prieuré, comme Avalterre, Rampillon, Oisemont, Étampes, Chartrain, Saint-Maulvis, Boncourt, Hainaut-et-Cambrésis, Le Mont-de-Soissons et La Renardière. Meaux dépend du Prieuré de France ; Fieffes et Cerisiers lui sont également rattachés après un démembrement. D’autres maisons sont signalées sous leurs formes latines ou anciennes, telles Domus de Calido Furno, la Préceptorie de Malo Passu, la Maison d’Atichy, la Maison Arboris Sancti Martini, la Préceptorie de Compiègne ou la Préceptorie de Pacy.
Prieurs et membres attestés
Plusieurs titulaires ou chefs du Grand-Prieuré de France sont connus. Jean le Turc est donné comme commandant du Grand-Prieuré ; Jean de Nanteuil l’exerce en 1339 ; Robert de Juilly en 1363, puis encore au milieu des années 1370 ; Gérard de Vienne en 1379 ; Emery d’Amboise en est membre puis commandant ; Philippe de Villiers l’Isle-Adam est à la tête du Grand-Prieuré en 1520 ; Alexandre de Vendôme en 1649 ; le duc d’Angoulême en 1777. Le duc d’Orléans commande le Grand-Prieur de France entre 1730 et 1733. Le chevalier de Villiers-l’Isle-Adam est également mentionné comme Grand Prieur avant 1529.
Parmi les frères et membres rattachés à l’institution apparaissent notamment André Pollin en 1247, Hubert de Juilly en 1374, Regnault de Giresme en 1394, Pierre de Bauffremont et Guillaume de Gaoursin en 1424, Nicole de Giresme en 1458, Emery d’Amboise en 1483, Jacquemin en 1747, ainsi que Guillaume d’Achières, Jean du Jardin, Guillaume de Munte, Philippe de Eglis, frère Oger, Piéton, Sennerieves et Beauvais-en-Gâtinais. Certains noms restent plus difficiles à situer précisément dans la hiérarchie, mais leur rattachement au prieuré est net.
Rayonnement et activité
Le Grand-Prieuré de France apparaît non seulement comme une structure territoriale, mais comme un centre de décision. Les habitants de Coulommiers s’adressent au Grand-Prieur de France en 1453. Des actes touchent Auvernaux en 1477, Choisy et La Trace en 1485, ou encore un échange à Marsangis le 20 juillet 1787. Cette continuité documentaire traduit un exercice durable de l’autorité sur les maisons, les terres et les hommes relevant du prieuré.
Au XIVe siècle déjà, l’institution participe aux convocations pour le passagium et se trouve impliquée dans les grandes affaires de l’ordre en Occident. L’étendue de ses baillies, la densité de son implantation parisienne et la qualité des personnages qui le dirigent expliquent la place éminente du Grand-Prieuré de France dans l’histoire hospitalière française.
