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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

futur passagium

futur passagium

Le futur passagium, ou plus simplement passagium, désigne, dans les années 1373-1376, un projet de croisade dirigé contre les Turcs, élaboré dans l’entourage de la papauté d’Avignon et étroitement lié aux Hospitaliers. L’expression renvoie moins à une expédition unique, déjà pleinement identifiable dans son exécution, qu’à une séquence de préparation associant décisions pontificales, convocations, mécanismes de financement, négociations diplomatiques et organisation navale. Le dossier fait ainsi apparaître une entreprise en cours de construction, pensée sur plusieurs années et articulée entre la cour pontificale, Venise, l’espace égéen et divers acteurs politiques et militaires.

Cette préparation se déploie entre Avignon et Venise, avec des prolongements vers Constantinople, Rhodes, la Hongrie, l’Égée, le duché d’Athènes, Vonitza et le golfe d’Arta. Elle met en jeu Grégoire XI, des cardinaux, les Vénitiens, les Hospitaliers, Louis de Hongrie, Jean V, les Grecs, ainsi que des frères de l’ordre tels que Juan Fernandez de Heredia et Hesso Schlegelholtz. Le projet repose notamment sur des galères et sur une organisation financière assez développée pour donner lieu à plusieurs bulles et lettres pontificales. L’ensemble suggère une croisade conçue comme une opération avant tout orientale et maritime.

Contexte et définition

Le futur passagium apparaît dès 1373 dans un climat de réflexion sur la croisade. Il est alors associé à Niccolô d’Osimo. Quelques années plus tard, une longue lettre de Catherine de Sienne à ce même Niccolô d’Osimo, vers janvier 1376, traite encore de cette entreprise, ce qui montre la continuité du projet et son inscription dans des réseaux de discussion qui dépassent la seule décision administrative.

Dès l’origine, l’affaire est insérée dans les préoccupations de la papauté avignonnaise et dans celles de l’Hôpital. Une assemblée des Hospitaliers tenue à Avignon en septembre 1373 concerne déjà ce passagium. Le terme désigne ici une expédition à venir, orientée contre les Turcs, dont la mise en œuvre suppose à la fois gouvernement, financement, mobilisation navale et coordination diplomatique. Les guerres franco-anglaises comptent aussi parmi les éléments qui touchent au projet, ce qui rappelle que la croisade se prépare dans un contexte politique plus large, susceptible d’en peser sur le rythme et les conditions.

Le rôle central des Hospitaliers

Les Hospitaliers occupent une place majeure dans le futur passagium. Le projet les concerne directement comme ordre militaire, comme structure de gouvernement et comme instrument matériel de l’entreprise. Plusieurs indices le montrent : assemblées tenues à Avignon, lettres de Grégoire XI aux prieurs, implication du maître, mention du couvent, participation de frères de premier plan et lien explicite avec les ressources des commanderies.

Le financement du passagium engage en effet l’économie de l’ordre. Une autorisation pontificale du 30 septembre 1374 permet de prêter 20 000 florins au couvent pour cette affaire. D’autres bulles, émises les 13 et 25 janvier 1375 à Avignon et à Venise, portent sur les sommes du passagium, signe d’un suivi rapproché des besoins financiers. Le patrimoine immobilier et foncier des commanderies est lui aussi touché par ces mesures, ce qui montre que la croisade ne relève pas seulement d’un projet politique ou spirituel, mais qu’elle mobilise concrètement les ressources institutionnelles de l’Hôpital.

Les cadres de l’ordre sont directement impliqués. Juan Fernandez de Heredia est mentionné comme participant au passagium, et il l’est encore en 1378, preuve d’une continuité de son engagement dans le prolongement du projet initial. Hesso Schlegelholtz est signalé dans cette affaire en octobre 1375, notamment le 27 octobre, en Hongrie. Le maître de l’Hôpital est également lié au passagium à Rhodes en août 1376. L’assemblée des Hospitaliers à Avignon, probablement en novembre 1375, concerne encore cette même entreprise. Tous ces éléments soulignent que l’Hôpital n’est pas un simple partenaire secondaire, mais l’un des principaux vecteurs de la préparation.

Chronologie des préparatifs

1373-1374 : mise en place

Le projet est attesté dès 1373. Il est en relation avec Niccolô d’Osimo et fait déjà l’objet d’un traitement au sein de l’Hôpital, comme le montre l’assemblée de septembre 1373 à Avignon. Au 13 janvier 1374, deux cardinaux sont associés à l’affaire, ce qui atteste son inscription dans les procédures de la cour pontificale. Le 30 septembre 1374, l’autorisation de prêter 20 000 florins au couvent marque une étape importante : les besoins matériels sont alors assez définis pour appeler une décision financière spécifique.

1375 : intensification pontificale et diplomatique

L’année 1375 paraît constituer un moment d’accélération. Les 13 et 25 janvier, des bulles pontificales traitent des sommes du passagium à Avignon et à Venise, ce qui met en évidence la double dimension curiale et maritime du projet. Un ordre de Grégoire XI vise expressément un passagium contre les Turcs. Dans le même mouvement s’insèrent un projet d’ambassade pontificale à Constantinople et la réponse des Vénitiens au pape sur cette affaire, ce qui montre que la préparation n’est pas uniquement militaire, mais aussi diplomatique.

À l’automne 1375, l’implication d’Hesso Schlegelholtz en Hongrie, ainsi que la participation de Louis de Hongrie, inscrivent le projet dans un cadre politique plus large, reliant l’initiative pontificale aux puissances engagées sur le front oriental. En décembre 1375, des bulles pontificales de convocation pour le passagium sont émises. Une assemblée des Hospitaliers, probablement réunie à Avignon en novembre 1375, concerne également l’entreprise.

1376-1378 : prolongements et persistance

En 1376, le projet reste actif. La longue lettre adressée par Catherine de Sienne à Niccolô d’Osimo vers janvier en constitue un écho important. En août 1376, le maître de l’Hôpital est encore lié au passagium à Rhodes, ce qui montre que l’affaire demeure présente dans les centres de commandement de l’ordre.

Des prolongements apparaissent ensuite en 1377, avec des lettres pontificales de mars, la mention de milites au printemps et la participation d’un scutifer. En 1378, Juan Fernandez de Heredia et Urbain VI sont encore associés au passagium. L’entreprise déborde donc la séquence principale de 1373-1376, même si son aboutissement concret reste difficile à saisir dans le détail.

Espaces, logistique et partenaires

Le futur passagium s’organise entre plusieurs pôles. Avignon constitue un centre décisif, tant pour les assemblées hospitalières que pour les décisions pontificales. Venise intervient comme interlocutrice de premier plan, notamment à propos des sommes engagées et de la réponse faite au pape. Constantinople est visée par un projet d’ambassade, ce qui révèle une dimension diplomatique tournée vers l’Orient chrétien.

L’espace d’action envisagé est largement maritime. Les galères sont explicitement associées au passagium et doivent être regardées comme un élément essentiel de sa logistique. L’Égée, le duché d’Athènes, Vonitza et le golfe d’Arta appartiennent au champ géographique du projet. Rhodes y prend aussi place par l’implication du maître de l’Hôpital en août 1376. Cette géographie dispersée mais cohérente montre une croisade pensée à l’échelle de la Méditerranée orientale, dans laquelle les moyens navals jouent un rôle structurant.

Parmi les participants ou partenaires figurent les Hospitaliers, les Grecs, Louis de Hongrie et Jean V. Le dossier associe donc des autorités pontificales, des puissances occidentales, des acteurs orientaux et des forces navales. Il s’agit d’une tentative de convergence contre les Turcs, sans que tous les enchaînements de sa mise en œuvre puissent être restitués avec précision.

Portée historique

Le futur passagium illustre, dans les années 1370, la persistance du projet de croisade sous la forme d’une préparation institutionnelle, financière, diplomatique et militaire. Il met particulièrement en lumière la place de l’Hôpital comme instrument privilégié d’une action outre-mer, l’importance d’Avignon dans la conduite de l’entreprise, le rôle de Venise dans son versant maritime, ainsi que le poids des galères dans sa conception stratégique.

L’événement demeure cependant difficile à saisir comme expédition unifiée et pleinement accomplie. Les traces conservées insistent surtout sur les préparatifs : assemblées, ordres, convocations, lettres, financements, prêts, interventions de cardinaux, projets d’ambassade et participation attendue de divers acteurs. Le futur passagium doit donc être compris avant tout comme un grand projet de croisade en voie d’organisation, plus nettement documenté dans ses mécanismes de mise en route que dans son issue finale.

Repères

Variantes : futur passagium, passagium.

Chronologie principale : 1373-1376, avec prolongements attestés en 1377 et 1378.

Acteurs principaux : Grégoire XI, deux cardinaux, les Hospitaliers, Juan Fernandez de Heredia, Hesso Schlegelholtz, le maître de l’Hôpital, Louis de Hongrie, Jean V, les Grecs, les Vénitiens.

Lieux associés : Avignon, Venise, Constantinople, Rhodes, Hongrie, Égée, duché d’Athènes, Vonitza, golfe d’Arta.

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