milicie suprascripte
L’expression milicie suprascripte désigne, dans des actes latins du XIIe siècle, une institution identifiable à la milice du Temple, selon une formule de reprise renvoyant à une désignation développée énoncée plus haut dans l’acte. Elle relève ainsi du vocabulaire diplomatique permettant de nommer l’ordre sans répéter sa titulature complète. Les variantes conservées — milicie Templi Salomonis, Iherosolimitane milicie Templi Salomonis et sancte milicie — montrent qu’il s’agit d’une même réalité institutionnelle, exprimée selon des degrés variables de précision et de solennité.
Dans les actes où elle apparaît, la milicie suprascripte intervient comme personne morale capable de recevoir des donations, d’acheter des biens, de conclure des ventes et de prendre part à des échanges. Elle est en outre définie par l’existence de membres, de frères et d’agents désignés par une fonction, ce qui confirme son caractère d’organisation structurée. Les mentions conservées la situent surtout entre 1135 et 1136, dans un cadre méridional où se lisent à la fois l’implantation patrimoniale et les premiers relais humains de l’institution.
Désignation et identification
La formule milicie suprascripte doit être entendue littéralement comme une désignation anaphorique : elle renvoie à la milice « susdite », déjà mentionnée sous une forme plus explicite dans le même acte. À elle seule, l’expression ne fournit donc pas une définition autonome ; elle suppose un intitulé préalable. C’est la confrontation avec les autres formulations conservées qui permet d’identifier cette milice à celle du Temple.
Les intitulés milicie Templi Salomonis et Iherosolimitane milicie Templi Salomonis rattachent explicitement l’institution au Temple de Salomon et à Jérusalem, tandis que sancte milicie en propose une désignation plus brève, mais de même portée. Cette diversité ne renvoie pas à plusieurs organismes distincts : elle reflète plutôt les habitudes d’écriture des actes, où alternent formule développée, désignation abrégée et reprise par renvoi. L’expression suprascripte est donc surtout révélatrice d’un usage notarial ou diplomatique, non d’une nuance institutionnelle particulière.
Statut institutionnel
Les actes conservés présentent la milicie suprascripte comme un sujet juridique à part entière. Elle reçoit des biens ou des droits cédés par des laïcs, acquiert à titre onéreux certaines possessions et apparaît comme partenaire d’échange. Cette capacité d’agir dans des opérations diverses montre qu’elle ne se réduit pas à un simple destinataire pieux de libéralités, mais qu’elle participe pleinement aux mécanismes ordinaires de formation et de consolidation d’un temporel.
Sa consistance interne transparaît également dans plusieurs désignations personnelles. Un « miles de la milice susdite » est expressément mentionné comme appartenant à cette organisation. Raimundus Gauceberti y est qualifié de membre, tout comme Petrus Guillelmi, désigné en outre comme bajulus. Sans permettre de reconstituer toute une hiérarchie, ces indications montrent que la milicie suprascripte possède à la fois des frères ou membres identifiables et des personnes investies d’une fonction de gestion ou de représentation.
Réseaux humains et formes d’encadrement
Au-delà du seul nom institutionnel, les actes laissent entrevoir un milieu relationnel composé de donateurs, de vendeurs et de membres. Parmi les personnes liées à la milicie suprascripte par des donations figurent Amalhis, Poncius, Bernardus, Pagesa, Petrus Bertrandi, Bernardus de Bello Locco, Petrus vocitatus de Terracia, Petrus Raymundi, ainsi que Berengarius Guilaberti de Salfores et son fils Bernardus. D’autres interviennent par des ventes, comme Petrus Berengarii, Guilia et Petrus de Sancta Eugenia.
Cette variété des intervenants suggère des rapports suivis avec des individus et des familles insérés dans le tissu local. Le cas de Berengarius Guilaberti de Salfores et de son fils Bernardus, tous deux donateurs dans une même séquence d’actes au début d’août 1135, montre que l’institution pouvait être engagée dans des transferts patrimoniaux impliquant plusieurs membres d’un même groupe familial. La mention de Petrus Guillelmi comme bajulus signale en outre l’existence d’un personnel ou d’un responsable attaché à la gestion concrète des intérêts de la milice.
Activité patrimoniale
La milicie suprascripte apparaît d’abord comme bénéficiaire de donations. Amalhis et Poncius lui donnent des biens au castrum de Callariis, dans un acte daté de la vingt-huitième année du règne de Louis. D’autres donations sont attribuées à Bernardus, Pagesa, Petrus Bertrandi et Bernardus de Bello Locco. La série la mieux datée se concentre au début d’août 1135 : Berengarius Guilaberti de Salfores donne à la milicie suprascripte les 2 et 3 août 1135, et son fils Bernardus est également mentionné comme donateur le 2 août.
Les acquisitions ne reposent pas exclusivement sur la libéralité. Des opérations à titre onéreux complètent nettement le tableau : Petrus Berengarii et Guilia vendent à la milicie suprascripte, et Petrus de Sancta Eugenia fait de même le 3 août 1135. L’institution ne se borne donc pas à recevoir ; elle achète aussi, ce qui implique une stratégie d’agrégation patrimoniale plus active et plus diversifiée.
Un troisième mode d’intervention apparaît avec l’échange. Le 27 janvier 1136, à Pomar, un échange de terre est conclu entre Pontius de Pomar et les frères du Temple. Même si la formulation de l’acte désigne ici explicitement les « frères du Temple » plutôt que la milicie suprascripte, l’opération éclaire le fonctionnement collectif de la même institution et confirme sa capacité à réorganiser son assise foncière par des transactions réciproques. S’y ajoute la mention d’une donation et abandon de moitié d’alleu à Pomar et Gaure, qui rattache également l’institution à ce secteur.
Chronologie des mentions
La chronologie perceptible se concentre étroitement entre 1135 et 1136, avec un noyau particulièrement dense entre août 1135 et février 1136. Une mention antérieure, datée de la vingt-huitième année du règne de Louis, associe déjà l’institution au castrum de Callariis par les donations d’Amalhis et de Poncius. La séquence la mieux fixée commence ensuite les 2 et 3 août 1135, dates auxquelles interviennent plusieurs opérations impliquant Berengarius Guilaberti de Salfores, son fils Bernardus, Petrus Berengarii et Petrus de Sancta Eugenia.
Un autre acte, concernant Bernardus de Bello Locco et Petrus Guillelmi, bajulus, se place entre le 3 août 1135 et le 21 mars 1136. Le 3 janvier 1136, Petrus vocitatus de Terracia donne à la milicie suprascripte à Matliamala. Le 27 janvier 1136, l’échange de terre conclu à Pomar avec Pontius de Pomar met en scène les frères du Temple. Le 28 février 1136, Petrus Raymundi donne à l’institution dans la villa Baiani. Cette concentration des actes sur un laps de temps restreint suggère une phase d’activité patrimoniale particulièrement soutenue.
Implantation spatiale
Les lieux associés aux opérations connues sont Callariis, Matliamala, Pomar, Gaure et la villa Baiani. Ils dessinent un horizon territorial composé d’espaces castraux, de villae et de terroirs où s’inscrivent donations, ventes, échanges et abandons d’alleu. Rien n’autorise à définir sur cette seule base une circonscription stable ou un centre unique d’administration, mais l’ensemble témoigne d’une présence concrète et déjà ramifiée.
L’intérêt de ces localisations tient moins à leur nombre qu’à leur articulation avec des formes variées de transfert. La milicie suprascripte n’apparaît pas cantonnée à un seul point d’ancrage : elle est engagée dans plusieurs lieux, au travers d’opérations diverses, ce qui correspond à une institution en voie de constitution territoriale plutôt qu’à un établissement isolé.
Portée historique
La milicie suprascripte éclaire un moment où l’ordre du Temple apparaît dans les actes non seulement par sa vocation religieuse et militaire, mais aussi comme acteur patrimonial de plein exercice. Le vocabulaire de reprise qui la désigne n’atténue pas cette réalité ; il indique au contraire qu’une simple allusion suffisait parfois à identifier l’institution dans l’écrit.
Les mentions conservées donnent ainsi l’image d’une communauté à la fois nommée de plusieurs manières et reconnue comme une même personne morale, entourée de frères, de membres et d’un bajulus, capable de recevoir, d’acheter et d’échanger. Dans l’état des attestations, la milicie suprascripte apparaît surtout comme l’un des visages diplomatiques sous lesquels la milice du Temple s’insère localement et construit son assise foncière au milieu des années 1130.
