Bolbotone
Bolbotone désigne un établissement fortifié médiéval, également nommé castullo de Bolbotone, connu sous plusieurs graphies anciennes : Burbulone, Bolbotono, Bolbotone et Bolboton. Les actes du milieu du XIIe siècle le montrent à la fois comme lieu castral, point de référence foncière et cadre d’opérations juridiques. Il apparaît aussi bien dans des titulatures personnelles que dans des actes de donation, de possession et de délimitation, ce qui en fait un centre local de pouvoir et de gestion patrimoniale.
L’histoire perceptible de Bolbotone se concentre surtout entre 1138 et 1151. Durant cette courte séquence, le site est associé à plusieurs détenteurs laïques, à une église, à une maison dite de Richarensis ou de Ricarencia, puis à l’Ordre du Temple. L’ensemble dessine moins l’image d’une possession simple et continue que celle d’un lieu où se superposent ou se redistribuent des droits multiples, avant sa présence explicite dans le patrimoine templier dès 1147.
Identification et caractère de l’établissement
L’expression castullo de Bolbotone indique clairement le caractère fortifié du lieu. Bolbotone n’est pas seulement un nom de terroir : il sert d’identifiant personnel à plusieurs individus, notamment Ugo, Bertrandus et Geraldus de Bolbotone, signe d’un ancrage seigneurial ou patrimonial suffisamment marqué pour fonder une désignation toponymique. Les actes passés à Bolbotone ou le concernant confirment ainsi sa fonction de pôle local.
Le site est en outre lié à une maison désignée tantôt comme domo de Richarensis, tantôt comme domus de Ricarencia. En 1145, cette maison est dite posséder Bolbotone ; le 10 novembre 1149, une domus de Ricarencia est explicitement située à Bolbotone. Sans que l’on puisse préciser la relation institutionnelle exacte entre cette maison et le château, ces mentions montrent que Bolbotone relevait d’une organisation plus complexe qu’un simple point fortifié isolé.
Chronologie des mentions
La première mention datée se place au 13 octobre 1138, dans une donation associant Ripertus Folradi, Ugo de Bolbotone et d’autres personnes. Bolbotone y constitue le cadre de l’acte, ce qui atteste déjà son rôle comme lieu reconnu de transactions et de validation juridique.
En 1145, la domo de Richarensis possède Bolbotone. Le 11 septembre 1146, Bertrandus de Bolbotone est attesté comme possesseur du lieu. Le 19 novembre 1146, Bolbotone est encore mentionné dans une donation du château de Bolbotone par Ugo et les siens, acte passé au castellum de Gigundoz. La juxtaposition, sur une période très brève, d’une possession attribuée à la maison de Richarensis, puis d’une possession attachée à Bertrandus de Bolbotone, et enfin d’une donation du château par Ugo et son entourage, souligne la mobilité des droits exercés sur le site.
En mai 1147, l’Ordre du Temple possède Bolbotone. Cette date marque un jalon essentiel dans l’histoire du lieu, car elle suit immédiatement la série de mentions de 1145-1146 relatives aux possesseurs et aux donations. Le 10 novembre 1149, la domus de Ricarencia est dite située à Bolbotone, ce qui montre que le site demeure un point d’implantation structuré après son entrée dans l’orbite templière.
Autour de 1150-1151, Hugo de Bolbotone est encore mentionné comme possesseur à Bolbotone, de même que Petrus Wilelmi de Balmis. À la même époque se place une déclaration territoriale de Hugo de Bolbotone concernant expressément Bolbotone. Cette dernière mention est importante, car elle suggère non seulement la permanence d’intérêts attachés au lieu, mais aussi un effort de formulation plus précise des limites, dépendances ou droits qui y étaient liés.
Réseau des détenteurs et pluralité des droits
Bolbotone apparaît dans les actes comme un lieu sur lequel plusieurs personnes ou institutions détiennent des droits. Sont ainsi associés à sa possession Raimundus de Jocundunz, Geraldus de Monte Securo, Hugo de Bolbotone, Berenguarius, Geraldus de Bolbotone, Bertrandus de Bolbotone, Petrus Wilelmi de Balmis, ainsi que l’ecclesia Sancti Amanti. Nicolaus de Avisano est également en rapport avec Bolbotone. À ces mentions s’ajoutent celles de la maison de Richarensis ou de Ricarencia et, à partir de 1147, de l’Ordre du Temple.
Cette dispersion des titulaires n’implique pas nécessairement une succession linéaire de propriétaires exclusifs. Elle renvoie plus vraisemblablement à une stratification de droits de nature diverse, dont les actes conservés ne permettent pas toujours de préciser la portée : seigneurie castrale, parts de possession, tenures, biens ecclésiastiques, droits familiaux ou prérogatives attachées à certaines personnes portant le toponyme. En ce sens, Bolbotone offre l’exemple d’un établissement fort où se croisent des intérêts laïques, ecclésiastiques et, dès le milieu du siècle, templiers.
Une donation de Geraldus de Monte Securo et de Galiona, datée de 1150, concerne elle aussi Bolbotone. Cette mention confirme que le lieu reste alors intégré à des opérations patrimoniales actives et qu’il continue de faire l’objet de transferts ou de confirmations de droits même après sa possession attestée par l’Ordre du Temple.
Bolbotone dans l’implantation templière
La possession de Bolbotone par l’Ordre du Temple en mai 1147 constitue le point le plus net pour l’histoire de son insertion dans le temporel templier. Cette acquisition ou cette prise de contrôle intervient dans un contexte immédiat de donations et de revendications multiples, particulièrement visible en 1145 et 1146. Le passage du lieu dans le patrimoine de l’Ordre s’inscrit donc dans une phase de recomposition rapide des droits.
Il convient toutefois de ne pas réduire Bolbotone au seul château. La présence, en 1149, d’une domus de Ricarencia localisée sur place indique l’existence d’un ensemble plus large, associant au pôle fortifié une maison organisée. Dans le cadre templier, Bolbotone semble ainsi avoir pu remplir une fonction de résidence, de gestion ou d’encadrement territorial. Les textes ne permettent pas d’aller plus loin dans la définition de sa hiérarchie interne, mais ils montrent nettement que le site jouait un rôle supérieur à celui d’une simple dépendance rurale.
Toponymie et portée historique
Les formes Burbulone, Bolbotono, Bolbotone et Bolboton doivent être rapportées au même lieu. Leur variation n’affecte pas l’unité du dossier, dominé par l’image d’un centre castral servant à la fois de siège de droits, de repère territorial et de lieu d’implantation institutionnelle.
Au total, les mentions conservées entre 1138 et 1151 font de Bolbotone un point fort de l’organisation locale dans lequel se lisent à la fois la fragmentation des droits seigneuriaux, l’intervention d’intérêts ecclésiastiques et l’établissement du Temple. Si la topographie précise du site et le détail de ses dépendances échappent encore, la concentration des actes au milieu du XIIe siècle suffit à en faire un établissement notable pour l’histoire territoriale templière de ce secteur.
