Novellas
Novellas est un établissement associé au Temple dans la vallée de l’Èbre au milieu du XIIe siècle. Les actes conservés le désignent sous des formes variées — Novellæ, villa que dicitur Novellas, Novellis, Noveles, ainsi que castello de Novellas —, ce qui suggère à la fois un habitat organisé, un territoire nommé et une réalité castrale. La localité apparaît dans un petit ensemble d’opérations où interviennent des frères du Temple, des hommes installés sur place, des transactions, ainsi qu’une concorde et division avec l’Hôpital. Novellas doit ainsi être compris comme un point d’implantation templier encore en cours de fixation institutionnelle dans les années 1140-1150.
La présence du Temple y est explicitement formulée dès novembre 1145, avec la mention de fratres de Templo de Novellas. Cette désignation est importante : elle montre que le lieu pouvait servir d’ancrage à des frères identifiés par leur rattachement local, et non seulement à des biens dispersés. Dans les années suivantes, Novellas est encore associé au maître de la milice du Temple de Salomon, à la communauté du Temple, ainsi qu’à un frère chevalier, Garnerius, présenté comme possesseur du lieu. L’ensemble dessine moins une grande commanderie déjà pleinement développée qu’un établissement local inséré dans les premières structurations templières de la région.
Identification et statut du lieu
La diversité des désignations anciennes éclaire la nature du site. L’expression villa que dicitur Novellas renvoie à un lieu habité et reconnu comme unité territoriale ; la forme castello de Novellas ou castellum de Novellas indique qu’une dimension fortifiée ou seigneuriale entrait également dans sa définition. La coexistence de ces termes invite à envisager Novellas comme un établissement composite, où se combinaient probablement l’espace de peuplement, des droits territoriaux et un pôle castral.
Cette pluralité n’a rien d’anecdotique. Elle suggère que Novellas ne se réduisait pas à une simple tenure rurale, mais formait un lieu de pouvoir local susceptible d’être partagé, possédé, échangé ou revendiqué. La mention de la maison de Sanxo de Trul située à Novellas, comme celle d’un certain Petrus Berengarius eunucus également localisé dans le lieu en 1144, montre que l’espace de Novellas était décrit à travers des occupants, des biens et des maisons concrètes, au sein desquels s’inséraient aussi les frères du Temple.
Le Temple à Novellas
En novembre 1145, l’expression « frères du Temple de Novellas » atteste directement une présence templière enracinée dans le lieu. Une telle formule ne renvoie pas seulement à l’ordre en général, mais à des frères identifiés par leur insertion locale. Novellas apparaît donc comme un établissement suffisamment caractérisé pour servir de désignation territoriale à des membres du Temple.
Le lien entre Novellas et la hiérarchie templière se précise en 1149-1150, lorsque le lieu est mis en rapport avec le maître de la milice du Temple de Salomon et avec la congregatio Templi. Cette double association montre que les affaires touchant Novellas relevaient non seulement d’acteurs locaux, mais aussi d’instances plus larges de l’ordre. Le lieu s’insérait ainsi dans des mécanismes de décision et de règlement dépassant l’échelle strictement villageoise.
Un frère chevalier du Temple de Salomon, Garnerius, est en outre présenté comme possesseur de Novellas. Cette relation de possession ne doit pas être comprise comme l’indice assuré d’une propriété purement individuelle ; elle manifeste surtout l’inscription du lieu dans la sphère templière et dans les formes de détention reconnues alors aux frères de l’ordre. Elle confirme, en tout cas, que Novellas n’était pas un simple toponyme d’occasion, mais un bien ou un ensemble de droits suffisamment définis pour être attribués à un membre du Temple.
La notice laisse également entrevoir l’insertion du lieu dans des relations politiques plus larges, puisqu’un roi Garcia est associé à Novellas. La nature exacte de cette intervention n’est pas précisée ici, mais sa seule présence dans le dossier confirme que le lieu pouvait entrer dans des rapports d’autorité dépassant le seul cadre des occupants locaux.
Opérations, transactions et conflits
Novellas intervient dans plusieurs actes des années 1147-1150, ce qui souligne la mobilité juridique de ses droits et la nécessité d’en fixer le partage ou la jouissance. Un échange entre Frescano et Novellas est daté du 26 août 1147. Dès l’année suivante, la charte dite de Domingo de Bonafilia concerne encore Novellas. Ces mentions successives montrent que le lieu faisait l’objet de transactions et d’arrangements formalisés, signe d’un établissement actif dans les recompositions foncières et seigneuriales du moment.
La séquence la plus significative est celle de 1149-1150, avec une charte de concorde et de division portant sur Novellas et Malen entre le Temple et l’Hôpital, dans le contexte du siège de Tortose. Le lieu s’inscrit donc dans une phase de recomposition des droits entre ordres militaires, où la nécessité de préciser les parts, les attributions ou les accords apparaît clairement. Novellas figure ici non comme un point marginal, mais comme un objet explicite de règlement entre deux institutions majeures.
Un autre acte, relatif à Camio de la justicia de Borga et aux frères du Temple à Novellas, confirme enfin que la présence templière sur place se trouvait en rapport avec des questions d’autorité ou de justice. Sans permettre de reconstituer en détail la procédure, cette mention montre que Novellas appartenait aussi à un espace de négociation et de conflictualité ordinaire, où se croisaient pouvoirs locaux, détenteurs de droits et frères de l’ordre.
Chronologie des mentions
La chronologie conservée concentre l’essentiel des attestations entre 1144 et 1150. En 1144, Petrus Berengarius eunucus est signalé à Novellas. En novembre 1145, des frères du Temple y sont explicitement mentionnés. Le 26 août 1147, un échange met en rapport Frescano et Novellas. En 1148, la charte de Domingo de Bonafilia concerne encore le lieu. Enfin, en 1149-1150, Novellas apparaît dans une concorde et division avec l’Hôpital pour Novellas et Malen, ainsi que dans des relations avec le maître de la milice du Temple de Salomon et la communauté du Temple.
Cette série serrée de mentions, sur une courte durée, fait de Novellas un observatoire utile des premières implantations templières : on y voit coexister l’occupation humaine ordinaire, la qualification castrale, la présence de frères localement identifiés, l’intervention de la hiérarchie de l’ordre, et la mise en forme juridique de droits disputés ou répartis.
Portée historique
À ce stade, Novellas se laisse définir comme un établissement templier du milieu du XIIe siècle doté d’une réalité territoriale et castrale, engagé dans des opérations de partage, d’échange et de réorganisation, et suffisamment structuré pour être associé à des frères désignés par le lieu même. Plus qu’une commanderie pleinement constituée, il représente un noyau local de présence templière, inséré dans des transactions foncières, des rapports de justice et des règlements entre ordres militaires.
La notice fait ainsi apparaître un établissement encore en formation institutionnelle, mais déjà assez consistant pour servir de support à des désignations personnelles, à des actes de possession et à des accords de haut niveau entre le Temple et l’Hôpital. Novellas occupe donc une place modeste par l’abondance des mentions conservées, mais significative pour comprendre les modalités concrètes de l’enracinement templier dans la région au milieu du XIIe siècle.
