Militia Templi Salomonis de Iherusalem
La Militia Templi Salomonis de Iherusalem désigne, dans des actes des années 1137-1138, l’institution templière sous une formulation latine qui insiste sur son lien avec Jérusalem. Les variantes militie Templi et militia Deo famulantibus appartiennent au même champ de désignation et renvoient à une même réalité institutionnelle : une milice religieuse en mesure de recevoir des donations, d’admettre des frères, de se voir transférer des droits ecclésiaux et d’être représentée par des responsables exerçant un commandement.
Les occurrences ici réunies se concentrent surtout entre octobre 1137 et la fin de 1138, avec un prolongement jusqu’à une donation située entre 1137 et novembre 1143. Malgré ce cadre chronologique resserré, elles montrent déjà une institution suffisamment reconnue pour apparaître comme destinataire d’actes juridiques variés, dans des lieux distincts et au contact de donateurs de rangs divers.
Désignation et portée du nom
La formule Militia Templi Salomonis de Iherusalem associe trois éléments significatifs : la militia, qui exprime l’idée d’un corps organisé ; le Templum Salomonis, qui donne son identité propre à l’institution ; et Jérusalem, qui en marque explicitement l’ancrage de référence. Les variantes ne modifient pas la substance de cette désignation. Militie Templi constitue une forme abrégée, tandis que militia Deo famulantibus met davantage l’accent sur le service divin et sur la dimension religieuse de la communauté.
L’ensemble suggère moins une simple appellation fluctuante qu’un faisceau de formulations convergentes désignant une même personne morale, capable d’agir, de recevoir, d’administrer et d’être représentée dans des transactions.
Nature institutionnelle
La Militia Templi Salomonis de Iherusalem apparaît comme une organisation assez nettement constituée pour être bénéficiaire de donations de laïcs, d’évêques et d’un roi, mais aussi pour recevoir le transfert d’une église. De tels actes impliquent une capacité de possession et de gestion, ainsi qu’une continuité institutionnelle suffisante pour garantir aux donateurs l’affectation durable de leurs libéralités.
Les relations attestées permettent de saisir plusieurs fonctions concrètes de cette milice : recueillir des biens, attirer des engagements personnels, encadrer un réseau de possessions et agir par l’intermédiaire d’un supérieur. La mention d’Arnaldus de Gaure, à la fois donateur et membre, montre en particulier que l’institution ne se réduit pas à un bénéficiaire patrimonial : elle agrège aussi des hommes à son corps. À l’inverse, les donations épiscopales, royales et laïques manifestent sa capacité à s’insérer dans des circuits variés de patronage et de reconnaissance.
Chronologie des attestations
La séquence actuellement repérable s’ouvre le 11 octobre 1137, lorsque Arnaldus de Gaure est signalé comme membre de la Militia Templi Salomonis de Iherusalem et lui fait en même temps une donation. Cette date est importante, car elle associe immédiatement deux dimensions de l’institution : l’adhésion personnelle et la réception de biens.
Le 17 novembre 1137, l’ecclesia de Novellas est transférée à la milice. Cet acte est l’un des plus nets pour mesurer sa capacité juridique, puisqu’il ne porte pas seulement sur un bien meuble ou foncier indéterminé, mais sur un établissement ecclésial explicitement nommé.
Le 27 décembre 1137, Arnaldus de Bedocio est indiqué comme commandant la Militia Templi Salomonis de Iherusalem. Cette mention révèle l’existence d’un exercice personnel de l’autorité au nom de l’institution, sans que l’étendue précise de cette compétence puisse être définie davantage.
En mars 1137/1138, Petrus Bernardi de Castro Novo donne à la milice à Bonad ou Centernago. Le 17 mars 1137/1138, Rodlandus Guiriberti lui fait également une donation, localisée à Frexano ou Prierola. Le 4 mars 1138, Berengarius, évêque de Vaison, donne à Volpillaco. En 1138 encore, Adalaicia de Sabrano fait une donation dans le territorium de Bremto, où est aussi située la donation d’Adalaicia et de ses fils. Enfin, une donation de Raimundus Berengarii se place entre 1137 et novembre 1143. À cette série s’ajoutent les donations de Bernardus, évêque de Saragosse, et d’Adelfonsus, roi d’Aragon, ce dernier étant explicitement associé à l’Aragon.
Pris ensemble, ces jalons dessinent une phase d’affirmation institutionnelle concentrée sur un petit nombre d’années, mais déjà marquée par la diversité des actes et des appuis.
Implantation et géographie des relations
Le nom même de l’institution la rattache à Jérusalem, mais les actes la montrent agissant dans des espaces occidentaux où elle reçoit biens et droits. Les lieux explicitement associés sont Novellas, Volpillaco, Bonad ou Centernago, Frexano ou Prierola, le territorium de Bremto et l’Aragon. Cette dispersion atteste un rayon relationnel qui dépasse de beaucoup le seul cadre hiérosolymitain évoqué dans la désignation.
Cette géographie n’autorise pas à reconstituer un maillage complet d’établissements ; elle montre toutefois que la milice pouvait être destinataire de biens dans des localités distinctes et entretenir des relations avec des acteurs situés dans plusieurs cadres régionaux. L’association de la référence à Jérusalem et de possessions ou donations localisées en Occident exprime ainsi une institution à la fois centralement nommée et localement présente par ses intérêts patrimoniaux.
Relations patrimoniales et transfert d’église
Les actes conservés mettent surtout en lumière la capacité de la Militia Templi Salomonis de Iherusalem à recevoir des biens. Les donations de Petrus Bernardi de Castro Novo, de Rodlandus Guiriberti, d’Adalaicia de Sabrano, de Raimundus Berengarii, de Bernardus de Saragosse, de Berengarius de Vaison et d’Adelfonsus d’Aragon montrent un flux de libéralités provenant de milieux différents.
Le transfert de l’ecclesia de Novellas, le 17 novembre 1137, mérite une attention particulière. Il manifeste que l’institution pouvait devenir titulaire de droits sur une église, ce qui dépasse la simple réception de biens fonciers non qualifiés. De même, la localisation en 1138 de la donation d’Adalaicia de Sabrano et de ses fils dans le territorium de Bremto montre que certaines libéralités pouvaient être assez précisément inscrites dans un espace déterminé, et non conçues comme des faveurs abstraites.
Ces éléments laissent entrevoir une gestion patrimoniale en voie de constitution, fondée sur l’agrégation de biens variés et sur leur rattachement à une même entité institutionnelle.
Acteurs en relation avec l’institution
Le premier cercle d’acteurs est celui des membres. Arnaldus de Gaure, reçu dans la milice au 11 octobre 1137, en offre l’exemple le plus explicite. Son cas est particulièrement éclairant, parce qu’il associe entrée personnelle et donation : l’institution reçoit à la fois un homme et des biens.
Un deuxième cercle est formé par les autorités ecclésiastiques. Bernardus, évêque de Saragosse, est donateur de la Militia Templi Salomonis de Iherusalem. Berengarius, évêque de Vaison, lui donne également à Volpillaco le 4 mars 1138. Ces gestes épiscopaux montrent que la milice pouvait obtenir l’appui de prélats et s’inscrire dans des relations de faveur ou de reconnaissance ecclésiale.
Un troisième cercle rassemble les laïcs donateurs : Petrus Bernardi de Castro Novo, Rodlandus Guiriberti, Adalaicia de Sabrano et Raimundus Berengarii. L’intervention d’Adalaicia, rejointe dans une mention distincte par ses fils, suggère que les transmissions de biens pouvaient engager un cadre familial. Enfin, Adelfonsus, roi d’Aragon, figure lui aussi parmi les donateurs. Sa présence indique que l’institution pouvait être soutenue jusque dans la sphère royale.
La variété de ces acteurs souligne la capacité de la milice à capter des appuis sur plusieurs plans à la fois : personnel, aristocratique, épiscopal et royal.
Commandement et représentation
La mention d’Arnaldus de Bedocio comme commandant de la Militia Templi Salomonis de Iherusalem, le 27 décembre 1137, est essentielle pour comprendre que l’institution n’apparaît pas seulement comme un nom collectif abstrait. Elle est aussi représentée par un responsable identifié, investi d’une autorité formulée en termes de commandement.
Le texte ne permet pas de déterminer si cette fonction s’exerçait sur l’ensemble de la milice ou dans un cadre plus local. En revanche, il établit qu’à cette date l’institution disposait d’un mode de représentation suffisamment défini pour être associé à une personne nommée. Cette donnée concorde avec la réception de donations et le transfert de biens : pour administrer, défendre ou faire valoir ses droits, la milice devait pouvoir agir par des supérieurs reconnus.
Repères
Variantes de désignation
Militia Templi Salomonis de Iherusalem, militie Templi, militia Deo famulantibus.
Chronologie attestée
11 octobre 1137 : Arnaldus de Gaure est membre de la milice et lui fait une donation. 17 novembre 1137 : transfert de l’ecclesia de Novellas. 27 décembre 1137 : Arnaldus de Bedocio commande la milice. Mars 1137/1138 : donation de Petrus Bernardi de Castro Novo à Bonad ou Centernago. 17 mars 1137/1138 : donation de Rodlandus Guiriberti à Frexano ou Prierola. 4 mars 1138 : donation de Berengarius, évêque de Vaison, à Volpillaco. En 1138 : donation d’Adalaicia de Sabrano dans le territorium de Bremto, avec mention de la donation d’Adalaicia et de ses fils dans ce même territoire. Entre 1137 et novembre 1143 : donation de Raimundus Berengarii. S’y ajoutent les donations de Bernardus, évêque de Saragosse, et d’Adelfonsus, roi d’Aragon.
Lieux associés
Jérusalem, Novellas, Volpillaco, Bonad ou Centernago, Frexano ou Prierola, territorium de Bremto, Aragon.
Portée historique
À travers ces mentions, la Militia Templi Salomonis de Iherusalem se laisse saisir comme une institution déjà dotée, dans la seconde moitié des années 1130, d’une identité suffisamment affirmée pour recevoir des donations répétées, attirer des membres, se voir transférer une église et agir sous l’autorité d’un commandant nommé. Son ancrage nominal à Jérusalem n’empêche nullement son inscription concrète dans des espaces occidentaux, où se constituent des liens patrimoniaux et relationnels.
La portée de ces attestations demeure néanmoins circonscrite : elles éclairent bien les fonctions de réception, de possession, d’intégration et de commandement, mais elles ne permettent pas de reconstituer en détail l’organisation interne de la milice ni l’étendue exacte de ses implantations. Elles suffisent en revanche à montrer qu’à cette date la Militia Templi Salomonis de Iherusalem n’est plus une simple appellation idéale, mais une réalité institutionnelle agissante, reconnue par des laïcs, des évêques et un roi.
