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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

militia Templi Iherosolimitana

militia Templi Iherosolimitana

La militia Templi Iherosolimitana apparaît, dans les actes ici pris en compte, comme une institution bénéficiaire de donations concentrées surtout entre 1133 et 1134. La forme latine du nom l’inscrit explicitement dans l’univers du Temple de Jérusalem et désigne un sujet collectif assez nettement identifié pour recevoir non seulement des biens, mais aussi des engagements de nature plus personnelle. Les mentions conservées ne décrivent ni son organisation interne ni sa hiérarchie, mais elles suffisent à montrer qu’elle occupait déjà une place reconnue dans des opérations juridiques variées.

La série d’actes fait voir une institution qui reçoit des dons de plusieurs personnes distinctes, parfois seules, parfois en association. Les modalités observables sont elles-mêmes diverses : donation simple, donation de soi et de ses biens, rente annuelle en nature, donation jointe à une charte royale. Cette diversité ne permet pas de reconstituer l’ensemble de son implantation, mais elle atteste une capacité d’attraction et de réception qui dépasse la libéralité ponctuelle et inscrit la militia Templi Iherosolimitana dans un réseau de relations déjà actif au début des années 1130.

Profil institutionnel

Dans les actes conservés, la militia Templi Iherosolimitana se laisse d’abord définir par sa fonction de bénéficiaire. Elle agit comme un destinataire collectif stable, juridiquement apte à recevoir des transferts patrimoniaux et des formes d’engagement personnel. Cette capacité réceptrice est le trait le mieux assuré : l’institution apparaît comme un pôle d’agrégation de biens, de revenus et de liens de dépendance ou d’association formulés par l’acte de donation.

La donation de soi et de biens consentie aux ides d’avril 1133 par Aimiricus de Barbairano et Guifolmus Xatberli est, à cet égard, particulièrement significative. Elle montre que la relation à la militia Templi Iherosolimitana pouvait être exprimée dans une formule plus forte qu’une simple cession matérielle. De même, la rente annuelle de sel associée à Bernardus Amati vicecomes et à Na Almus révèle l’existence d’un soutien appelé à se répéter dans le temps, et non d’un seul transfert isolé.

Chronologie des attestations

Les jalons les plus serrés se situent entre avril 1133 et janvier 1134. Cette proximité chronologique donne à voir non pas une mention accidentelle, mais une succession d’actes qui convergent vers la même institution.

  • ides d’avril 1133 : Aimiricus de Barbairano et Guifolmus Xatberli font une donation de soi et de biens à la militia Templi Iherosolimitana ;
  • 1133 : Subirana est également mentionnée comme donatrice ;
  • 1133, à Villa Mulacha : Berengorius Arnalli donne à la militia Templi Iherosolimitana ;
  • 10 juillet 1133 : Bernardus Amati, qualifié de vicomte, donne à la militia Templi Iherosolimitana ;
  • sans date plus précise dans la même séquence : Bernardus Amati vicecomes et Na Almus consentent une donation annuelle de sel ;
  • septembre 1133, à Fraga : Fortunio Execones donne à la militia Templi Iherosolimitana, dans un acte joint à une charte royale ;
  • 3 janvier 1134 : Raimundus Berengarii est à son tour signalé comme donateur.

L’ensemble dessine une continuité de libéralités sur une courte durée. Même si toutes les donations ne sont pas décrites avec le même degré de détail, leur succession atteste que la militia Templi Iherosolimitana était alors un bénéficiaire régulièrement sollicité et reconnu.

Formes de donation et types de relation

Les actes permettent de distinguer plusieurs niveaux d’attachement à l’institution. La donation simple, d’abord, est la forme la plus sobrement attestée : elle vaut pour Subirana, pour Berengorius Arnalli, pour Bernardus Amati vicecomes, pour Fortunio Execones et pour Raimundus Berengarii, même si le contenu exact des biens cédés n’est pas toujours précisé.

La donation de soi et de biens formulée pour Aimiricus de Barbairano et Guifolmus Xatberli mérite une attention particulière. Par sa formulation même, elle unit engagement personnel et transfert patrimonial. Sans permettre de préciser le statut exact qui en résultait, elle indique au minimum que la militia Templi Iherosolimitana pouvait être le terme d’un lien plus étroit qu’une simple libéralité économique.

La donation annuelle de sel accordée par Bernardus Amati vicecomes et Na Almus relève d’une autre logique encore. Elle suppose un revenu périodique, en nature, et manifeste donc une inscription de l’institution dans des mécanismes de soutien durables. Ce trait est important, car il montre que les relations avec la militia Templi Iherosolimitana ne se limitaient pas à des abandons ponctuels de biens, mais pouvaient prendre la forme d’une prestation renouvelée.

Enfin, le cas de Fortunio Execones, en septembre 1133 à Fraga, présente un intérêt diplomatique spécifique : la donation est dite jointe à une charte royale. Même si le contenu de cette articulation n’est pas détaillé, elle place la militia Templi Iherosolimitana dans un cadre d’acte plus solennel ou plus élevé que les donations simplement privées.

Donateurs et réseau relationnel

Les personnes mises en relation avec la militia Templi Iherosolimitana appartiennent à des configurations variées. Certaines donations sont le fait de couples ou d’associations de donateurs, comme pour Aimiricus de Barbairano et Guifolmus Xatberli, ou pour Bernardus Amati vicecomes et Na Almus dans le cas de la rente de sel. D’autres actes sont attribués à des individus isolés, comme Berengorius Arnalli, Fortunio Execones ou Raimundus Berengarii.

Cette pluralité interdit de réduire l’institution à un seul cercle familial ou à une relation unique. Elle suggère au contraire une reconnaissance assez large pour que plusieurs acteurs, dans des lieux et selon des modalités différentes, puissent orienter vers elle leurs libéralités. La qualification de vicomte portée par Bernardus Amati montre en outre que l’institution était en mesure de recevoir des dons émanant d’un personnage désigné par un titre, sans qu’il soit possible d’aller plus loin sur ce point.

Ancrages spatiaux

Deux lieux sont explicitement nommés : Villa Mulacha, où se situe en 1133 la donation de Berengorius Arnalli, et Fraga, où Fortunio Execones donne en septembre 1133. Ces indications rattachent la militia Templi Iherosolimitana à des transactions localisées et montrent que son activité réceptrice ne se réduit pas à une désignation abstraite.

On ne peut cependant pas, sur cette seule base, définir l’étendue de son patrimoine, ni tracer avec précision une carte de son implantation. Les toponymes conservés valent d’abord comme points d’ancrage concrets d’actes de donation, non comme preuve suffisante d’une organisation territoriale complète.

Portée historique

L’intérêt principal de cette série tient à la visibilité institutionnelle de la militia Templi Iherosolimitana dès 1133-1134. Elle y apparaît comme un bénéficiaire identifié, capable de recevoir des dons multiples, des revenus réguliers et des engagements formulés en termes personnels. La convergence de ces actes dessine le profil d’une institution déjà insérée dans les pratiques de donation et suffisamment reconnue pour servir de destinataire stable à des opérations de teneur diplomatique variable.

La prudence reste néanmoins nécessaire. Les mentions conservées éclairent nettement la fonction bénéficiaire de la militia Templi Iherosolimitana, mais elles ne permettent pas, à elles seules, de restituer son organisation, ses responsables, ni l’ensemble de ses biens. Elles autorisent en revanche une conclusion ferme : au cours des années 1133 et 1134, la militia Templi Iherosolimitana occupait déjà une place identifiable dans un faisceau de donations, de rentes et d’engagements personnels.

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