Aller au contenu

BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Domus seu preceptoria de Collatoriis

Domus seu preceptoria de Collatoriis

La domus seu preceptoria de Collatoriis désigne, au XIVe siècle, une maison hospitalière qui se présente à la fois comme établissement localisé à Collatoriis et comme centre de gestion d’un temporel dispersé. La formule latine associe explicitement les notions de domus et de preceptoria, ce qui invite à y voir non un simple bien isolé, mais une maison exerçant une fonction de direction sur plusieurs dépendances rurales, une implantation urbaine à Sens et une chapelle relevant de sa juridiction.

Les mentions conservées permettent surtout d’en saisir l’état en 1373. À cette date, la maison apparaît insérée dans l’espace sénonais, tout en possédant au moins un bien dans le diocèse de Troyes. Elle est alors assez structurée pour être envisagée à travers ses membres, ses charges, ses biens et les autorités avec lesquelles elle entre en rapport.

Nature et localisation

La maison est expressément située à Collatoriis en 1373. Le toponyme sert à la désigner et à fixer le siège à partir duquel s’organise l’ensemble de ses possessions. La double appellation de maison et de préceptorie suggère une unité dotée d’une responsabilité administrative sur des biens et des personnes répartis entre plusieurs lieux.

Sa géographie patrimoniale montre une nette polarisation sénonaise. Plusieurs dépendances sont dites relever du diocèse de Sens, et la maison possède en outre un établissement à Sens même, près de Saint-Maximin. Cet enracinement n’exclut pas une extension plus large, puisque le Mesnillum Sancti Lupi est situé dans le diocèse de Troyes. La préceptorie de Collatoriis apparaît ainsi comme une structure territoriale composite, articulant un siège, des membres ruraux et un point d’appui urbain.

Biens et dépendances

Le temporel directement rattaché à Collatoriis comprenait d’abord un moulin, le Molendinum Gerboyau, et une grange, la Granchia de Gerboyau. La juxtaposition de ces deux éléments fait apparaître un noyau d’exploitation agricole et de perception de revenus, dans lequel les équipements productifs et les bâtiments d’exploitation relevaient de la même autorité.

À cet ensemble s’ajoutaient plusieurs lieux ou tenures dépendants de la maison : Flaciacum, la Villa de Noeis, Regniacum Ferronni, Turniacum, Vallis Cevruto et Erviacum. D’autres possessions sont explicitement situées dans le diocèse de Sens : Luthellum, Yenisiacum et Civriacum. Le Mesnillum Sancti Lupi relève, pour sa part, du diocèse de Troyes. L’ensemble dessine un patrimoine éclaté, dont la cohérence ne tient pas à la continuité géographique, mais à la centralisation de la gestion par la maison de Collatoriis.

La préceptorie possédait aussi à Sens une Domus Hospitalis sita Senonis prope Sanctum Maximinum. Cette maison urbaine manifeste l’existence d’un relais dans la ville archiépiscopale, complémentaire des biens ruraux. Sa présence dans le portefeuille de la préceptorie montre que l’assise économique et institutionnelle de Collatoriis ne se limitait pas à la campagne, mais comportait également une insertion dans un cadre urbain.

Enfin, la Capella Beate Marie Magdalene de Joygniaco dépendait de la maison de Collatoriis. Cette dépendance capellaire complète le profil de la préceptorie : à côté des terres, des lieux d’exploitation et de la maison de Sens, elle exerçait aussi une autorité sur un établissement cultuel, auquel étaient liées des charges mentionnées avec celles de Collatoriis.

Personnel et encadrement humain

Plusieurs frères et personnes associées à la maison sont repérables. À Collatoriis même, en 1373, sont mentionnés Frater Johannes de Martigniaco, Frater Nicolay Verone et Johannes le Cay. À Turniacum, la préceptorie est liée en 1373 à Frater Thomas Mercerii. Ces indications montrent que la maison ne se réduisait pas à un siège abstrait de gestion, mais reposait sur une présence humaine distribuée entre le centre et certains lieux dépendants.

D’autres membres apparaissent sans localisation aussi précise dans les mentions conservées : Frater Robertus dictus Lescot et Frater Petrus de Pareto. Leur association à la domus seu preceptoria de Collatoriis confirme l’existence d’un personnel hospitalier attaché à cette maison, même si la fonction exacte de chacun ne peut être définie plus étroitement.

La maison est en outre mise en relation, à Collatoriis en 1373, avec l’Abbas et conventus Vallis Lucensis. Sans qu’il soit possible d’en préciser ici les modalités exactes, cette mention suffit à montrer que la préceptorie s’inscrivait dans un environnement religieux plus large, où d’autres institutions ecclésiastiques intervenaient ou étaient au moins en rapport avec elle.

Repères chronologiques et état de 1373

L’année 1373 constitue le principal point d’observation de la maison. Une enquête concerne alors la domus seu preceptoria de Collatoriis et ses membres dans le diocèse de Sens. Ce cadre fait apparaître ensemble le siège de Collatoriis, certaines possessions, plusieurs frères et les autorités en relation avec l’établissement.

Un État des onera de Collatoriis et de la capella predicta est également signalé. L’existence de ces onera met en évidence que la maison et la chapelle qui en dépendait étaient envisagées sous l’angle de leurs charges autant que de leurs revenus. On saisit ainsi la préceptorie non seulement comme un agrégat de biens, mais comme une unité administrative soumise à des obligations identifiées.

Insertion hiérarchique et transferts

La maison de Collatoriis est donnée comme transférée au Dominus Prior Francie en 1373. Elle est aussi liée, au titre de transferts, à l’Archiepiscopus Senonensis et à l’Archidiaconus Senonensis, ce dernier étant mentionné à Sens en 1373. Ces relations placent la préceptorie au croisement de l’autorité hospitalière et des cadres ecclésiastiques sénonais.

La portée exacte de chacun de ces transferts ne peut être développée davantage ici, mais leur simple mention est significative. Elle montre que la maison de Collatoriis ne formait pas une entité autonome et fermée sur son seul patrimoine : elle entrait dans des opérations de transmission, de réaffectation ou de tutelle, révélatrices de son intégration à une hiérarchie plus large.

Portée historique

La domus seu preceptoria de Collatoriis offre l’exemple d’une maison hospitalière d’échelle régionale, dotée d’un temporel varié : moulin, grange, lieux ruraux multiples, maison urbaine à Sens et chapelle dépendante à Joygniaco. Son intérêt tient à la lisibilité de son réseau de biens, à l’identification de plusieurs frères ou agents qui lui étaient attachés, et à la possibilité d’apercevoir ses charges et son insertion institutionnelle.

La notice laisse entrevoir moins une fondation isolée qu’un centre de gestion solidement inséré dans l’espace sénonais, capable d’administrer des revenus dispersés et de maintenir des dépendances de nature diverse. Si bien des points demeurent à préciser, notamment pour la chronologie antérieure et pour le détail des transferts mentionnés, Collatoriis se définit déjà avec netteté comme une préceptorie hospitalière structurée, active et hiérarchiquement encadrée au XIVe siècle.

Domus seu preceptoria de Collatoriis