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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Les Templiers à Mortefontaine (02)

Maison du Temple de Mortefontaine

Mortefontaine est attestée dans la documentation templière comme une maison du Temple relevant du diocèse de Soissons. Il ne s’agit donc pas seulement d’un souvenir régional ou d’un simple rapprochement toponymique : l’établissement apparaît bien comme une maison identifiée dans les textes, sous des formes latines voisines de Mortefontanea et Mortuofonte. La documentation conservée reste toutefois brève. Elle ne permet ni de restituer un ensemble monumental, ni de dater la fondation de la maison, ni d’en décrire la chapelle, les bâtiments ou les limites foncières avec précision. En revanche, elle suffit à établir l’existence d’un petit établissement templier doté de terres et de revenus propres à la veille de la suppression de l’ordre.

Insertion dans le réseau du Mont-de-Soissons

La maison de Mortefontaine appartenait au groupe de dépendances rattachées au Mont-de-Soissons. L’inventaire dressé en 1309 pour ce centre énumère en effet Mortefontaine parmi les maisons qui en relevaient, aux côtés d’autres établissements du Soissonnais et des environs. Cette mention replace Mortefontaine dans une organisation territoriale déjà structurée, où une maison principale administrait un ensemble de biens dispersés, maisons secondaires et granges.

Dans ce cadre, Mortefontaine n’apparaît pas comme une grande commanderie autonome comparable aux centres les mieux documentés, mais comme une maison intégrée à une circonscription templière plus vaste. C’est sans doute par cette dépendance qu’il faut comprendre la modestie relative des informations conservées : la gestion locale existait bien, mais elle s’inscrivait dans un maillage dominé par le Mont-de-Soissons.

Biens et revenus au début du XIVe siècle

L’état le plus précis que l’on possède pour Mortefontaine est celui de 1309. À cette date, il est indiqué que la maison possédait neuf muids de terre, produisant alors neuf muids de blé. À cette base foncière s’ajoutaient des rentes en avoine, en vin et en argent. Ces perceptions ne se limitaient pas au seul noyau de Mortefontaine : elles étaient également levées au hameau de Vauberon, explicitement associé à la maison dans l’inventaire.

L’ensemble de ces biens et revenus était évalué à 70 livres, 2 sols et 8 deniers. Cette somme donne l’image d’un établissement réel, pourvu de ressources diversifiées, mais qui restait d’une ampleur mesurée. La structure économique qui se laisse entrevoir est celle d’une petite maison rurale, appuyée sur la culture céréalière et sur un faisceau de redevances en nature et en numéraire. La présence conjointe du blé, de l’avoine, du vin et de l’argent montre une économie mixte, fondée à la fois sur l’exploitation de la terre et sur la perception de droits ou de cens.

Le cas de Vauberon mérite d’être relevé. Le hameau n’est pas cité comme une maison distincte, mais comme un lieu où la maison de Mortefontaine percevait des revenus. Il faut donc y voir une dépendance économique ou, du moins, un secteur de perception intégré au temporel de Mortefontaine. Rien, dans les textes fournis, n’autorise cependant à en faire une maison du Temple autonome.

Personne connue : le dernier précepteur

La seule figure précisément attachée à Mortefontaine dans les années de la chute de l’ordre est frère Robert de Cernay, mentionné comme précepteur de la maison de Mortefontaine en 1307. Cette indication est précieuse, car elle confirme qu’à la veille des arrestations, l’établissement disposait encore d’un responsable propre, portant le titre de précepteur.

Le témoignage conservé sur ce frère Robert provient du cadre des interrogatoires menés contre les Templiers. Il y apparaît comme un homme d’environ quarante ans, originaire du diocèse de Beauvais. Son parcours dans l’ordre est partiellement éclairé : il avait été reçu environ neuf ans auparavant, à la maison de Berneuil, dans le diocèse d’Amiens, par frère Garin de Magny-Villars, alors maître du Ponthieu. Parmi les témoins présents lors de cette réception figuraient notamment J. de Cernay, frère Laurent, sénéchal de cette maison, et frère Pierre de Limecourt. Ces éléments concernent avant tout sa carrière personnelle, mais ils montrent aussi que le précepteur de Mortefontaine s’inscrivait dans un réseau de circulation plus large que le seul Soissonnais.

Rien d’autre n’est explicitement fourni sur la communauté locale de Mortefontaine. On ignore combien de frères y résidaient, si la maison possédait une chapelle propre, ou si elle servait essentiellement de centre de gestion domaniale. Le titre de précepteur implique néanmoins une organisation minimale et une reconnaissance institutionnelle nette.

Mortefontaine dans l’inventaire de 1309

La mention de Mortefontaine dans l’inventaire de 1309 est capitale parce qu’elle réunit en quelques lignes l’essentiel de ce que l’on sait du site. D’une part, elle confirme la qualification de maison. D’autre part, elle détaille son assiette économique immédiate : terres arables, rendement en blé, rentes diverses, extension des revenus jusque Vauberon. Enfin, elle fournit une estimation monétaire globale, ce qui permet de mesurer la valeur attribuée à l’établissement dans l’ensemble du temporel templier du secteur.

Cette notice distingue nettement Mortefontaine d’un simple bien isolé. On n’est pas seulement en présence de quelques parcelles détenues par les Templiers dans un village, mais d’un ensemble suffisamment constitué pour être désigné comme une maison et administré comme tel. En même temps, le volume des biens recensés suggère une implantation de rang secondaire à l’échelle de la baillie ou du groupe du Mont-de-Soissons.

Le devenir de la maison après la suppression de l’ordre

Le dossier de Mortefontaine devient particulièrement intéressant après la disparition du Temple. Alors que beaucoup de biens templiers passèrent aux Hospitaliers, la maison de Mortefontaine se trouvait, au XIVe siècle, en la possession des chartreux. Les documents cités ne disent pas par quel mécanisme ce transfert s’était opéré, et cette incertitude est elle-même significative : la situation n’allait pas de soi.

En janvier 1339, des lettres données à Compiègne par les cardinaux Pierre et Bertrand, agissant comme nonces du pape, ordonnèrent à l’official de Soissons de procéder à une information. Il s’agissait de comprendre pourquoi le commandeur du Mont-de-Soissons était taxé pour contribuer à leurs procurations au titre de la maison de Mortefontaine, alors que celle-ci appartenait alors aux chartreux. L’enquête demandée devait établir de quelle manière ces derniers avaient acquis la maison et s’ils avaient fourni aux Hospitaliers une compensation pour en jouir.

Le résultat de cette information n’est pas connu dans les éléments conservés ici. En revanche, un point ressort nettement : les Hospitaliers ne reprirent pas possession de Mortefontaine. Ce constat distingue le site de nombreux autres biens templiers intégrés sans difficulté durable au patrimoine de l’Hôpital. À Mortefontaine, le sort du domaine après 1312 fut donc plus singulier, avec un passage aux chartreux qui, au moins dans les faits, se maintint.

Nature de l’implantation

Les textes autorisent à parler d’une maison du Temple, mais pas davantage. Aucun document fourni ne permet d’affirmer l’existence d’une commanderie monumentale, d’une église templière conservée, d’un enclos décrit, ni d’un vaste domaine comparable aux grands établissements de la région. Il convient donc de s’en tenir à ce que montre la documentation : un établissement templier reconnu comme maison, inséré dans la dépendance du Mont-de-Soissons, disposant de terres, de rentes et d’un précepteur au début du XIVe siècle.

Cette prudence est d’autant plus nécessaire que l’histoire de Mortefontaine est surtout connue par des inventaires et par un dossier administratif postérieur à la suppression du Temple. Ces sources éclairent bien la consistance économique et le statut juridique du lieu, mais elles laissent dans l’ombre l’histoire de la fondation, des donations initiales et de l’aspect bâti.

Ce que l’on peut retenir

  • Mortefontaine est bien attestée comme maison du Temple dans le diocèse de Soissons.
  • Elle relevait du Mont-de-Soissons et faisait partie des maisons énumérées dans l’inventaire de 1309.
  • Son temporel connu en 1309 comprenait neuf muids de terre produisant neuf muids de blé, plus des rentes en avoine, en vin et en argent.
  • Ces revenus s’exerçaient à Mortefontaine et à Vauberon, hameau explicitement associé à la maison.
  • Le revenu total était évalué à 70 livres 2 sols 8 deniers.
  • Le dernier précepteur connu est frère Robert de Cernay, mentionné en 1307.
  • Au XIVe siècle, la maison était passée aux chartreux, sans que le mode exact de cette acquisition soit expliqué dans les documents conservés.
  • En 1339, une enquête fut ordonnée au sujet de cette possession, mais les Hospitaliers ne récupérèrent pas la maison.

En l’état des témoignages conservés, Mortefontaine se présente donc comme une petite maison templière solidement attestée à la fin de l’ordre, mieux connue par son revenu et par son devenir litigieux après 1312 que par ses origines. Son intérêt historique tient précisément à cette combinaison : un établissement modeste, mais réel, doté d’un précepteur, inséré dans le réseau du Mont-de-Soissons, puis sorti du circuit hospitalier au profit des chartreux dans des conditions qui demeurent obscures.

REPÈRES TERRITORIAUX

Replacez cette commune dans le maillage territorial de l’Ordre du Temple.

Les Templiers à Mortefontaine (02)