Une implantation templière attestée à Girefontaine
Girefontaine, à l’Etoile, relève bien d’une présence templière documentée. Les éléments conservés ne permettent donc pas de présenter ce lieu comme un simple cadre régional sans établissement local. Les textes fournis décrivent au contraire un bien du Temple fondé à la fin du XIIe siècle, désigné dans la documentation comme domaine du Temple de Girefontaine, mais aussi comme une succursale et même comme une commanderie de Girefontaine. Cette diversité de désignations impose de rester prudent sur le rang exact de la maison dans l’organisation templière, tout en reconnaissant clairement l’existence d’une implantation sur place.
Fondation à la fin du XIIe siècle
La notice rattache l’origine du site à une donation faite en 1185. Guy de Falletans s’étant fait templier dans la commanderie de Dole, son père Thiébaud donna à cette maison une partie du fief qu’il possédait à l’Etoile afin d’y fonder une succursale. Le nouvel établissement prit le nom de Girefontaine et fut placé sous le vocable de saint Georges.
Cette mention est essentielle : elle établit non seulement une possession du Temple à Girefontaine, mais l’existence d’une maison identifiée, dotée d’une dédicace religieuse propre. Le lien avec Dole apparaît dès l’origine, puisque la fondation procède d’un don fait à la maison de Dole pour créer cette implantation nouvelle.
Biens, revenus et assise seigneuriale
Un second jalon documentaire est fourni pour l’année 1254. Jean de Chalon l’Antique céda alors au maître et aux frères du Temple de Girefontaine un cens annuel de 150 livres estevenantes à prendre sur les sauneries de Salins. Ce revenu devait tenir lieu de tous les meix et hommes que les Templiers possédaient sur la montagne de l’Etoile, remise en échange, tandis qu’il était stipulé que la commanderie continuerait de jouir des biens et des hommes qu’elle avait en Valière.
Ce passage montre que Girefontaine ne se réduisait pas à une simple chapelle isolée. La maison disposait de droits, d’hommes et de revenus identifiés, et elle entrait dans des opérations d’échange avec un grand seigneur. La mention des sauneries de Salins souligne en outre l’importance de ressources monétaires régulières, substituées à d’autres tenures sur la montagne de l’Etoile. Les biens conservés en Valière prouvent aussi que l’assise de cette maison dépassait le seul point de Girefontaine.
Statut local et fonctions de la maison
La documentation emploie, pour le même établissement, les termes de succursale, de commanderie, de prieuré et de maison du Temple. Il n’y a pas lieu d’effacer cette variation, mais il convient de la restituer avec prudence. Ce que l’on peut affirmer est l’existence d’une maison templière à Girefontaine, dédiée à saint Georges, insérée dans un cadre seigneurial et judiciaire précis.
La garde de ce prieuré appartenait au seigneur. Les officiers de justice de la baronnie y tenaient leurs assises le jour de la fête de saint Georges, afin de recevoir le serment du commandeur, ou de son représentant, ainsi que celui des gardes et messieurs de l’Etoile, de Plainoiseau, de Jonay et de Brenans. Ces indications montrent que Girefontaine était un lieu reconnu dans les pratiques de justice et dans les rapports entre la maison religieuse et l’autorité seigneuriale.
Le pèlerinage de saint Georges
Le site ne se définissait pas seulement par ses revenus et ses dépendances. Chaque année, aux fêtes de Pâques et de saint Georges, un pèlerinage s’y tenait et attirait une foule d’étrangers. Les oblations déposées devant la statue de saint Georges servaient notamment à payer des gardes, établis pour réprimer les abus qui finissaient par s’y commettre.
Ce détail éclaire la vie du lieu après sa fondation. Girefontaine était aussi un centre de dévotion fréquenté, où la chapelle et le culte de saint Georges occupaient une place importante. L’affluence était suffisamment grande pour nécessiter un encadrement et une surveillance spécifiques lors des principales fêtes.
Du Temple à la survie du site
Les documents fournis ne décrivent pas en détail le transfert de la maison après la suppression de l’Ordre du Temple, mais ils permettent de suivre la destinée matérielle du lieu bien au-delà du Moyen Âge. La maison du Temple fut ruinée par les huguenots en 1578. Il n’en restait plus qu’une petite chapelle, vendue le 18 juin 1795 avec dix journaux de terre à l’entour à Claude-André Delhomme, de Lons-le-Saunier, pour 50 000 francs en assignats.
Cette suite d’informations confirme la persistance d’un noyau bâti et foncier identifié à Girefontaine longtemps après la période templière. Même ruinée, la maison a laissé place à une chapelle subsistante et à un ensemble de terres encore individualisé à la fin du XVIIIe siècle.
Ce que l’on peut établir
- Une implantation du Temple est attestée à Girefontaine, à l’Etoile.
- Cette implantation naît d’une donation faite en 1185 pour fonder une succursale liée à la maison de Dole.
- Le nouvel établissement est dédié à saint Georges.
- En 1254, la maison reçoit un cens annuel sur les sauneries de Salins en échange de biens et d’hommes situés sur la montagne de l’Etoile, tout en conservant des biens et des hommes en Valière.
- Le lieu joue un rôle religieux et judiciaire, avec des assises tenues au jour de saint Georges et un pèlerinage annuel à Pâques et à la fête du saint.
- La maison est dite ruinée en 1578 ; une petite chapelle subsiste encore et est vendue avec des terres en 1795.
Synthèse
Girefontaine ne doit pas être présenté comme un lieu sans présence templière connue. Les documents fournis y attestent au contraire une maison du Temple fondée en 1185 à l’Etoile, liée à Dole, dédiée à saint Georges et dotée de revenus, de biens et d’hommes. La documentation laisse subsister une hésitation sur le rang exact de l’établissement, qualifié tour à tour de succursale, de commanderie, de prieuré ou de maison du Temple ; en revanche, elle ne laisse pas de doute sur la réalité de l’implantation templière locale. L’histoire du site se prolonge ensuite par son rôle de pèlerinage, par son insertion dans les cadres seigneuriaux, puis par la ruine de la maison au XVIe siècle et la survie d’une chapelle et de terres vendues à la Révolution.
POUR APPROFONDIR
Découvrir l’Ordre du Temple
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