procès des Templiers
Le procès des Templiers désigne le vaste ensemble de procédures engagées contre l’ordre du Temple en France au début du XIVe siècle. Il recouvre à la fois une série d’interrogatoires de frères, des actes de comparution, des continuations de séances, des enquêtes locales et une instruction conduite devant des commissaires siégeant principalement à Paris. Les textes emploient pour cet ensemble une grande variété de désignations, latines et vernaculaires, qui insistent tantôt sur l’enquête, tantôt sur les articles de procédure, tantôt sur la défense de l’ordre. Cette diversité terminologique reflète la complexité d’un dossier à la fois judiciaire, ecclésiastique et politique, centré sur le sort de l’ordre du Temple et sur l’examen de ses frères.
L’affaire se déploie dans le royaume de France sous le règne de Philippe le Bel, en lien étroit avec l’autorité pontificale, les commissaires délégués et, plus largement, la perspective du concile général. Paris en constitue le principal théâtre, notamment l’aula épiscopale, sa chapelle attenante, le jardin situé derrière l’aula et la maison de l’évêque de Paris, mais l’enquête fait aussi apparaître un large maillage de lieux de détention, de maisons religieuses et de localités du royaume.
Nature de la procédure
Le procès ne correspond pas à une séance unique, mais à un processus étendu, composé d’actes successifs et de formes procédurales diverses. On y rencontre des lettres apostoliques de commission, des articles transmis aux commissaires, des bulles pontificales, des cédules remises par des frères détenus, ainsi que de nombreuses dépositions individuelles. Cette structure montre une instruction continue, avec convocations, prorogations, auditions et reprises de séance.
Le dossier vise explicitement l’ordre du Temple comme institution, tout en procédant par l’examen des personnes. Le grand interrogatoire parisien de 1309, puis les séances de 1310 et celles encore actives en 1311, montrent le passage d’une enquête générale à des auditions plus détaillées, dans lesquelles les frères comparaissent, dictent des déclarations ou remettent des écrits aux commissaires et aux notaires.
Chronologie
La chronologie conservée est particulièrement dense pour les années 1309-1311. En 1309 se tient à Paris un grand interrogatoire des Templiers, sous l’action de commissaires et de prélats parmi lesquels figurent notamment l’archevêque de Narbonne, les évêques de Bayeux et de Limoges, ainsi que plusieurs ecclésiastiques et juristes. Le roi des Francs apparaît alors au cœur de l’affaire.
Au début de 1310, la procédure se poursuit à Paris par une série d’actes précisément datés : comparution et prorogation le 3 février, continuation le 4 février, nouvelle continuation le 5 février, puis interrogatoires les 6, 7 et 9 février. D’autres séances de février voient se succéder des dépositions individuelles, notamment les mardi 9, mercredi 10 et jeudi 11 février, cette dernière dans la maison des frères mineurs. Ces auditions concernent entre autres Jean de Cormele, Pierre Picard de Langres et Pierre de Cherruto.
À la fin de mars 1311 et au début d’avril, de nouvelles interventions sont attestées à Paris. Le 28 mars, une bulle est transmise aux commissaires dans le jardin derrière l’aula et la maison de l’évêque de Paris. Le même jour, une déclaration est dictée par des frères. Le 31 mars, d’autres comparutions ont lieu dans la chapelle attenante à l’aula épiscopale. Les 2 et 3 avril, des Templiers détenus sont entendus à Paris ; le 3 avril, une cédule transmise par onze frères gardés chez Colart d’Évreux est lue par Jean de Monte Regali. D’autres séances suivent encore le 7 et le 11 avril dans la chapelle de l’aula épiscopale. Enfin, des dépositions devant les commissaires sont encore signalées en 1311, y compris le 1er mars pour un témoin qualifié de magister.
Cadres et lieux de l’instruction
Paris domine très nettement le procès. L’aula épiscopale de Paris en est un centre majeur, avec sa chapelle attenante, la chambre de l’aula épiscopale et les espaces voisins. Autour de ce noyau apparaissent plusieurs maisons urbaines servant de cadre à la procédure ou à la détention : maison de l’évêque de Beauvais, maison de l’ancien évêque d’Amiens, maison du comte de Savoie, abbaye Sainte-Geneviève, maison du prieur de Cornay, maison située dans le vicus Cithare. Le Temple parisien et Saint-Martin-des-Champs sont également mentionnés dans le déroulement de l’affaire.
Le procès ne se limite pourtant pas à la capitale. Des localités et circonscriptions variées apparaissent dans les dépositions ou les enquêtes : Choisy-le-Temple, Corbeil, Chaumont, Saint-Denis, le Poitou, Toulouse, la sénéchaussée de Carcassonne, ainsi que diverses maisons du Temple situées dans plusieurs diocèses, comme Turniaco en diocèse de Sens, Salice supra Yonem en diocèse d’Auxerre, Vinziaco en diocèse d’Autun et Soysiaco en diocèse de Meaux. Cette dispersion atteste l’ampleur territoriale de l’enquête.
Acteurs
Plusieurs catégories d’acteurs interviennent dans le procès. Le roi Philippe le Bel y est étroitement lié. Le pape, les lettres apostoliques et les bulles pontificales encadrent également la procédure. Les commissaires occupent une place centrale, spécialement à Paris en février et au début d’avril.
Autour d’eux gravite un ensemble important de clercs, prélats, notaires et frères du Temple. Sont notamment attestés Floriamonte ou Floriamonte Dondedei, Nicolaus Constanciensis, Bernardo Filholi, Guillelmo Radulphi, Bernardo Umbaldi, Hugone Nicolai, Johanne Loueti, Johanne de Fellinis, Jean de Monte Regali, Guillaume de Fuxo, Dominique de Verdun, Jean de Valbellendi, Jean de Septem Montibus, Ancherius de Sivre, Pierre de Carmelhis, Renaut de Provins, Guillaume de Chabonnet, Bertrand de Sartiges, Nicolas Symonis ou encore Magister Radulphus de Praellis. Parmi les frères intervenant dans les séances de mars et d’avril figurent aussi Raynaldus de Pruino, P. de Bononia, Raynaldus de Vossinhaco, Mathias de Stangno et Johanni de Jamvilla.
Portée historique
Le procès des Templiers apparaît comme une procédure d’une exceptionnelle extension documentaire et d’une grande dureté, qui met en jeu l’existence même de l’ordre du Temple. Il associe un appareil de commission, des interrogatoires répétés, l’examen d’articles, la circulation d’écrits et la comparution de nombreux frères détenus. Les dépositions conservées pour 1311, tout comme les enquêtes épiscopales et les actes postérieurs encore liés à l’affaire, montrent que le dossier ne se résume ni à une phase unique ni à la seule capitale, même si Paris en demeure le centre principal.
Par son vocabulaire procédural foisonnant, par la multiplicité des lieux concernés et par le nombre des intervenants, le procès constitue un moment décisif de l’histoire du Temple en France. Il éclaire à la fois les mécanismes de l’enquête ecclésiastique, l’implication du pouvoir royal et la mise à l’épreuve publique de l’ordre et de ses membres.
Repères
Les textes désignent l’affaire sous des noms variés : procès du Temple, procès, interrogations des frères, processus, grand interrogatoire, enquête ou inquisition contre l’ordre du Temple, défense de l’ordre, cause contre l’ordre, fait des Templiers. Les principales séquences conservées se concentrent à Paris en 1309, en février 1310, puis entre la fin de mars et le début d’avril 1311, avec des séances dans l’aula épiscopale, sa chapelle attenante et la maison des frères mineurs.
