Grégoire XI
Grégoire XI, né Pierre Roger de Beaufort, est le pape élu le 30 décembre 1370. Son nom se rencontre sous plusieurs formes latines et vernaculaires, notamment Gregorius papa XI, Gregorius undecimus ou encore pape Grégoire le XI. Dans l’histoire des institutions religieuses et militaires de la fin du XIVe siècle, il apparaît comme une autorité pontificale directement engagée dans les affaires de l’Hôpital, dans les projets de défense de l’Orient latin et dans la préparation d’un passagium contre les Turcs. Son pontificat se lit à la fois entre Avignon et Rome, dans un moment marqué par les tensions italiennes, les entreprises navales chrétiennes et le retour de la papauté en Italie.
Repères
Élu pape le 30 décembre 1370, Grégoire XI est attesté à Avignon à plusieurs reprises durant son pontificat, notamment en 1372, 1373, 1374 et encore en septembre 1376. Il est également situé à Rome, où se place la phase finale de son gouvernement. Les formes historiques de son nom permettent de l’identifier sans ambiguïté dans les actes pontificaux en latin comme dans les textes français ou italiens.
Grégoire XI et l’Ordre de l’Hôpital
Le pontificat de Grégoire XI entretient un rapport suivi avec l’Ordre de l’Hôpital entre 1371 et 1377. Cette relation passe par des lettres adressées au maître de l’Ordre, par des injonctions précises et par l’encadrement pontifical de questions administratives et disciplinaires. Dès le 18 février 1371, il commande au maître de l’Hôpital. Le 17 juin 1372, des lettres pontificales le montrent encore intervenant dans les affaires de l’Ordre, en particulier à l’adresse du maître Raymond Bérenger.
L’année 1373 occupe une place centrale. Le 10 février, Grégoire XI adresse des lettres apostoliques aux évêques et aux collecteurs, dans un cadre qui touche directement l’Hôpital. À cette date, il ordonne une enquête sur l’Ordre, notamment par l’intermédiaire de l’évêque de Beauvais ; l’enquête s’étend plus largement à l’Europe et prend place dans un ensemble de démarches pontificales menées en 1372-1373. Le pape est également lié à l’enquête conduite dans le prieuré de France et à une information publique sur les maisons de l’Hôpital dans la cité et le diocèse de Beauvais. La même année, son action se rattache à une assemblée d’Hospitaliers tenue à Avignon le 1er septembre, ainsi qu’à une autorisation pontificale du 13 septembre permettant de choisir un autre lieutenant.
Les relations avec les dignitaires hospitaliers sont constantes. Grégoire XI commande à Juan Fernandez de Heredia le 12 mai 1373 ; celui-ci reparaît ensuite en relation avec le pape entre septembre 1376 et janvier 1377. Le pape intervient encore auprès du magistère de l’Hôpital le 24 septembre 1377. Un lien est également noté avec le Grand-Prieur de France en 1373, ce qui inscrit son action dans le gouvernement concret des circonscriptions hospitalières occidentales.
Enquêtes, gouvernement pontifical et cadres régionaux
Le gouvernement de Grégoire XI se manifeste par un usage suivi de la lettre apostolique, de la bulle et de la commission d’enquête. En 1373, il fait procéder à des investigations touchant l’Hôpital ; en 1374, il agit encore par une bulle du 10 janvier et par la nomination ou l’action de commissaires pontificaux. Des lettres sont adressées à des autorités ecclésiastiques variées, parmi lesquelles l’archevêque de Tarragone, ses suffragants, l’évêque d’Elne, l’archevêque de Saragosse et ses suffragants, ainsi que l’évêque de Tarazona. D’autres actes concernent encore l’archevêque de Sens et l’évêque de Liège.
Ce réseau d’interventions montre un pape qui suit de près les structures ecclésiastiques régionales lorsqu’elles se trouvent en rapport avec l’Hôpital, avec la levée de moyens ou avec l’exécution d’ordres pontificaux. Des personnages comme Jean, évêque de Beauvais, Gilles de Wasia ou Henri de Saint-Trond apparaissent dans cet horizon d’administration pontificale.
Orient, croisade et ligue navale
Grégoire XI est étroitement associé aux projets orientaux de son temps. Il participe à des entreprises tournées contre les Turcs et se trouve en relation avec une ligue chrétienne navale. Son action se déploie vers Smyrne, Constantinople, la Hongrie, Venise et Gênes. En 1373-1374, Smyrne figure dans son activité ; le 21 septembre 1374, un transfert à l’Hôpital y est enregistré. Après le 26 septembre 1374, il ordonne une ambassade à Constantinople. En 1375, il est encore lié à la Hongrie et à Constantinople, notamment par des lettres du 27 octobre, l’une envoyant Fr. Hesso Schlegelholtz en Hongrie, l’autre adressée à Jeanne de Naples.
La préparation d’un passagium contre les Turcs est l’un des traits les plus nets de cette politique. Grégoire XI donne un ordre en ce sens et des bulles pontificales de convocation sont signalées en décembre 1375. Des lettres adressées aux doges de Venise et de Gênes, ainsi qu’une lettre au doge de Gênes annonçant une prochaine expédition, montrent qu’il cherche à articuler l’autorité pontificale avec les puissances maritimes. Sa politique orientale se prolonge jusque dans la perspective d’une expédition de 1378.
Italie et fin de pontificat
Le pontificat de Grégoire XI s’inscrit aussi dans le contexte italien. Il est en relation avec Florence, avec les Visconti de Milan en 1373, ainsi qu’avec divers acteurs ecclésiastiques et politiques. Le cardinal Orsini apparaît en rapport avec lui en janvier 1375. Niccolô d’Osimo est également associé à sa personne, de même qu’une longue lettre de Catherine de Sienne qui le concerne ; ces indices replacent le pape dans les débats spirituels et politiques de la seconde moitié des années 1370.
Enfin, Grégoire XI est lié au retour de la papauté en Italie. Cette donnée éclaire la double polarité de son pontificat entre Avignon et Rome, sans effacer l’importance persistante d’Avignon dans son activité administrative jusqu’en 1376. Son gouvernement apparaît ainsi comme celui d’un pape de transition, fortement engagé dans les affaires hospitalières, dans la mobilisation contre les Turcs et dans la réorientation italienne de la papauté.
