Robert de Juilly
Robert de Juilly, également désigné comme le chevalier Robert de Juilly, Rohert de Juilly ou encore Fr. Robert de Juilly, fut un dignitaire majeur de l’Hôpital au XIVe siècle. Hospitalier du couvent, actif entre Rhodes, la France, l’Italie méridionale et Avignon, il apparaît d’abord dans des charges locales et régionales avant d’accéder au premier rang de l’ordre. Son parcours le montre successivement commandeur, responsable en Flandre, membre du conseil magistral à Rhodes, puis grand prieur de France, fonction à partir de laquelle il fut élevé au magistère. Élu maître au plus tard le 8 juin 1374 comme successeur de Raymond Bérenger, il mourut à Rhodes le 29 juillet 1377.
Identité et milieu
Robert de Juilly appartient à un ensemble familial ou lignager dont plusieurs membres sont également mentionnés à la fin du XIVe siècle et au début du siècle suivant, notamment Gautier de Juilly, Philippe de Juilly, Phillipot de Juilly et Jacqueline de Juilly. Le toponyme de Juilly renvoie à la France, et l’implantation française de Robert est constante tout au long de sa carrière, même lorsqu’il siège ou voyage pour les affaires générales de l’ordre.
Les formes du nom varient selon les usages diplomatiques et administratifs, mais elles désignent le même personnage. Cette diversité n’empêche pas son identification, solidement fixée par la continuité de ses charges et de ses déplacements.
Carrière avant le grand prieuré
La carrière connue de Robert de Juilly commence au plus tard le 25 février 1352, date à laquelle il commande Coulours. Il se trouve alors à Rhodes, d’où il reçoit l’autorisation de quitter l’île pour gagner l’Occident. Sa présence à Rhodes est encore assurée en 1360, année où il siège au conseil magistral, ce qui le place déjà parmi les frères associés au gouvernement de l’ordre.
Dans les années 1350, il cumule ou exerce successivement plusieurs commandements. Il est attesté à la tête de Sainte-Vaubourg en 1355 puis encore en janvier et mars 1359, dans le diocèse de Rouen. Avant octobre 1358, il commande aussi Santo Stefano de Monopoli, en Italie du Sud. À la même époque, il est associé au commandement de la Flandre. Il est également donné comme commandeur de Cerisiers. Cet ensemble montre une carrière mobile, à la fois conventuelle et administrative, dans des espaces très différents du monde hospitalier.
Grand prieur de France
En 1363, Robert de Juilly dirige le grand prieuré de France et porte le titre de grand prieur de France. Sa présence est signalée au chapitre annuel du prieuré tenu à Paris le 14 juin 1363. À partir de cette date, il apparaît durablement comme l’un des principaux responsables hospitaliers du royaume.
Son activité ne se limite pas à la stricte administration interne de l’ordre. Il participe à plusieurs conseils en 1368 et 1369, notamment aux séances du 30 juin 1368, du 28 décembre 1368 et de février 1369. En mars-avril 1369, il est à Rouen en relation avec un navire du roi. Le 9 mai 1369, il prend part à une assemblée solennelle tenue au Parlement sur l’affaire des appels de Guyenne, puis à un conseil réuni à Tancarville en août de la même année. Il est encore receveur en la ville, vicomté et diocèse de Paris entre mars et septembre 1370. Ces mentions soulignent son insertion dans les relations entre l’Hôpital et le pouvoir princier ou royal.
Comme chef du prieuré, il préside encore l’assemblée de la Chandeleur de février 1373 à Paris, ainsi qu’un chapitre réuni autour des 15-19 juin 1373. À cette époque, il est bien établi à Paris et à la tête du prieuré de France. Une mention relative à la commanderie de Laigneville en 1374 le montre encore agissant dans le cadre de cette autorité.
Élection au magistère et voyage vers l’Orient
Robert de Juilly succède à Raymond Bérenger comme maître de l’Hôpital. Son élection est acquise au plus tard le 8 juin 1374. Au moment de son élévation, il est encore étroitement lié au prieuré de France, qu’il gouvernait depuis plusieurs années.
La chronologie de ses déplacements en 1374 et 1375 éclaire la prise de possession effective de sa charge. Il se trouve à Paris dans la deuxième quinzaine de juillet 1374, puis à Avignon du 25 août à la mi-octobre. Il participe alors à une assemblée d’Hospitaliers dans cette ville, où il est aussi question de la faculté accordée au nouveau maître de pourvoir aux offices vacants. Il poursuit ensuite sa route vers la Méditerranée orientale : il est à Port-de-Bouc le 26 octobre 1374, à Naples le 28 novembre, puis à Brindisi dans les derniers jours de janvier 1375, avant de rejoindre Rhodes.
Maîtrise de l’Hôpital
Le gouvernement de Robert de Juilly s’inscrit entre 1374 et 1377. Les traces conservées le montrent comme maître de l’ordre, après une longue expérience administrative et conventuelle. Sa carrière antérieure, partagée entre Rhodes et les grandes responsabilités françaises, l’avait préparé à cette charge suprême.
Plusieurs relations politiques et nobiliaires apparaissent dans son entourage ou dans le contexte de son action, notamment avec Louis, comte d’Étampes et seigneur de Lunel, ainsi qu’avec le comte de Flandre Louis II et la comtesse d’Artois Marguerite de France. Ces liens relèvent du cadre dans lequel se mouvait le grand prieur puis le maître, sans que l’on puisse toujours préciser davantage la nature exacte de chaque intervention.
Mort et portée historique
Robert de Juilly meurt à Rhodes le 29 juillet 1377, alors qu’il appartient encore pleinement à l’Hôpital et en exerce le commandement. Sa disparition met fin à un gouvernement relativement bref, mais couronne une trajectoire particulièrement complète au sein de l’ordre : frère du couvent, administrateur de commanderies, responsable régional, grand prieur de France, puis maître.
Son itinéraire est représentatif des grandes carrières hospitalières du XIVe siècle, où l’expérience de l’Orient latin, la gestion des établissements occidentaux et la proximité avec les pouvoirs princiers pouvaient conduire aux plus hautes dignités. Chez Robert de Juilly, cette progression est particulièrement nette, depuis les commanderies des années 1350 jusqu’au magistère exercé depuis Rhodes à partir de 1374.
