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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Les Templiers à Bouilly (10)

Moulin du Temple de Bouilly

Le bien templier signalé sous le nom de Bouilly ne correspond pas, dans la documentation fournie, à une commanderie autonome, mais à un domaine constitué autour d’une maison avec dépendances et de terres. Les données verrouillées rattachent cette notice à la nature de moulin du Temple et à la commune extraite de Couvignon ; toutefois, la matière historique disponible décrit avant tout une donation foncière faite aux frères du Temple à Bouilly, avec extension vers le lieu-dit Vereille et plusieurs autres terroirs. La prudence s’impose donc sur la qualification exacte de chaque élément bâti, mais l’existence d’un ensemble domanial templier au XIIIe siècle est bien attestée.

Origine de l’implantation

L’attestation essentielle remonte à juin 1233. À cette date, des lettres de l’official de Troyes enregistrent une libéralité consentie aux frères de la chevalerie du Temple par un chevalier nommé Renault Bilours de Bouilly. Cet acte mentionne la remise d’une maison située à Bouilly, avec ses dépendances, ainsi que de la moitié de ses terres.

Le texte localise ces biens en plusieurs points. Une partie se trouvait derrière la maison des lépreux de Bouilly, ce qui fournit un repère topographique précieux pour situer le noyau de la donation dans le paysage médiéval. D’autres terres étaient dites s’étendre au lieu nommé Vereille. La forme latine apud Boilliacum est également conservée dans la tradition documentaire pour désigner Bouilly.

La documentation ne permet pas d’aller jusqu’à affirmer l’existence d’une commanderie à part entière dans ce lieu. Elle atteste en revanche sans ambiguïté une possession templière issue d’un don chevaleresque, composée d’un logis, de dépendances et d’un ensemble foncier dispersé.

Composition du domaine

Le dossier transmis montre que la donation de 1233 ne portait pas sur une simple parcelle isolée. Elle formait un domaine éclaté en plusieurs tenures ou pièces de terre. Outre le secteur voisin de la léproserie et le lieu de Vereille, les terres mentionnées se situaient aussi à Champgrimont, Montmilon, aux Charmes-aux-Nonains, Mongoon, Valchevrière, Norrois-aux-Chevriaux, le Ruissel, les Blanches-Voies, la Ruelle, Chalaignes, Loiselet et la Warte.

Cette énumération montre une implantation à caractère essentiellement rural. Le Temple y tenait moins un centre monumental qu’un faisceau de revenus et de droits répartis dans le terroir. La présence d’une maison et de dépendances indique cependant un point d’ancrage matériel réel, destiné à l’administration, à l’exploitation ou au stockage.

Comme la notice est ici consacrée à un moulin du Temple, il faut relever que le fourni n’offre pas, pour Bouilly même, une description développée de cet ouvrage comparable à celles que l’on rencontre ailleurs. On peut seulement retenir qu’un élément matériel templier y était suffisamment individualisé pour être conservé dans le libellé local sous cette désignation. En l’état des textes remis, il n’est pas possible d’en préciser la date de construction, la technologie, ni les droits d’eau qui y étaient attachés.

Donation et logique foncière

La donation de Renault Bilours de Bouilly s’inscrit dans une logique de transfert patrimonial importante. Le donateur ne cède pas une rente abstraite, mais un ensemble concret comprenant habitat, dépendances et terres. La mention de la moitié de ses terres suggère que le patrimoine seigneurial ou familial demeurait partagé, ce qui éclaire la nature du geste : il ne s’agit pas d’un abandon total du terroir, mais d’un prélèvement significatif au profit de l’ordre.

Le voisinage de la maison des lépreux est également notable. Sans permettre de conclure à une relation institutionnelle entre les deux établissements, il offre un ancrage topographique qui montre que la possession templière s’insérait dans un espace déjà structuré par d’autres présences charitables et foncières.

L’abondance des microtoponymes attachés au bien confirme que les frères du Temple administraient ici des terres réparties en plusieurs pièces plutôt qu’un bloc compact. Une telle configuration convenait bien à une gestion par revenus, cens ou mise en culture indirecte, même si le détail de l’exploitation n’est pas donné pour le XIIIe siècle dans les extraits conservés.

Vereille et l’extension du bien

Le lieu de Vereille occupe une place centrale dans la définition du domaine. Il apparaît d’abord comme l’un des points où se trouvaient les terres données en 1233. Dans la tradition de classement reprise plus tard, Vereille est même isolé comme un domaine du Temple distinct, rattaché à Couvignon. Cette séparation documentaire montre au minimum que le toponyme avait gardé une forte individualité dans la mémoire foncière de l’ordre.

Il faut néanmoins éviter de confondre cette individualité toponymique avec l’existence assurée d’une maison distincte à chaque lieu mentionné. La documentation fournie parle clairement d’une maison à Bouilly, puis d’un ensemble de terres dans plusieurs endroits, parmi lesquels Vereille. C’est déjà suffisant pour montrer que le domaine débordait le strict noyau bâti et se projetait dans un espace rural plus large.

Rattachement administratif

Dans l’organisation postérieure rappelée par la documentation, Bouilly figure parmi les membres relevant de la commanderie de Troyes. Cette indication éclaire le statut du lieu : il s’agissait d’une dépendance intégrée à un ensemble plus vaste et non d’une maison majeure dotée, dans les textes fournis, d’une série propre de commandeurs connus.

Aucun précepteur, commandeur ou frère du Temple n’est nommément attaché à Bouilly dans la matière transmise. Les passages provenant des interrogatoires du procès évoquent d’autres maisons champenoises, notamment Bonlieu ou Buxières, mais ne fournissent pas pour Bouilly de personnel identifiable. Le silence des extraits sur ce point confirme le caractère secondaire ou du moins subordonné de cette possession dans le réseau régional.

Devenir du domaine

La suite de l’histoire se laisse entrevoir par une remarque tardive : la maison n’existait plus au XVe siècle. Cette disparition concerne le point d’ancrage bâti associé au domaine. En revanche, les revenus fonciers n’avaient pas disparu en même temps que l’édifice, puisque les rentes des terres concédées à cens perpétuel se percevaient encore à l’époque moderne.

Ce renseignement est capital pour comprendre le devenir du bien après la suppression de l’ordre du Temple. Même si les extraits fournis ne détaillent pas ici le transfert juridique aux Hospitaliers, ils montrent que l’assise économique du domaine a survécu sous forme de redevances, alors que la maison elle-même avait cessé d’exister comme bâtiment identifiable dès la fin du Moyen Âge.

On voit ainsi se dessiner une évolution classique des petites possessions rurales : le centre matériel s’efface, mais les droits se maintiennent longtemps dans les comptes et dans la mémoire seigneuriale. Dans le cas de Bouilly, ce sont donc moins des vestiges monumentaux assurés que la continuité des revenus et la persistance des toponymes qui prolongent l’histoire du bien.

Toponymes et traces conservées par les textes

La force du dossier tient en grande partie à la conservation d’une série de noms de lieux. Autour du noyau de Bouilly et de Vereille, la liste des terroirs mentionnés dessine la géographie concrète de la possession templière. Même lorsque les bâtiments ont disparu, ces noms gardent la mémoire de l’emprise foncière exercée autrefois par l’ordre.

  • Bouilly, sous la forme latine Boilliacum dans l’acte de 1233 ;
  • Vereille, expressément lié aux terres données ;
  • Champgrimont ;
  • Montmilon ;
  • les Charmes-aux-Nonains ;
  • Mongoon ;
  • Valchevrière ;
  • Norrois-aux-Chevriaux ;
  • le Ruissel ;
  • les Blanches-Voies ;
  • la Ruelle ;
  • Chalaignes ;
  • Loiselet ;
  • la Warte.

À défaut d’une description architecturale précise, cette trame toponymique constitue le meilleur accès au territoire réel de la possession. Elle révèle une implantation diffuse, faite de parcelles, de dépendances et sans doute de revenus agricoles, dont la cohérence procédait d’un acte de donation seigneuriale bien identifié.

État historique du dossier

Pour Bouilly, les faits réellement assurés sont donc resserrés mais solides. Au XIIIe siècle, les Templiers y tenaient un domaine. Ce domaine provenait d’un don de Renault Bilours de Bouilly, confirmé par des lettres de l’official de Troyes en juin 1233. Il comprenait une maison avec dépendances à Bouilly et la moitié de terres réparties en de nombreux lieux, notamment à Vereille. Plus tard, le bien relevait de l’ensemble de Troyes. Enfin, la maison avait disparu au XVe siècle, tandis que les rentes des terres demeuraient perçues longtemps après.

C’est sur cette base qu’il faut comprendre le Moulin du Temple de Bouilly : non comme une grande commanderie, ni comme un site monumental abondamment documenté, mais comme un point d’exploitation et de revenus inscrit dans un terroir très précisément nommé, né d’une donation aristocratique du premier tiers du XIIIe siècle et progressivement réduit, avec le temps, à la survivance de ses droits fonciers.

REPÈRES TERRITORIAUX

Replacez cette commune dans le maillage territorial de l’Ordre du Temple.

Les Templiers à Bouilly (10)