Le domaine du Temple de Savières
Savières, dans l’actuel département de l’Aube, relève de l’histoire templière non par une commanderie autonome connue, mais par un domaine attesté dans la documentation médiévale. Le lieu apparaît dans l’orbite de la baillie de Payns, à travers des droits sur les dîmes et des contestations liées à leur perception.
Une attestation ancienne liée aux dîmes
Le témoignage le plus ancien conservé pour Savières concerne une donation faite au Temple de la moitié des grosses dîmes du lieu. Cette libéralité est rapportée dans une lettre de l’évêque de Troyes, Henri de Carinthie. Elle fut consentie par Humbauld de Caie, avec l’accord de sa femme et de sa fille, en deux temps distincts.
Dans un premier temps, un quart de la dîme fut donné en présence du comte de Champagne Henri le Libéral, d’Obri de Fontvannes et d’Eudes, fils de Jean. Quelque temps plus tard, un second quart fut cédé en présence de l’archidiacre Girard, d’Hugues de Plancy, d’Anseau de Trainel, de Manassès de Pougy et du scribe Thibaut.
La lettre épiscopale n’est pas datée, mais elle ne peut être antérieure à 1153, puisque l’abbé de Saint-Loup qui figure parmi les témoins porte déjà cette dignité à cette date. Cette mention place donc Savières parmi les possessions rurales anciennes liées au Temple dans la région de Troyes.
La nature de la présence templière
À Savières, la présence de l’Ordre du Temple doit être comprise avec précision. Les documents disponibles n’imposent pas l’idée d’une maison templière monumentale ni d’une commanderie distincte dans la commune. Ils attestent en revanche des droits seigneuriaux et ecclésiastiques, en particulier sur les dîmes, ce qui correspond pleinement à la réalité d’un domaine templier.
Cette situation est caractéristique de nombreuses implantations rurales de l’ordre en Champagne : les Templiers ne possédaient pas seulement des maisons importantes, mais aussi des terres, revenus, dîmes et dépendances dispersées, administrés depuis un centre plus structuré.
Un conflit avec l’abbaye de Molesme
La possession de ces droits à Savières donna lieu à une contestation entre le Temple et l’abbaye de Molesme. Le litige venait de ce que certains hommes de Villeloup, dépendant de cette abbaye, avaient acquis et cultivaient des terres situées sur le finage de Savières. L’exercice de la dîme sur ces terres fit naître un différend.
L’affaire fut soumise à des arbitres choisis d’un commun accord : Guitier, abbé de Saint-Loup, Harduin, abbé de Larrivour, Jobert, prévôt de Troyes, et Philippe, dit Laucen. Leur décision maintint les Templiers dans la perception de la dîme à Savières, y compris sur les terres mises en valeur par les hommes de Villeloup, tout en prévoyant une compensation annuelle au profit du prieuré de Saint-Quentin afin de préserver la paix entre les parties.
Des droits approuvés par les ayants droit locaux
La dîme de Savières relevait au moins en partie de Machaire de Magnicourt, de sa femme et de leurs enfants. Ceux-ci approuvèrent les donations faites au Temple. Cet accord montre que l’établissement templier ne reçut pas un bien isolé ou contesté d’emblée, mais un droit reconnu dans le cadre des hiérarchies seigneuriales locales.
Savières s’inscrit ainsi dans un tissu de relations entre seigneurs, autorités ecclésiastiques et établissements religieux, où les Templiers apparaissent comme bénéficiaires et gestionnaires de revenus ruraux durablement constitués.
Rattachement à l’ensemble de Payns
Les éléments conservés rattachent Savières à l’ensemble templier de Payns. Cela signifie que le lieu doit être compris comme une dépendance foncière et fiscale de cet espace d’administration, et non comme un centre autonome clairement individualisé par les textes disponibles.
Le cas de Savières illustre bien le fonctionnement du réseau templier dans l’Aube : autour de maisons mieux connues gravitaient des biens ruraux parfois modestes en apparence, mais utiles par leurs revenus et par leur insertion dans l’économie seigneuriale du XIIe siècle.
Le devenir du domaine après la suppression de l’ordre
Comme les autres biens du Temple, les droits détenus à Savières passèrent après la suppression de l’ordre, au début du XIVe siècle, sous l’autorité des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. En l’état des éléments retenus ici, rien n’autorise toutefois à décrire pour Savières une évolution monumentale particulière ou l’existence d’un établissement conservé.
Ce que l’on peut retenir pour Savières
Savières appartient bien à la géographie templière de l’Aube. La documentation y atteste non une grande commanderie locale, mais un domaine du Temple fondé sur des droits de dîme, reçus par donation, confirmés par les autorités compétentes et défendus lors d’un conflit avec Molesme. L’intérêt historique du lieu réside précisément dans cette présence foncière et fiscale, discrète dans le paysage, mais bien réelle dans les textes.
POUR APPROFONDIR
Découvrir l’Ordre du Temple
Pour replacer cette histoire locale dans une chronologie plus large, consultez notre histoire des Templiers et de l’Ordre du Temple, de ses origines à sa suppression en 1312.
Pour découvrir l’univers templier proposé par notre partenaire marchand, retrouvez également l’Univers des Templiers de La Forge des Chevaliers®.
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