Moulin du Temple d’Aussonce et terres des Ferments
Repères territoriaux liés
Le dossier conservé pour Aussonce ne décrit pas une commanderie autonome, mais un ensemble de biens relevant du Temple dans le ressort d’Aussonce, en lien étroit avec la maison de Merlan. La documentation permet surtout d’apercevoir trois réalités complémentaires : la seigneurie exercée sur une partie d’Aussonce dès le début du XIIIe siècle, l’existence d’un moulin templier exposé aux débordements des eaux, et l’agrandissement du temporel par l’achat des terres dites des Ferments en 1239. Le titre moderne associant Aussonce et les Ferments correspond donc moins à un établissement unique qu’à un noyau foncier et seigneurial dépendant du Temple de Merlan.
Localisation historique
Le Temple de Merlan était situé dans la paroisse d’Aussonce, à environ deux mille toises au sud du village. C’est dans ce cadre territorial qu’il faut replacer les biens templiers mentionnés pour Aussonce. Les actes citent expressément le territoire d’Aussonce pour les terres des Ferments, tandis que les notices anciennes rattachent également à ce secteur la seigneurie d’Aussonce et celle de La Neuville-en-Tourne-à-Fuy.
La documentation emploie plusieurs formes anciennes. Aussonce apparaît sous une graphie latinisée du type Ausonnoia pour le territoire, et sous une autre forme voisine pour la localité elle-même dans les actes du début du XIIIe siècle. Ces variantes montrent simplement l’ancienneté des mentions et non des lieux distincts.
Origine de la présence templière
La présence du Temple à Aussonce est attestée avec précision en décembre 1217. Guy de Gérisy et sa femme Felice donnèrent alors aux frères du Temple la moitié de leur ville d’Aussonce et leur vendirent l’autre moitié, avec l’ensemble des droits qui y étaient attachés. L’opération ne portait donc pas seulement sur des terres, mais aussi sur les hommes, les cens, la justice et les terrages. Le prix indiqué pour la moitié vendue était de 300 livres.
Cette acquisition fut validée par lettres de l’archevêque de Reims. Elle marque un moment décisif : les Templiers ne recevaient pas une simple tenure isolée, mais entraient dans la seigneurie d’Aussonce avec les revenus et les droits banaux qui en dépendaient.
En contrepartie, Guy de Gérisy reçut des Templiers la métairie de La Neuville, voisine de leur grange de Merlan, avec son terroir jusqu’à une grosse borne plantée contre le chemin. Toutefois, la justice de La Neuville devait demeurer aux frères du Temple, comme celle d’Aussonce. Ce détail montre que l’échange foncier n’effaçait pas l’emprise seigneuriale conservée par l’ordre sur ce secteur.
Seigneurie et régime des redevances
Avant la cession d’Aussonce au Temple, Guy de Gérisy avait déjà affranchi les hommes de cette terre et leur avait accordé une charte communale, donnée sous le sceau de l’archevêque Guillaume en 1187. Le texte connu par les compilations du XIXe siècle indique que les habitants étaient déchargés des tailles et exactions ordinaires, mais devaient acquitter chaque année un ensemble de redevances fixées avec précision.
Ces charges comprenaient vingt livres monnaie de Reims, cent setiers de froment et autant de seigle à différents termes. S’y ajoutaient des cens assis sur l’exploitation du sol : treize deniers pour chaque quartier de terre labourable cultivé, et deux deniers par arpent de vigne. Même si cette charte est antérieure à la prise de contrôle templière, elle éclaire utilement la structure économique de la seigneurie que les frères reçurent ensuite : revenus en argent, prélèvements en grains et cens liés aux terres et aux vignes.
Une tradition historique locale, rapportée plus tardivement, présente encore les Templiers comme décimateurs à Aussonce et à La Neuville dès 1130. Cette indication mérite d’être maniée avec prudence, mais elle va dans le sens d’une implantation ancienne du Temple dans ce pays, antérieure à l’acte de 1217, au moins sous forme de droits ou de possessions rurales.
Le moulin du Temple
La nature retenue pour la fiche, celle de moulin du Temple, trouve son principal appui dans un acte de 1166. Cette année-là, l’archevêque Henri de Reims donna aux frères du Temple de Merlan la terre de Grand-Mont afin de les indemniser des dommages causés à leur moulin par le débordement des eaux du vivier de Béthiniville, qui relevait de l’archevêque.
Ce renseignement est important à double titre. D’une part, il atteste l’existence d’un moulin templier en fonctionnement dans le secteur de Merlan-Aussonce au milieu du XIIe siècle. D’autre part, il montre que cet ouvrage était assez important pour justifier une compensation foncière lorsque les eaux venues d’un aménagement voisin lui portaient préjudice.
Le même acte mentionne encore la renonciation d’un seigneur nommé Gauthier Potrel à tous les droits qu’il pouvait prétendre sur la terre de La Vallée, près de Merlan. La documentation relie donc ici le moulin, une indemnité foncière et la consolidation juridique de biens situés autour de Merlan, dans l’environnement immédiat d’Aussonce.
Les textes fournis ne donnent pas la description technique de ce moulin ni son emplacement exact au bord d’un cours d’eau identifié pour Aussonce même. Ils prouvent cependant que le moulin appartenait bien au temporel templier local et qu’il s’insérait dans un ensemble plus large de terres et de droits exploités depuis Merlan.
Les terres des Ferments
Une nouvelle extension importante du domaine intervint en juillet 1239. Les Templiers achetèrent alors au chevalier Robert, seigneur de Somme-Vesle, et à son épouse Isabelle, toutes les terres appelées terres des Ferments, situées sur le territoire d’Aussonce. L’acte comprenait non seulement le sol, mais aussi tous les droits de justice et de seigneurie attachés à ces terres.
Cette acquisition est l’un des faits les plus sûrs du dossier d’Aussonce. Elle montre que le Temple poursuivait, au XIIIe siècle, une politique d’agrandissement et de concentration territoriale autour de ses établissements déjà implantés dans la région. La mention explicite des droits de justice et de seigneurie prouve également que les Ferments n’étaient pas de simples pièces de culture dépourvues d’enjeux seigneuriaux.
Le nom même de Ferments doit être conservé comme toponyme historique attesté. En revanche, les documents fournis ne permettent pas d’identifier avec certitude la nature précise de l’exploitation sur place, ni d’y restituer des bâtiments particuliers.
Biens et dépendances dans l’environnement de Merlan
Les notices réunies pour le secteur d’Aussonce montrent que les biens templiers formaient un ensemble cohérent centré sur Merlan. Le commandeur y exerçait plus tard la seigneurie de Merlan et de La Neuville, avec haute, moyenne et basse justice. À La Neuville, le manoir seigneurial comprenait une maison de maître, une chapelle sous le vocable de saint Jérôme et des bâtiments de ferme enfermés dans une vaste cour carrée, avec environ 500 arpents de terres.
Il convient toutefois de ne pas confondre ces éléments avec le bien d’Aussonce proprement dit. Ils servent surtout à replacer Aussonce et les Ferments dans le réseau domanial de Merlan. D’autres possessions sont attribuées à ce même ensemble : moulins à Hauviné et à Pontfaverger-Moronvilliers, seigneurie de Mont-Saint-Remi, terres à Chamiot et à Falaise, ancienne chapelle de Cauroy et vignes. Ce faisceau confirme qu’Aussonce relevait d’un temporel rural étendu, combinant seigneuries, terres, moulins et revenus.
Personnes connues
- Guy de Gérisy, seigneur détenteur d’Aussonce avant la cession aux Templiers, acteur principal de l’accord de 1217.
- Felice, épouse de Guy de Gérisy, associée à la donation et à la vente.
- Alberic d’Aubry, archevêque de Reims, dont les lettres confirmèrent l’opération de 1217.
- Guillaume, archevêque de Reims, sous le sceau duquel fut expédiée en 1187 la charte communale d’Aussonce.
- Henri, archevêque de Reims, auteur en 1166 de la donation de Grand-Mont en dédommagement des dommages subis par le moulin.
- Gauthier Potrel, qui renonça à ses droits sur la terre de La Vallée près de Merlan.
- Robert de Somme-Vesle et Isabelle, vendeurs en 1239 des terres des Ferments.
Évolution seigneuriale
Les éléments disponibles laissent voir une montée en puissance rapide de l’ordre dans le pays d’Aussonce. L’indemnité foncière de 1166 suppose déjà un établissement capable d’exploiter un moulin. La charte de 1187 éclaire la structure d’une seigneurie villageoise organisée. L’acte de 1217 transfère aux Templiers la quasi-totalité de la ville d’Aussonce avec ses hommes et ses droits. Enfin, l’achat de 1239 étend encore cette base par l’annexion des terres des Ferments et de leur ressort de justice.
La documentation locale ajoute qu’Aussonce et La Neuville partagèrent ensuite des droits et des charges communs sous l’autorité du seigneur de Merlan. Même s’il faut se garder de reprendre sans nuance toutes les reconstructions tardives, l’ensemble concorde pour faire d’Aussonce une composante réelle de la seigneurie templière de Merlan, et non une simple mention isolée dans les chartes.
Après la suppression du Temple
Les extraits fournis ne décrivent pas directement le transfert intervenu après la disparition de l’ordre du Temple. Ils montrent en revanche la continuité d’un commandement seigneurial à Merlan à une époque postérieure, ce qui implique que les biens d’Aussonce, du moulin et des Ferments furent absorbés dans l’ensemble domanial qui survécut sous l’autorité hospitalière. Faute d’acte de remise ou d’inventaire local dans la matière disponible, il vaut mieux s’en tenir à cette continuité probable du cadre seigneurial plutôt que d’en détailler les modalités.
Toponymie et traces
Le principal vestige conservé par les textes est d’ordre toponymique. Le nom des terres des Ferments est expressément attesté au XIIIe siècle. La documentation ancienne conserve aussi le souvenir d’une terre de La Vallée près de Merlan et de la terre de Grand-Mont, donnée en compensation à la suite des dommages causés au moulin.
Pour Aussonce même, le dossier ne fournit pas de description de bâtiments conservés ni de ruines identifiables du moulin. Il autorise cependant à reconnaître, derrière le titre moderne de « Domaine du Temple, Aussonce et terres des Ferments », un ensemble historique bien défini : des terres seigneuriales, un moulin attesté dès 1166, des droits sur Aussonce acquis en 1217, puis un accroissement territorial en 1239 avec les Ferments.
Situer cette implantation
