Aller au contenu

BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Fief du Temple de Chaussepierre

Domaine du Temple de Chaussepierre

Repères territoriaux liés

Chaussepierre, également attesté sous la forme ancienne Chausé Pierre, désigne un fief entré au XIIIe siècle dans le domaine du Temple. Les documents fournis le situent dans l’actuel département de l’Aube, dans le secteur de Bar-sur-Seine et des Vaudes. Une hésitation apparaît toutefois dans la localisation communale transmise par les textes, qui rattachent tantôt Chaussepierre à Montceaux-lès-Vaudes, tantôt à Rumilly-lès-Vaudes. Cette incertitude n’empêche pas de cerner la réalité historique du bien : il s’agissait d’un domaine foncier et seigneurial de dimension locale, non d’une commanderie autonome, et il fut administré comme une dépendance d’un établissement templier plus important de la région.

Entrée du fief dans le domaine du Temple

L’intégration de Chaussepierre au patrimoine templier provient d’une donation consentie par Clérembaud de Chappes. À la suite de cet acte, le fief passa sous la seigneurie du Temple. Les documents divergent sur son rattachement administratif : un passage le donne comme vraisemblablement uni à la commanderie de Cères, tandis qu’un autre le présente comme rattaché à celle de Serre. En l’état de la documentation fournie, il est donc plus prudent de retenir qu’il dépendait d’une commanderie templière voisine du diocèse de Troyes, sans trancher définitivement entre ces deux attributions contradictoires.

Le fief était auparavant tenu de Clérembaud de Chappes par le chevalier Thomas de Busseyo, du droit de son épouse Ermenjarde de Chaussepierre. Le texte laisse incertaine l’identification exacte de ce Busseyo, rapproché par hypothèse de plusieurs lieux aubois. Cette imprécision toponymique ne change pas le fond du dossier : au milieu du XIIIe siècle, Chaussepierre formait bien un fief noble relevant de la mouvance des Chappes, passé ensuite sous la suzeraineté du Temple.

Composition du domaine

La consistance du fief est décrite avec assez de précision. Chaussepierre comprenait une maison, des hommes de corps, des rentes, des terres et une prairie. Cette énumération montre que le bien ne se limitait pas à une simple tenure agricole : il réunissait à la fois un siège d’exploitation, des revenus fonciers et des droits seigneuriaux sur des personnes dépendantes.

Le pré dépendant du fief se trouvait sur l’Ozain et était enclavé dans les prés du seigneur de Chappes. Les terres, quant à elles, étaient réparties en trois pièces. Les confronts signalés permettent de les replacer dans un paysage seigneurial morcelé : elles joignaient notamment les biens de Poincet, dit le Moine, écuyer, et ceux de Huet Luiart. Ces indications de voisinage montrent que les Templiers recevaient ici un ensemble déjà nettement individualisé, connu par ses limites et par ses rapports avec les possessions des familles chevaleresques environnantes.

L’accord de 1247 avec Ermenjarde de Chaussepierre

Le moment décisif pour la prise de contrôle effective du domaine par le Temple se situe en avril 1247. Après la donation de Clérembaud de Chappes et après le décès de son mari Thomas de Busseyo, Ermenjarde de Chaussepierre reconnut tenir désormais le fief des Templiers. Cette reconnaissance féodale est importante : elle marque le passage concret de la seigneurie éminente entre les mains de l’ordre.

À cette date, Ermenjarde, en difficulté financière, sollicita les Templiers pour obtenir des liquidités. Ceux-ci lui avancèrent 260 livres et 60 sols en monnaie de Provins, en prenant le fief en garantie. L’opération fut réglée de manière à ménager à la fois les besoins immédiats de la débitrice et les intérêts du Temple. Ermenjarde conservait la jouissance du fief sa vie durant, tandis que les revenus en étaient perçus selon les termes de la convention. À son décès, Chaussepierre devait revenir de plein droit au Temple. Toutefois, ses héritiers conservaient une faculté de reprise, à condition de rembourser la somme avancée.

Ce montage révèle un mode d’acquisition très caractéristique : l’ordre n’obtint pas seulement Chaussepierre par donation initiale, mais consolida sa mainmise par une opération de crédit appuyée sur une hypothèque féodale. L’acte fut passé sous les sceaux du doyen Raoul et de maître Jean, official de Troyes, ce qui lui donnait une solide garantie juridique.

Transmission aux Templiers après la mort d’Ermenjarde

Ermenjarde mourut environ deux ans plus tard. Après sa disparition, la question de l’hérédité du fief fut réglée par une série d’abandons successifs au profit du Temple. En novembre 1249, le chevalier Guillaume, dit Le Roi, se présenta comme l’héritier le plus proche d’Ermenjarde. Il revendiqua d’abord ses droits sur les biens qu’elle avait laissés à Chaussepierre, puis y renonça en faveur des Templiers contre un paiement de 30 livres, monnaie de Provins, versé comptant.

La transaction n’était pas sans réserve. Si un héritier plus proche venait à faire valoir des droits meilleurs, Guillaume Le Roi devait restituer la somme reçue. Le règlement fut encore renforcé par l’intervention de Milon de Fontette, gendre de Guillaume. Celui-ci renonça à tous les droits qu’il détenait ou pouvait prétendre détenir sur cette succession, et il se porta garant de la cession consentie par son beau-père.

Les deux hommes se soumirent en outre à la juridiction de l’official de Troyes, Jean. Le caractère contraignant de l’engagement fut expressément accentué : ils acceptaient d’être frappés d’excommunication s’ils revenaient sur leur parole, quel que fût ensuite leur lieu de résidence. Le Temple cherchait ainsi à écarter toute contestation ultérieure sur la possession du fief.

L’acte de 1250 et l’extension aux prés de l’Oze

Un nouvel acte, daté d’avril 1250, reprenait au fond le même objet que celui de 1249, tout en ajoutant un élément notable. Aux biens qu’Ermenjarde avait laissés sur le finage de Chaussepierre s’ajoutaient cette fois les prés qu’elle possédait sur la rivière d’Oze, depuis Rumilly jusqu’à Vaudes. Le versement mentionné dans cet acte n’était plus que de 7 livres en monnaie de Provins, somme qui paraît correspondre à une indemnité complémentaire pour la cession de ces prés, venant s’ajouter aux 30 livres déjà remises auparavant.

Le document est cependant présenté avec prudence par le texte transmis : sa rédaction en français a paru suspecte à l’auteur ancien qui l’analysait, car elle ne lui semblait pas correspondre à l’époque. Il convient donc de ne pas lui faire dire davantage que ce qu’autorise la matière conservée. Au minimum, il témoigne de l’existence d’une tradition documentaire associant au dossier de Chaussepierre non seulement le noyau du fief, mais aussi des prés étendus le long de l’Oze entre Rumilly et Vaudes.

Un petit ensemble seigneurial plus qu’une maison conventuelle

Tout ce qui est connu de Chaussepierre conduit à y voir un fief rural composé de biens, de revenus et de dépendants, non une commanderie à part entière. La mention d’une maison doit être entendue dans ce cadre : elle signale l’existence d’un siège domanial ou d’un bâtiment attaché au fief, sans autoriser à parler d’un établissement conventuel important. Les hommes de corps, les rentes, les pièces de terre et les prés montrent une exploitation articulée autour de droits seigneuriaux et de revenus agricoles.

La documentation insiste d’ailleurs davantage sur les mécanismes de transmission, les garanties juridiques et les compensations versées aux héritiers que sur une éventuelle vie communautaire sur place. Chaussepierre apparaît donc comme un élément du temporel templier dans la région des Vaudes, intégré à un réseau administratif plus large.

Personnes et voisinages attestés

  • Clérembaud de Chappes : donateur par lequel le fief entra dans le domaine du Temple.
  • Ermenjarde de Chaussepierre : détentrice du fief après son mari, puis reconnaissant en 1247 le tenir des Templiers.
  • Thomas de Busseyo : chevalier, mari d’Ermenjarde, ancien tenant du fief du chef de son épouse.
  • Guillaume dit Le Roi : héritier se déclarant le plus proche après la mort d’Ermenjarde, renonçant à ses droits en 1249.
  • Milon de Fontette : gendre de Guillaume, associé à la renonciation et garant de la cession.
  • Raoul, doyen, et Jean, official de Troyes : garants ecclésiastiques de l’acte de 1247.
  • Poincet dit le Moine, écuyer, et Huet Luiart : voisins des terres de Chaussepierre.

Topographie et cadre local

Le dossier permet de restituer quelques repères concrets. Le fief se plaçait dans le voisinage direct des terres des seigneurs de Chappes, avec un pré sur l’Ozain et, selon l’acte de 1250, des prés sur l’Oze entre Rumilly et Vaudes. Même si l’ensemble reste fragmentaire, on voit que Chaussepierre n’était pas un point isolé : il s’insérait dans un tissu de possessions nobles, de prairies de rivière et de terres labourables divisées en pièces bien individualisées.

Le toponyme ancien Chausé Pierre est explicitement transmis. C’est la seule forme historique sûre livrée par les documents ici exploités. En revanche, les hésitations modernes sur la commune de rattachement imposent de ne pas simplifier abusivement la localisation actuelle.

Après la période templière

Aucun renseignement explicite n’est fourni ici sur le devenir de Chaussepierre après la suppression de l’ordre du Temple. Les textes disponibles s’arrêtent, pour l’essentiel, aux opérations de 1247, 1249 et 1250 qui assurent la consolidation du domaine entre les mains des Templiers. Faute d’attestation plus précise dans la matière fournie, il n’est pas possible de décrire avec certitude une reprise hospitalière, une évolution moderne du fief ou l’existence de vestiges conservés sur place.

Situer cette implantation

Croix des Templiers – Fief du Temple de Chaussepierre