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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Fief du Temple de Caillouet

Fief du Temple de Caillouet

Repères territoriaux liés

Caillouet apparaît, pour la documentation templière conservée, comme un fief noble tenu par les frères du Temple dans l’orbite de la maison de Bretteville-le-Rabet. Il ne s’agissait pas d’une commanderie autonome ni d’un établissement monumental clairement décrit, mais d’un ensemble de droits seigneuriaux et de revenus fieffés attachés à un terroir relevant autrefois de la paroisse de Fresney-le-Puceux. Les textes disponibles montrent surtout une seigneurie de rapport, fondée sur des cens, des rentes et des dîmes, plus que sur l’exploitation directe d’un domaine important.

Localisation historique

Le fief de Caillouet était donné comme faisant anciennement partie de la paroisse de Fresney-le-Puceux. Il relevait directement de la maison du Temple de Bretteville-le-Rabet, ce qui l’inscrit parmi les dépendances rurales de cette maison. D’autres indications toponymiques rattachent Caillouet à un hameau signalé plus tard sur la commune de Bretteville-sur-Laize, jadis tenu pour dépendre de Quilly. Les documents ne permettent pas de résoudre entièrement ces cadres territoriaux successifs, mais ils montrent au minimum que le nom de Caillouet désignait un petit lieu bien identifié dans la région de la Laize.

Plusieurs formes anciennes du toponyme sont attestées sur une longue durée. On relève notamment Calloey à la fin du XIIe siècle, Calloei au début du XIIIe, Qualloé au milieu du XIIIe, puis Caillouay au XIVe siècle et Caillouey à l’époque moderne. Cette série montre la stabilité du nom malgré des graphies variables, sans qu’il faille y voir des lieux distincts.

Nature du bien templier

La documentation insiste sur un point essentiel : le fief de Caillouet ne consistait qu’en domaine fieffé. Autrement dit, les Templiers y percevaient des droits et redevances, mais rien n’indique ici l’existence d’un vaste chef-lieu d’exploitation, d’une maison seigneuriale templière décrite comme telle, ni d’une commanderie indépendante. La valeur de Caillouet tenait donc moins à des bâtiments qu’à la capacité de l’Ordre à y lever des revenus réguliers sur des terres et sur des tenanciers.

Cette précision est importante pour comprendre la place de Caillouet dans l’ensemble de Bretteville-le-Rabet. Le lieu appartenait à une trame de possessions dispersées : certains biens étaient des maisons du Temple, d’autres des fiefs ou des prévôtés. Caillouet entrait dans cette seconde catégorie, celle des dépendances seigneuriales rapportant surtout par les cens, les rentes et les redevances foncières.

Donations et accroissement des revenus

Deux actes du milieu du XIIIe siècle éclairent concrètement la formation des revenus templiers à Caillouet.

En juillet 1250, Gaudefroy de Calloué donna aux frères de la chevalerie du Temple de Bretteville-le-Rabet seize boisseaux d’orge à percevoir chaque année. Cette rente devait être prise sur des terres situées à Caillouet, désignées sous les noms de Haut-Près et des Houlles. L’acte montre à la fois l’existence d’un terroir finement nommé et la constitution de revenus en nature au profit de l’Ordre. Ce n’est pas une cession globale de seigneurie, mais l’attribution d’un prélèvement annuel précisément assis sur des parcelles ou cantons de terre identifiés.

En 1255, une opération plus importante renforça les ressources de Caillouet. Jean de Gouvix, qualifié d’écuyer, donna aux Templiers la dîme du fief de Villers, situé dans la paroisse de Fresney-le-Puceux. Cette donation n’était toutefois valable qu’avec l’accord du seigneur dans le fief duquel cette dîme se trouvait, et les textes précisent en effet le consentement de Guillaume de Tournebu. L’affaire révèle les emboîtements féodaux qui conditionnaient la transmission des revenus ecclésiastiques ou para-ecclésiastiques : même donnée au Temple, la dîme demeurait insérée dans une hiérarchie seigneuriale.

La même année, Jean de Gouvix reprit en fief la dîme qu’il venait de céder. Il la tint désormais des frères du Temple, moyennant un cens annuel de deux muids de blé. Ce montage est révélateur d’une pratique fréquente : l’Ordre recevait juridiquement un bien ou un droit, puis le redonnait à tenir en fief ou en ferme, transformant ainsi une donation en revenu stable. Dans le cas de Caillouet, cette dîme du fief de Villers est même signalée comme le principal revenu du fief.

Possessions et économie du fief

Les éléments conservés permettent d’entrevoir l’économie propre de Caillouet. Elle reposait d’abord sur des redevances seigneuriales, c’est-à-dire des paiements dus par les tenanciers ou détenteurs de parcelles. À cela s’ajoutaient des rentes en nature bien individualisées, comme les seize boisseaux d’orge assignés sur les Haut-Près et les Houlles.

Le revenu majeur était toutefois la dîme du fief de Villers. Cette dîme, convertie en relation féodale entre Jean de Gouvix et les Templiers, procurait à l’Ordre un retour annuel de deux muids de blé. Le dossier laisse donc voir un système dans lequel les frères de Bretteville-le-Rabet n’exploitaient pas seulement des terres, mais administraient surtout des droits sur les récoltes et sur les revenus agraires locaux.

Rien, dans les textes ici fournis, n’autorise à attribuer à Caillouet un moulin, une chapelle, une grange spécialisée ou un ensemble bâti important. La physionomie économique du lieu demeure celle d’un fief de rapport, utile par l’addition de prestations diverses plutôt que par une exploitation domaniale directe de grande ampleur.

Personnes et réseaux seigneuriaux

Les actes conservés font connaître plusieurs personnages liés au fief.

  • Gaudefroy de Calloué, donateur en 1250 d’une rente annuelle d’orge sur des terres de Caillouet.
  • Jean de Gouvix, écuyer, auteur en 1255 de la donation de la dîme du fief de Villers, puis repreneur de cette même dîme en fief sous redevance envers le Temple.
  • Guillaume de Tournebu, dont le consentement était requis pour la donation de 1255, parce que la dîme se trouvait dans son fief.
  • Jean de l’Aumosne de Secqueville, impliqué en 1261 dans la restitution d’une terre appelée la Fosse du Temple.

Ces noms montrent que Caillouet n’était pas un bien isolé, mais un point d’articulation entre plusieurs familles ou seigneuries locales. L’autorité supérieure de la maison de Bretteville-le-Rabet s’y combinait avec les droits particuliers de lignages voisins et avec des montages féodaux parfois complexes.

Dépendance liée : la Fosse du Temple

Un acte de 1261 mentionne une terre appelée couramment la Fosse du Temple, située non pas à Fresney-le-Puceux mais dans la paroisse de Quilly. Jean de l’Aumosne de Secqueville remit alors cette terre aux Templiers, terre qu’il tenait d’eux, en échange ou contrepartie des trente-six sols tournois qu’il avait reçus.

La documentation ne dit pas expressément que cette pièce de terre formait juridiquement une dépendance du fief de Caillouet, mais son insertion dans le même dossier local la rattache au moins à la sphère des biens de Bretteville-le-Rabet dans ce secteur. Le nom même de Fosse du Temple signale une possession suffisamment connue pour avoir reçu une désignation d’usage.

Après cette restitution, la terre disparaît pratiquement des mentions connues. Il est seulement avancé qu’elle a pu être ensuite donnée à rente, puisqu’aucun titre postérieur cité ne la remet en lumière. Cette disparition documentaire invite à la prudence : on peut constater l’existence du bien en 1261, non reconstruire au-delà son histoire détaillée.

Place dans l’ensemble de Bretteville-le-Rabet

Caillouet appartenait au groupe des dépendances rattachées à la maison du Temple de Bretteville-le-Rabet. Dans cet ensemble régional figuraient aussi d’autres biens et fiefs, notamment dans le même secteur de la plaine et des marges de la vallée de la Laize. Caillouet doit donc être compris comme l’un des éléments d’un réseau foncier plus large, administré depuis Bretteville-le-Rabet.

Cette dépendance directe explique sans doute la modestie apparente du site : la centralité institutionnelle n’était pas à Caillouet, mais dans la maison mère dont il relevait. Les Templiers y recherchaient avant tout la consolidation de revenus locaux, obtenus par donations, reprises en fief et perception de dîmes ou de redevances.

Devenir après la suppression du Temple

Les documents fournis ne donnent pas, pour Caillouet seul, un récit développé du transfert aux Hospitaliers après la suppression de l’ordre du Temple en 1312. En revanche, comme le fief relevait directement de la maison de Bretteville-le-Rabet, il est logique de le replacer dans le devenir de cet ensemble, passé sous administration hospitalière. Aucune rupture matérielle particulière n’est signalée pour Caillouet ; rien n’indique non plus la survivance d’un chef-lieu bâti remarquable.

Ce silence concorde avec la nature même du bien : un fief fait de droits et de revenus pouvait se transmettre d’un ordre à l’autre sans laisser nécessairement de vestiges monumentaux identifiables. Dans l’état des textes ici disponibles, le trait le plus durable semble avoir été moins un bâtiment que la permanence du toponyme et du souvenir d’un ressort seigneurial appelé fief du Temple.

Toponymie et traces de mémoire

La continuité des formes anciennes du nom constitue l’indice le plus net d’une permanence locale. De la fin du XIIe siècle à l’époque moderne, le lieu est conservé sous des graphies diverses mais reconnaissables. Cette persistance suggère un ancrage territorial ancien, antérieur même aux actes templiers du XIIIe siècle, puis durablement transmis par les usages administratifs et seigneuriaux.

La documentation ne décrit pas de vestiges bâtis certains à Caillouet. En revanche, elle conserve la mémoire de microtoponymes internes au terroir, comme les Haut-Près, les Houlles et la Fosse du Temple. Ces noms sont précieux, car ils donnent accès à une géographie concrète des droits templiers : non une abstraction seigneuriale, mais des revenus assis sur des pièces de terre, des prés et des lieux-dits précisément désignés.

Ainsi, le fief du Temple de Caillouet se laisse définir avec assez de netteté : une dépendance noble de Bretteville-le-Rabet, sans autonomie institutionnelle connue, reposant sur des revenus fonciers et dîmiers attestés au milieu du XIIIe siècle, dans un cadre local où les donations de petits seigneurs et les reprises en fief ont structuré l’économie de l’Ordre.

Situer cette implantation

Croix des Templiers – Fief du Temple de Caillouet