La maison du Temple de Chaufour
Repères territoriaux liés
Chaufour, dans l’actuelle commune de Jouy-le-Châtel en Seine-et-Marne, correspond bien à une implantation templière attestée. Les textes signalent d’abord non pas une grande commanderie autonome clairement définie dès l’origine, mais un ensemble de biens organisé autour d’une grange, puis d’une maison avec terres, droits et dépendances. La mention d’une chapelle est bien documentée pour l’état plus développé du site, mais elle ne doit pas faire oublier que l’établissement paraît avoir commencé de manière plus modeste.
Localisation historique
Le site de Chaufour se situait dans le secteur de Jouy-le-Châtel, anciennement dans le canton de Nangis et l’arrondissement de Provins. Les formes anciennes du nom, telles que Chaufor ou Chauffour, renvoient au même lieu dans la documentation conservée.
Origine de l’implantation
Au début du XIIIe siècle, Chaufour n’est d’abord signalé que comme une grange utilisée par les Templiers pour y conserver leurs dîmes. Une attestation de juin 1212 indique que cette grange leur avait été donnée avec dix arpents de terre et douze deniers de cens par Hugues de Praières et ses frères, lesquels leur cédèrent aussi, moyennant finance, d’autres terres et censives à Chaufour. Les Templiers y détenaient également un droit de ramassage du bois mort dans le bois Hunaut.
Développement du domaine
L’ensemble de Chaufour prit ensuite une importance plus nette. En janvier 1224, l’abbé de Jouy accorda aux Templiers de Chaufour, près de Jouy-le-Châtel, trente arpents de terre en compensation d’une renonciation à un droit d’usage qu’ils exerçaient dans ses bois. Cette concession venait s’ajouter aux biens déjà liés au bois Hunaut.
Les textes montrent ainsi un établissement associant exploitation agricole, perceptions seigneuriales et ressources forestières. Chaufour ne se réduit donc pas à une simple chapelle isolée : il s’agit d’un domaine templier structuré, dont la chapelle n’était qu’un des éléments.
Biens et dépendances
Le voisinage d’Orbies, également dans la paroisse de Jouy-le-Châtel, éclaire l’extension du patrimoine templier autour de Chaufour. En 1212, Simon Courteron et sa femme Helvide reconnurent avoir donné aux frères du Temple ce qu’ils possédaient à Orbies, près de Chaufour, avec une part importante de terres. Les Templiers y établirent une métairie, une étable, un logis, une chapelle, une cour et un jardin, sur un terrain clos de fossés.
Cette documentation concerne d’abord Orbies, qu’il ne faut pas confondre avec Chaufour. Elle montre toutefois que le secteur formait un ensemble de possessions proches, articulées autour de plusieurs points d’exploitation.
Administration et difficultés au XIIIe siècle
Vers le milieu du XIIIe siècle, la maison de Chaufour, avec les terres et les bois qui en dépendaient, fut concédée à vie à un certain Adam Bourdon, citoyen de Paris. Cette jouissance était accordée à charge pour lui de rebâtir à ses frais les bâtiments ruinés et d’améliorer la mise en culture des terres. Le dossier laisse entendre qu’après sa mort, les Templiers eurent des difficultés à reprendre pleinement possession de leur bien. En 1296, le roi ordonna à son bailli de Troyes de faire procéder à cette restitution en leur faveur.
Le devenir du site après les Templiers
Après la suppression de l’ordre du Temple, la maison de Chaufour passa, comme beaucoup d’autres biens templiers, aux Hospitaliers. Le site avait cependant subi de nouveaux dommages à la fin du XVe siècle. En 1494, il est question des masures de l’ancien Temple, où se trouvaient autrefois une maison, une chapelle, une grange, des étables, une cour, un jardin et un enclos appelé le Pastis ou Vieil Chaufour. L’acte prévoit une remise en valeur du lieu, avec obligation de réédifier certains bâtiments et de remettre des terres en culture.
Fiefs et droits seigneuriaux
Deux fiefs dépendaient de la maison du Temple de Chaufour. Le premier, appelé Lespingaut, correspondait à des censives perçues au Petit-Paris, dans la paroisse de Jouy-le-Châtel. Le second, le fief du Lutz, situé dans la même paroisse, comprenait des censives assises sur un ensemble de terres dans le secteur de la rue du Lutz. Ces mentions confirment que Chaufour ne relevait pas seulement d’une exploitation rurale, mais aussi d’un cadre seigneurial et foncier plus large.
Ce que l’on peut retenir
Chaufour correspond à une maison du Temple attestée dans la région de Jouy-le-Châtel. L’établissement est issu d’une grange reçue au début du XIIIe siècle, puis enrichi par des terres, des cens, des droits d’usage et des dépendances. La chapelle fait bien partie des éléments mentionnés pour le site à une époque plus développée, mais l’histoire du lieu montre avant tout un domaine templier rural, progressivement constitué, administré et remanié au fil du temps.
Situer cette implantation
