Johannes de Turno
Johannes de Turno est un frère du Temple étroitement lié à la maison du Temple de Paris, où il apparaît comme un personnage de premier plan, doté d’une autorité effective sur plusieurs frères et impliqué dans des affaires touchant à la fois la vie interne de la communauté parisienne et des relations avec d’autres lieux. Son nom est attesté sous plusieurs formes latines concordantes, notamment frater Johannes de Turno, F. Johannes de Turno, fratre Johanne de Turno et fratrem Johannem de Turno.
Tout ce que l’on saisit de lui le rattache fortement à Paris. Il appartient à l’Ordre du Temple dans son implantation parisienne et relève de la domus Templi Parisiensis, désignée aussi comme Templum Parisiense ou Templum Parisius. Une mention le montre en rapport direct avec la possession ou la tenue du Temple parisien, indice d’un lien institutionnel particulièrement étroit avec cet établissement. Sans que son titre exact soit explicitement conservé, l’ensemble des indications disponibles le place parmi les responsables de la maison de Paris ou de son entourage immédiat.
Insertion dans la maison du Temple de Paris
Paris constitue le centre de gravité de la carrière attestée de Johannes de Turno. C’est dans la maison du Temple de Paris qu’il est situé de manière récurrente, et c’est là aussi que se concentrent les épisodes connus de son activité, de ses relations et de ses interventions. La formulation qui le met en rapport avec le Templum Parisiense va au-delà d’une simple résidence conventuelle : elle suggère une responsabilité exercée à l’intérieur même de la maison.
Cette insertion parisienne est confirmée par la nature des personnes liées à lui. Plusieurs frères déclarent avoir été sous son commandement à Paris, parfois pendant des durées longues, ce qui révèle une continuité d’autorité. D’autres souvenirs le montrent dans des scènes communautaires précises, notamment dans la grande chapelle de la maison du Temple de Paris lors d’une vigile de Pâques remontant à plus de vingt ans. Sa présence dans ces différents contextes fait ressortir un frère anciennement établi, bien intégré dans les cadres de commandement et de mémoire de la communauté parisienne.
Fonctions et autorité
Le trait le plus net de son profil est l’autorité qu’il exerce sur d’autres frères. Sont expressément dits relever de lui Johannes lo Vinhaeur, Guillelmus de Chaloto, associé à Stampes, Johannes d’Anfergis, mentionné en lien avec Chaloto Régine, Johannes de Folheyo, soumis à son commandement pendant environ deux ans avant leur arrestation à Paris, et Guido de Maynilio, placé sous son autorité pendant vingt-deux ans et davantage, également à Paris. Une telle série, appuyée par des durées parfois considérables, dépasse de beaucoup la simple préséance d’ancienneté et renvoie à un véritable pouvoir de direction.
La diversité géographique relative de ces mentions est également significative. Si Paris demeure le pôle principal, l’autorité de Johannes de Turno touche aussi des frères rattachés à Stampes et à Chaloto Régine. Il faut donc envisager, sans aller au-delà de ce qui est explicitement attesté, un officier ou dignitaire dont le ressort d’action débordait le seul espace clos de la maison parisienne et pouvait s’étendre à des dépendances, à des frères de passage ou à des maisons en relation avec Paris.
Le cas de Guido de Maynilio est particulièrement révélateur : la durée de vingt-deux ans et plus sous le commandement de Johannes de Turno suppose une position durablement occupée par ce dernier. De même, la relation de commandement sur Johannes de Folheyo, encore active environ deux ans avant l’arrestation à Paris, montre que cette autorité n’était pas seulement ancienne, mais se prolongeait jusqu’aux années terminales de l’ordre.
Réseau relationnel
Autour de Johannes de Turno se dessine un réseau de confrères et d’interlocuteurs qui éclaire sa place dans le milieu templier parisien. Aux subordonnés déjà mentionnés s’ajoutent Raynaudus de Tremplaio, associé à un souvenir ancien dans la grande chapelle de la maison du Temple de Paris ; Gaubertus de Silhi ; Petrus de Arbleyo ; Guillelmus Fabri ; et Johannes de Monte Morenciaco, mis en relation avec Malo Repastu, dans le diocèse de Chartres. L’évêque de Paris figure également parmi les autorités devant lesquelles ou en relation avec lesquelles son nom apparaît.
Ces rapports ne sont pas tous de même nature. Certains relèvent manifestement de la hiérarchie interne de l’ordre, d’autres d’une simple mention conjointe dans des dépositions, d’autres encore d’un voisinage institutionnel ou judiciaire. Pris ensemble, ils montrent toutefois Johannes de Turno au croisement de plusieurs cercles : celui du gouvernement de la maison parisienne, celui des frères dépendant de son autorité, et celui des instances ecclésiastiques devant lesquelles les Templiers furent entendus.
Une mention le met encore en relation avec le grand maître du Temple alors en fonction, à l’occasion du premier séjour de celui-ci dans ces régions, environ seize ans auparavant. Même si la teneur exacte de cette relation n’est pas précisée, elle confirme que Johannes de Turno appartenait à un niveau de responsabilité où le contact avec le gouvernement supérieur de l’ordre était possible.
Lieux associés
Outre Paris et Parisius, qui constituent le cadre principal de son activité, plusieurs toponymes apparaissent dans son environnement. Malo Repastu, dans le diocèse de Chartres, est lié à son nom, de même que Johannes de Monte Morenciaco ; Stampes intervient à propos de Guillelmus de Chaloto ; Chaloto Régine à propos de Johannes d’Anfergis. Ces indications restent ponctuelles, mais elles suffisent à montrer que les relations de Johannes de Turno ne se limitaient pas à la seule enceinte du Temple de Paris.
Il convient néanmoins de maintenir la hiérarchie des attestations : aucun de ces lieux n’est documenté avec la même force que Paris. Ils dessinent plutôt l’horizon relationnel et administratif d’un frère dont l’activité connue est solidement enracinée dans la maison parisienne.
Actes et souvenirs conservés
Parmi les épisodes individualisés, l’un des plus précis se situe lors de la vigile de Pâques, plus de vingt ans auparavant, dans la magna capella de la maison du Temple de Paris, en relation avec Raynaudus de Tremplaio. Ce souvenir inscrit Johannes de Turno dans la liturgie solennelle et la mémoire longue de la communauté parisienne.
Un autre repère concerne Johannes de Folhayo dans la maison du Temple de Paris, environ sept ans avant la déposition de Johannes de Turno. Ce jalon, rapproché de la mention selon laquelle Johannes de Folheyo fut sous son commandement pendant près de deux ans avant leur arrestation à Paris, contribue à ancrer son autorité dans une chronologie relative mais cohérente.
Les noms de Guillelmus Fabri et de Johannes de Monte Morenciaco, ce dernier associé à Malo Repastu, apparaissent eux aussi dans l’entourage de Johannes de Turno. La précision des circonstances manque, mais leur présence confirme que sa mémoire judiciaire s’organise autour d’un ensemble de relations personnelles et institutionnelles plus large que celui de sa seule maison de résidence.
Dépositions et procédure ecclésiastique
Johannes de Turno est directement engagé dans les procédures dirigées contre les Templiers. Il est interrogé et dépose devant des commissaires le 25 février, à la maison des frères mineurs. Une déposition antérieure devant l’évêque de Paris est également attestée. La répétition de ces auditions montre qu’il fut entendu à plusieurs reprises dans le cadre d’instances distinctes mais liées à la même séquence d’enquête et d’examen.
Sa participation au concile de Sens s’inscrit dans ce même ensemble. Il n’y apparaît pas comme une figure périphérique, mais comme un frère suffisamment important pour être intégré aux mécanismes ecclésiastiques de comparution, de déposition et d’évaluation des témoignages. Son rang dans la maison du Temple de Paris, perceptible à travers l’autorité qu’il exerçait sur d’autres frères, éclaire probablement la place qu’il prend alors dans la procédure.
Chronologie relative et portée historique
La chronologie conservée pour Johannes de Turno est presque entièrement relative. Un souvenir avec Raynaudus de Tremplaio remonte à plus de vingt ans ; une relation avec le grand maître se situe environ seize ans auparavant ; une autre mention met en jeu Johannes de Folhayo environ sept ans avant sa déposition ; l’exercice de son autorité sur Johannes de Folheyo est placé dans les deux années environ précédant leur arrestation à Paris ; celui qu’il exerce sur Guido de Maynilio couvre vingt-deux ans et plus. Ces repères, sans suffire à reconstituer sa carrière complète, dessinent la durée d’une présence ancienne et continue au sein du Temple parisien.
Il faut ainsi voir en Johannes de Turno non un frère secondaire aperçu par hasard dans les enquêtes, mais un homme solidement installé dans l’entourage dirigeant du Temple de Paris. L’absence de titre explicite interdit de le définir plus précisément ; en revanche, la convergence des liens de commandement, des souvenirs localisés à Paris, de la relation au Temple parisien lui-même et des comparutions devant les autorités ecclésiastiques autorise à le situer parmi les personnalités importantes de cette maison à la fin de l’histoire de l’ordre.
