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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Les Templiers dans le département du Jura (39)

Présence templière dans le Jura : un réseau modeste, mais bien ancré

Croix des Templiers – Les Templiers en Jura (39)

Les Templiers en Jura (39) n’ont pas laissé dans ce département un semis très dense de maisons comparables à ceux de certaines terres champenoises ou languedociennes. La documentation permet toutefois d’identifier avec sûreté deux pôles majeurs dans l’actuel Jura : la commanderie templière d’Arbois et la commanderie templière de Dole. Ces établissements s’inscrivaient dans le cadre médiéval du comté de Bourgogne, espace politiquement distinct du royaume capétien, mais étroitement relié aux grands axes de circulation entre plaine de Saône, Franche-Comté, Jura et routes vers la Suisse et l’Empire.

Comme ailleurs, les maisons du Temple n’y étaient pas d’abord des forteresses de croisade transplantées en miniature, mais des centres de gestion : elles administraient des terres, percevaient des redevances, exploitaient des revenus ruraux, accueillaient les frères de passage et soutenaient, par leurs ressources, l’effort de l’Ordre en Orient. Les sources savantes et les inventaires hospitaliers postérieurs montrent que ces maisons jurassiennes faisaient partie d’un ensemble plus large reliant la Franche-Comté, le Genevois et les provinces voisines du Temple. Les recueils de chartes publiés par le marquis d’Albon, les travaux d’Eugène Mannier, les éditions du procès utilisées depuis Michelet et les notices issues des archives d’Ancien Régime permettent de dégager les lignes principales de cette histoire, sans forcer des lacunes documentaires réelles.

Le cadre historique : le comté de Bourgogne et les routes de la Franche-Comté

Pour comprendre la présence de l’Ordre du Temple dans le Jura, il faut replacer Arbois et Dole dans le monde comtois des XIIe et XIIIe siècles. Le comté de Bourgogne formait alors une principauté relevant de l’orbite impériale, où se croisaient pouvoirs comtaux, seigneuries laïques, grands établissements ecclésiastiques et villes en croissance. Dole, centre politique et administratif de premier ordre à l’époque médiévale puis moderne, et Arbois, place active d’un val ouvert sur le vignoble, se trouvaient dans une région de circulations intenses entre terres céréalières, zones de pâture, vignobles et routes commerciales.

Dans ce contexte, les Templiers recherchaient moins de vastes blocs territoriaux que des implantations fonctionnelles : une maison, une chapelle, des terres, des droits, parfois un hospice, et surtout des dépendances capables d’alimenter une comptabilité régulière. Les référentiels spécialisés indiquent bien qu’en Franche-Comté les maisons templières relevaient d’une organisation provinciale spécifique ; l’un des textes rappelés par les compilations savantes précise que les maisons de Franche-Comté et du Genevois formaient une province de l’Ordre, administrée par des précepteurs. Cela donne la juste échelle : le Jura n’était pas une périphérie oubliée, mais une pièce d’un réseau régional cohérent.

La commanderie templière de Dole

Une maison ancienne dans l’orbite doloise

La commanderie templière de Dole apparaît comme l’un des principaux points d’appui du Temple dans l’actuel Jura. Les sources érudites des XVIIIe et XIXe siècles, reprises par les répertoires spécialisés, montrent qu’elle a exercé une autorité sur plusieurs dépendances rurales dans la région doloise et au-delà. Le souvenir topographique de Temple-lès-Dole ou des biens qui lui furent rattachés conserve la trace de cette implantation ancienne, même si les vestiges monumentaux sont aujourd’hui très réduits et doivent être abordés avec prudence.

La maison de Dole se comprend surtout comme une commanderie de gestion foncière. Les états hospitaliers postérieurs, tout en étant tardifs, sont précieux parce qu’ils enregistrent la survivance d’un patrimoine hérité du Temple. Ils signalent autour de Dole plusieurs membres ou domaines passés ensuite aux Hospitaliers, parmi lesquels Saligney et d’autres possessions jurassiennes. Il faut cependant distinguer nettement ce qui relève de la réalité templière médiévale assurée et ce qui n’est connu qu’à travers des visites beaucoup plus tardives : ces dernières éclairent la continuité patrimoniale, non chaque étape de la fondation primitive.

Des dépendances et une logique territoriale

Autour de Dole, la documentation secondaire issue de Mannier et des visites hospitalières fait apparaître une commanderie à la tête d’un petit ensemble de terres, de cens, de droits et de bâtiments. Cette logique est classique : une maison chef-lieu, quelques membres, des exploitations plus ou moins éloignées, et une administration centralisée des revenus. Les exemples conservés dans les inventaires montrent bien que les biens templiers n’étaient pas seulement agricoles au sens strict ; ils pouvaient inclure maisons, granges, droits seigneuriaux limités, prés, vignes, bois ou rentes. Dans un pays de contacts entre plaine et vignoble, cette diversité économique est très vraisemblable.

Un indice précieux sur le rayonnement de la maison de Dole est donné par la tradition érudite rapportant qu’en 1185, après l’entrée de Guy de Falletans dans l’Ordre à Dole, son père Thiébaud aurait fait donation à cette maison d’une partie du fief de L’Étoile pour y établir une succursale. Le détail exact de cette opération mériterait toujours un retour direct au titre original lorsqu’il est localisable, mais l’information, transmise par les compilations spécialisées, va dans le sens d’une commanderie déjà reconnue et capable de polariser des donations nobiliaires.

Dole et les hommes de l’Ordre

Le dossier prosopographique est maigre, mais il n’est pas vide. Les compilations relatives au procès rappellent qu’un Henricus de Dola figure parmi les Templiers connus par les sources de la fin du XIIIe siècle et du début du XIVe. Il ne faut pas en conclure hâtivement qu’il fut commandeur de la seule maison doloise au moment de l’arrestation de 1307 ; en revanche, son surnom d’origine atteste bien le lien entre Dole et des carrières internes à l’Ordre dépassant le strict cadre local. Les notices spécialisées le présentent comme un personnage d’un certain rang, passé par d’autres responsabilités au sein du Temple. Cela suggère qu’une maison comme Dole pouvait être insérée dans des circulations de frères et de cadres entre établissements comtois et bourguignons.

La commanderie templière d’Arbois

Une implantation attestée au XIIIe siècle

La commanderie templière d’Arbois est l’autre grand nom templier du Jura. La tradition savante la dit solidement implantée au XIIIe siècle. Un point revient régulièrement dans les notices anciennes : en 1249, les Templiers auraient fait construire à Arbois une église et un hospice à l’embranchement de deux chemins, dont l’un gardait encore plus tard le nom de chemin de Saint-Jean. Même si cette affirmation nous est surtout transmise par des compilations tardives, elle est suffisamment constante pour être retenue comme un élément sérieux de l’histoire locale, à condition de ne pas lui attribuer davantage que ce qu’elle dit : elle évoque un chantier et une fonction d’accueil, non une fondation absolue de toute présence templière à Arbois.

Cette mention d’un hospice est importante. Elle rappelle que les maisons du Temple, sans être des hôpitaux au sens hospitalier du terme, pouvaient participer à l’accueil des voyageurs, des pauvres de passage ou des personnels circulant sur les routes. À Arbois, carrefour entre val, vignoble et itinéraires comtois, cette fonction est parfaitement cohérente avec la géographie du lieu. Elle montre aussi combien le Temple savait s’insérer dans les besoins concrets d’un territoire : circulation, exploitation des terroirs, encadrement religieux et gestion des biens.

Arbois, son terroir et ses revenus

Arbois se situait dans un environnement particulièrement favorable à une maison templière de rapport. Le val, les terres cultivables et surtout le vignoble formaient une base économique solide. Les textes tardifs qui décrivent les dépendances de la commanderie d’Arbois ou les droits qu’elle possédait dans les environs laissent entrevoir une exploitation diversifiée, associant terres, rentes et droits locaux. Là encore, il faut rester mesuré : la documentation conservée décrit souvent mieux l’état hospitalier moderne que le détail exact du patrimoine templier du XIIIe siècle. Mais elle confirme l’existence d’un noyau domanial durable, suffisamment important pour traverser la suppression de l’Ordre et être repris dans l’organisation de l’Hôpital.

Les notices spécialisées associent à Arbois plusieurs dépendances ou lieux tenus pour membres dans la longue durée. On sait en outre qu’une partie de ces rattachements a pu varier selon les époques, par réunion, détachement ou administration commune avec d’autres maisons comtoises. C’est un trait fréquent de l’histoire des commanderies : elles ne sont pas des blocs figés, mais des ensembles évolutifs, ajustés aux besoins de gestion et aux réalités de revenu.

Une mémoire conservée par les visites hospitalières

Pour Arbois, comme pour Dole, une part essentielle de notre connaissance passe par les visites et états hospitaliers de l’époque moderne. Les érudits du XIXe siècle ont abondamment utilisé ces procès-verbaux pour reconstituer la trame plus ancienne. Ces documents ne doivent jamais être pris comme des photographies du XIIe ou du XIIIe siècle ; en revanche, ils sont irremplaçables pour comprendre la persistance des lieux, des noms, de certaines chapelles, de certains terroirs et de la mémoire même du Temple dans le paysage jurassien.

Un réseau jurassien inséré dans l’économie comtoise

La présence templière dans le Jura ne se résume pas à deux points isolés. Arbois et Dole étaient des têtes de réseau pour un ensemble de biens plus dispersés. Dans la logique de l’Ordre, chaque maison devait transformer des donations initiales en revenus stables : faire valoir des terres, affermer certaines parcelles, percevoir des cens, parfois exploiter des vignes ou des prés, arbitrer des droits d’usage et maintenir des bâtiments cultuels. Cette économie n’avait rien d’exceptionnel ; elle était au contraire la condition ordinaire du financement d’un ordre militaire engagé outre-mer.

Dans le Jura, cette économie prenait naturellement la couleur du pays comtois : cultures, élevage, circulations entre villages et petites villes, et probablement une place non négligeable des terroirs viticoles dans la zone arboisienne. Les Templiers n’étaient pas seulement des propriétaires ; ils formaient aussi une institution capable de relier le local au lointain. Une rente perçue dans un val jurassien pouvait, par le jeu comptable de l’Ordre, contribuer indirectement à l’entretien des frères, des chevaux, des arsenaux ou des maisons d’Orient.

1307-1312 : arrestation, procès et transfert des biens

Le grand tournant est bien sûr celui de la chute de l’Ordre. En France, l’ordre secret d’arrestation fut lancé par Philippe IV en septembre 1307, et les Templiers furent arrêtés le 13 octobre 1307. Même si le comté de Bourgogne n’était pas le royaume capétien stricto sensu, les maisons comtoises furent elles aussi emportées par la crise générale qui frappa l’institution. Les archives nationales rappellent la chronologie d’ensemble : arrestations, interrogatoires, procédure pontificale, puis attribution des biens du Temple à l’Hôpital par la bulle Ad providam du 2 mai 1312.

Pour le Jura, la documentation nominative est limitée. Les compilations signalent surtout, du côté dolois, la figure d’Henricus de Dola dans les listes de frères connus par les sources judiciaires ou administratives. Cela demeure trop peu pour reconstituer en détail le sort de chaque maison jurassienne au moment du procès. La prudence s’impose donc : on peut affirmer le passage des biens aux Hospitaliers, beaucoup plus difficilement raconter une scène locale précise d’arrestation, de résistance ou de confiscation à Arbois et à Dole sans source explicite.

Ce transfert à l’Hôpital n’a pas effacé les structures existantes. Au contraire, les Hospitaliers ont généralement repris les domaines, les ont réorganisés et parfois réunis différemment dans leurs cadres administratifs. Pour le Jura, les états postérieurs montrent que cette continuité fut réelle : les maisons d’origine templière subsistèrent comme commanderies ou membres hospitaliers, avec leurs revenus, leurs charges et leurs dépendances remaniées.

Le devenir hospitalier des maisons jurassiennes

Après la suppression du Temple, les biens d’Arbois et de Dole passèrent donc à l’ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, plus tard dit de Malte. Les documents d’époque moderne, utilisés par Mannier et par les historiens des grands prieurés, décrivent des commanderies encore vivantes, administrées selon les usages hospitaliers, avec chapelains, fermiers, terres, maisons et charges d’entretien. Ils montrent surtout la longue durée institutionnelle de ces établissements : plusieurs siècles après 1312, le souvenir du Temple n’était pas seulement légendaire, il était inscrit dans des biens, des titres, des visites et des procès.

Dole offre un bon exemple de ces réagencements. La maison apparaît ensuite dans les cadres du Grand Prieuré d’Auvergne, avec ses membres et ses revenus enregistrés. Arbois, de son côté, conserve une individualité forte dans les visites et les descriptions anciennes. Cette continuité ne signifie pas immobilité : le patrimoine pouvait être affermé, réuni, détaché ou transformé ; mais l’assise foncière d’origine templière demeurait visible.

Événements marquants

  • XIIe siècle : installation progressive du Temple dans le comté de Bourgogne, avec constitution de maisons et de dépendances dans l’espace jurassien et dolois. La date précise de fondation de chaque commanderie jurassienne n’est pas toujours assurée par un titre facilement accessible aujourd’hui.
  • 1185 : tradition érudite d’une donation liée à Dole après l’entrée de Guy de Falletans dans l’Ordre, indice d’un rayonnement de la maison doloise.
  • 1249 : à Arbois, construction signalée d’une église et d’un hospice par les Templiers à un carrefour routier.
  • 13 octobre 1307 : début des arrestations générales des Templiers en France, prélude à la disparition de l’Ordre.
  • 2 mai 1312 : la bulle pontificale Ad providam attribue les biens templiers à l’Hôpital. Les maisons jurassiennes entrent alors dans une nouvelle phase de leur histoire.
  • Époque moderne : les visites hospitalières et les états de commanderies conservent la mémoire administrative d’Arbois et de Dole et permettent aujourd’hui d’en reconstituer l’histoire.

Ce que l’on peut dire avec certitude sur les Templiers en Jura (39)

Au terme du recoupement, l’histoire des Templiers en Jura (39) repose sur une base solide mais relativement resserrée. Deux maisons dominent nettement le dossier : Arbois et Dole. Toutes deux appartenaient à l’espace du comté de Bourgogne et participaient à l’économie ordinaire de l’Ordre du Temple, faite de gestion domaniale, de revenus ruraux, de circulation des hommes et de soutien financier à la mission orientale. Arbois se singularise par le témoignage récurrent d’une église et d’un hospice construits en 1249 ; Dole apparaît comme une maison ancienne, structurante, insérée dans un réseau de dépendances et liée à des figures templières connues par les sources prosopographiques.

Le dossier jurassien rappelle aussi une règle essentielle de l’histoire du Temple : les vestiges les plus spectaculaires ne sont pas toujours les plus sûrs, et l’essentiel se trouve souvent dans les chartes, les terriers, les visites et les actes de transfert. Ici, la continuité vers l’Hôpital est capitale. Sans les archives hospitalières et les travaux savants qui les ont exploitées, une grande part de la mémoire templière d’Arbois et de Dole serait devenue illisible. C’est pourquoi l’histoire locale des commanderies jurassiennes demande à la fois précision et retenue : retenir ce qui est attesté, signaler ce qui est probable, et laisser de côté ce que les sources ne permettent pas d’affirmer.

Les principales implantations templières du département

Commanderie templière d’Arbois

Maison majeure du Temple dans l’actuel Jura, attestée par la tradition érudite et les archives hospitalières postérieures. Elle est surtout connue pour la mention d’une église et d’un hospice construits en 1249, signe d’une implantation structurée au service du territoire et des circulations locales.

Commanderie templière de Dole

Autre grand pôle templier jurassien, probablement ancien et doté de dépendances régionales. Sa mémoire a été conservée par les états hospitaliers et par des notices signalant l’importance de son patrimoine et le lien avec certains frères connus par les sources du Temple finissant.

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Sceau de l’Ordre du Temple