Commanderie templière d’Arbois

La commanderie templière d’Arbois, dans l’actuelle Bourgogne-Franche-Comté, appartient au petit nombre des établissements du Temple assurément attestés en Franche-Comté médiévale. La documentation ne permet pas toujours de reconstituer avec précision toutes les étapes de son histoire, mais elle suffit à établir l’existence d’une maison du Temple à Arbois, son rang de commanderie dans la tradition érudite, son insertion dans le comté de Bourgogne et le rôle qu’elle exerça sur des dépendances voisines. Les sources anciennes et les travaux savants convergent en particulier sur trois points : la présence templière à Arbois au XIIIe siècle, le lien ancien avec la maison du Temple de Besançon, et le passage des biens aux Hospitaliers après la suppression de l’ordre du Temple en 1312.
Il faut toutefois distinguer avec soin ce qui relève de l’ancienne maison du Temple et ce qui appartient à la commanderie hospitalière d’Arbois des siècles postérieurs. Les deux histoires se croisent dans le même secteur, mais elles ne doivent pas être confondues. Pour la période templière, les preuves les plus sûres concernent surtout l’existence de la maison, ses dépendances et quelques actes de gestion.
Une implantation du Temple dans le comté de Bourgogne
Au Moyen Âge, Arbois relevait du comté de Bourgogne, espace politiquement distinct du duché de Bourgogne. C’est dans ce cadre comtois que s’inscrit la maison du Temple d’Arbois. Les listes érudites anciennes des bénéfices et commanderies de l’ordre de Saint-Jean, héritier des biens du Temple, conservent le souvenir d’Arbois (temple) comme entité propre, avec la mention latine Commendator Arbosianus cui subest templarius Bisuntinus, c’est-à-dire un commandeur d’Arbois auquel était subordonné le Temple de Besançon. Cette indication est précieuse : elle confirme qu’Arbois n’était pas une simple possession rurale isolée, mais un centre de gestion doté d’un certain ressort.
La forme latine Domus Templi de Arbosio, conservée par l’historiographie, atteste également la maison elle-même. Elle apparaît encore après la disparition de l’ordre, lorsque l’on constate que l’ancienne maison des Templiers d’Arbois est alors comptée parmi les dépendances de Dole, tandis que la maison de Saint-Jean d’Arbois suit une autre trajectoire institutionnelle. Cette dissociation est importante pour comprendre la topographie historique du lieu.
Origine et premières attestations
La date exacte de fondation de la commanderie templière d’Arbois n’est pas établie par un acte fondateur clairement identifié dans les sources couramment accessibles. Il faut donc rester prudent : on peut parler d’une présence assurée au XIIIe siècle, mais non fixer sans preuve une année de création.
Un témoignage particulièrement solide provient d’un acte de 1286 conservé dans les manuscrits de Besançon. On y lit que frère Pierre dit Champon, qualifié d’« humble commandeur des maisons du Temple dans la baillie de Genevois, de Salins, d’Arbois et de Sisenay », reconnaît avoir reçu des biens donnés au Temple. Ce texte est capital : il prouve non seulement l’existence de la maison d’Arbois, mais aussi son insertion dans une organisation régionale plus large, au sein d’un ensemble de maisons administrées dans une même baillie.
La tradition érudite locale mentionne encore, pour 1252, un échange entre le prieur Guillaume et les Templiers d’Arbois, dans lequel intervient un frère désigné comme Pontius, dit Busuus, présenté comme précepteur des maisons du Temple établies « dans toute la Bourgogne ». Cette notice, relayée par des compilations modernes à partir d’Emmanuel Bousson de Mairet, va dans le sens d’une implantation déjà bien constituée au milieu du XIIIe siècle ; néanmoins, faute d’avoir ici le texte diplomatique complet sous les yeux, mieux vaut la manier comme un indice sérieux plutôt que comme un dossier entièrement clos.
Localisation de la maison du Temple
Les indications topographiques placent la maison du Temple au nord d’Arbois, entre Villette-lès-Arbois et l’ancien village de Changin. Cette localisation, transmise par l’érudition du XIXe siècle puis reprise par les synthèses postérieures, distingue nettement l’établissement templier de la maison hospitalière située de l’autre côté de la Cuisance, dans le secteur plus tard appelé quartier Saint-Jean.
Plusieurs traditions locales rattachent à ce secteur un vaste terroir désigné comme le Champ du Temple, avec terres, vignes, maisons et jardins. Ces mentions sont cohérentes avec ce que l’on sait, de manière générale, de l’économie des maisons templières comtoises, souvent fondée sur l’exploitation foncière, la vigne et les redevances. Ici encore, la prudence s’impose sur le détail : la documentation accessible confirme l’existence d’un domaine important, mais ne permet pas de dresser un inventaire exhaustif et sûr de toutes ses parcelles pour la période templière.
Rattachement et dépendances
Le point le mieux assuré concerne la relation entre Arbois et Besançon. Les notices anciennes et les travaux de synthèse concordent pour dire que la maison du Temple de Besançon dépendait d’abord d’Arbois. Cette dépendance ne dura pas nécessairement sans changement : avant la fin du XIIIe siècle, la maison de Besançon paraît avoir été rattachée à Dole. Arbois apparaît donc comme un centre de premier plan à un moment de l’organisation templière régionale, avant qu’une réorganisation ne renforce d’autres pôles comtois.
Cette évolution explique sans doute pourquoi les sources postérieures à la suppression du Temple montrent l’ancienne maison d’Arbois intégrée comme membre de la commanderie de Dole. Une telle recomposition n’a rien d’exceptionnel : après 1312, les Hospitaliers récupérèrent les biens du Temple, mais les réorganisèrent selon leurs propres besoins administratifs et financiers.
Domaine et économie
Comme beaucoup d’établissements du Temple, Arbois semble avoir tiré l’essentiel de ses ressources de la terre. Les notices anciennes évoquent un ensemble de terres, vignes, maisons et jardins situé dans la plaine entre Changin et Villette. Dans une région de vignoble et de circulation locale active, ce profil économique est parfaitement plausible et s’accorde avec les pratiques documentées de l’ordre en Franche-Comté.
En revanche, la demande de recherche invitait à vérifier l’existence d’un moulin lié à Arbois. Les résultats consultés ne permettent pas d’en établir l’existence avec un degré de certitude suffisant pour l’intégrer ici comme un fait acquis. En l’absence d’un acte, d’un aveu ou d’une mention comptable clairement attribuable à Arbois, il vaut mieux ne pas surcharger le dossier.
Personnes connues
La maison d’Arbois n’a pas livré, dans la documentation aisément accessible, une longue série assurée de commandeurs propres comparable à celle de certaines grandes commanderies françaises. Un nom ressort toutefois avec netteté : frère Pierre dit Champon, attesté en 1286 comme commandeur de plusieurs maisons du Temple dans cette zone comtoise et rhodanienne. Son titre montre qu’Arbois entrait dans un dispositif administratif dépassant l’échelle d’une seule localité.
Un autre nom apparaît dans la tradition compilée à partir des sources locales : Pontius, dit Busuus, actif en 1252 dans un échange impliquant les Templiers d’Arbois. La mention est intéressante, mais, comme indiqué plus haut, elle mérite d’être présentée avec réserve tant que l’acte original ou une édition diplomatique pleinement vérifiée n’est pas mobilisé directement.
Enfin, certains relevés secondaires signalent au moment du procès un frère nommé Guillaume de Giaco, rattaché à cette maison. Cette indication circule dans des bases de repérage templières, mais je ne l’ai pas retrouvée ici dans une édition primaire exploitée directement du Procès des Templiers. Elle doit donc être tenue pour possible, non pour absolument démontrée à ce stade.
Le temps du procès et la fin de l’ordre
L’histoire d’Arbois s’inscrit naturellement dans le destin général de l’ordre du Temple. Le 13 octobre 1307, les Templiers furent arrêtés dans le royaume de France sur ordre de Philippe le Bel ; les procédures se prolongèrent ensuite jusqu’à la suppression pontificale de l’ordre, et la bulle Ad providam du 2 mai 1312 attribua leurs biens à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ces grandes étapes sont bien établies par les Archives nationales et forment l’arrière-plan indispensable pour comprendre le devenir de la maison d’Arbois.
Pour Arbois même, la documentation consultée n’a pas livré d’épisode local détaillé comparable à ceux que l’on possède pour certaines maisons mieux documentées. On évitera donc d’inventer des arrestations nominatives, des saisies ou des interrogatoires propres au lieu sans preuve directe.
Après 1312 : passage aux Hospitaliers
Après la disparition de l’ordre du Temple, les biens d’Arbois passèrent aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Mais ce transfert ne signifie pas une fusion immédiate avec la maison hospitalière voisine. Les sources montrent au contraire qu’au XIVe siècle l’ancienne maison du Temple d’Arbois subsistait encore comme entité distincte dans l’administration des biens, puisqu’en 1373 la Domus Templi de Arbosio est signalée comme membre de Dole, tandis que la maison de l’Hôpital d’Arbois relevait de Varessia.
Cette précision est essentielle pour l’histoire locale : elle rappelle qu’Arbois a connu, non pas une seule commanderie médiévale simple et continue, mais la coexistence puis la superposition de patrimoines templiers et hospitaliers dont l’unification fut progressive. La commanderie hospitalière d’Arbois des siècles modernes est donc l’héritière d’une histoire plus complexe qu’une simple continuité institutionnelle.
Vestiges et mémoire du lieu
Pour la maison templière proprement dite, les traditions locales anciennes parlent d’une chapelle et d’une habitation aujourd’hui détruites dans le secteur du Champ du Temple, entre Changin et Villette. Ces indications sont anciennes et cohérentes avec la mémoire toponymique du lieu, mais elles décrivent surtout un souvenir érudit et topographique, non un ensemble monumental conservé en élévation.
Il ne faut pas confondre ces éléments avec les bâtiments plus visibles de la commanderie hospitalière d’Arbois, mieux conservés dans la mémoire patrimoniale. Pour la part templière, la trace la plus sûre est aujourd’hui documentaire et toponymique : le nom du Temple, le souvenir d’un domaine rural important, et la place d’Arbois dans le réseau comtois du Temple au XIIIe siècle.
Ce que l’on peut retenir
En l’état des preuves, la commanderie templière d’Arbois peut être définie comme une maison du Temple solidement attestée au XIIIe siècle dans le comté de Bourgogne, suffisamment importante pour avoir exercé un temps une autorité sur la maison de Besançon. Son domaine paraît avoir été tourné vers l’exploitation foncière et viticole dans la plaine de Changin et de Villette. Après la suppression de l’ordre, ses biens passèrent aux Hospitaliers, mais l’ancienne maison du Temple conserva d’abord une existence administrative distincte avant d’être absorbée dans des réorganisations plus larges.
Arbois occupe ainsi une place réelle dans l’histoire templière comtoise : non celle d’un site abondamment narré par les chroniques, mais celle, plus sobre et plus sûre, d’un établissement bien enraciné, visible dans les actes et dans l’organisation territoriale du Temple à la veille de sa disparition.
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