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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Commanderie templière d’Arras

Commanderie templière d’Arras

Croix des Templiers – Commanderie templière d’Arras

La commanderie templière d’Arras, attestée dès le XIIe siècle, figure parmi les maisons du Temple les mieux documentées pour l’Artois. Les sources permettent de la suivre à travers des donations, des accords fonciers, des contestations successorales et, plus tard, son passage aux Hospitaliers après la suppression de l’ordre du Temple. Si bien des détails topographiques demeurent difficiles à fixer avec certitude, l’existence d’une maison templière à Arras, son rôle local et l’ampleur de son domaine ne font guère de doute.

La prudence reste néanmoins nécessaire sur plusieurs points. Le dossier conservé ne livre pas une histoire continue de la fondation, ni un plan assuré de l’établissement. En revanche, les actes signalés par les érudits du XIXe siècle et les recueils documentaires permettent d’identifier une maison d’Arras active dans la seconde moitié du XIIe siècle, insérée dans les réseaux seigneuriaux, urbains et agricoles de l’Artois.

Une maison du Temple bien attestée dans l’Artois

La maison d’Arras apparaît dans la documentation latine comme domus Templariorum atrebatensis, c’est-à-dire la maison des Templiers d’Arras. Cette mention est importante, car elle confirme qu’il ne s’agit pas seulement d’un bien isolé ou d’une simple rente, mais d’un établissement reconnu, doté d’un responsable. Les compilations fondées sur les archives anciennes donnent en effet, pour la fin du XIIe siècle, le nom d’un commandeur, frère Renier, désigné comme preceptor de la maison d’Arras.

Dans l’organisation de l’ordre, Arras relevait du vaste ensemble septentrional des maisons du Temple en France. Pour l’époque postérieure, les sources hospitalières replacent l’ancien diocèse d’Arras dans le ressort du grand prieuré de France. Cette donnée éclaire surtout le devenir de la maison après 1312 ; elle ne doit pas être rétroprojetée trop mécaniquement sur toute la période templière, mais elle montre qu’Arras appartenait à un espace institutionnel important, à la charnière de l’Artois et des pays flamands.

Les premières donations connues

La documentation fait apparaître, autour des années 1180-1190, une série de libéralités qui montrent une maison déjà bien implantée. En 1180, un certain Hunez de Beaumont et son épouse Emmeline furent reçus dans la maison d’Arras pour y être entretenus leur vie durant, en contrepartie d’une donation foncière comprenant notamment leur manoir et leur maison, dont ils conservaient l’usufruit jusqu’au décès du survivant. Ce type d’arrangement, fréquent dans l’économie des ordres religieux-militaires, associait assistance viagère, transfert patrimonial et accroissement progressif du temporel templier.

En 1186, plusieurs donations sont reçues au nom de la maison d’Arras par le frère Renier. Amaury de Saulty donne cinquante mencaudées de terre ainsi que ce que tenait de lui Bertrand de Beaufort à Agny, près d’Arras. La même année, Eloi de Wendi cède douze mencaudées de son alleu au terroir d’Yzel. En 1188, Bauduin de Wormouth donne une maison située « sous la ville d’Arras », et en 1193 Louis de Blairville, chevalier, en donne une autre « près d’Arras, vers la cité ». L’ensemble montre une stratégie classique d’agrégation patrimoniale : terres, maisons, droits et revenus se combinent pour former un domaine cohérent autour de la ville.

Ces actes révèlent aussi l’ancrage du Temple dans les milieux chevaleresques et bourgeois de l’Artois. Les donateurs appartiennent à des horizons variés, mais tous participent à la constitution d’une assise économique qui dépasse largement le simple enclos de la maison urbaine ou suburbain.

Un domaine étendu autour d’Arras

Les biens dépendant de la maison d’Arras ne se limitaient pas à un seul bâtiment. Les mentions conservées dessinent un réseau de possessions et de droits dans la ville, ses faubourgs et plusieurs terroirs voisins. Les sources érudites signalent des terres à Agny, à Yzel, à Irles, à Magnicourt, à Ficheux, à Noyelles-Godault, ainsi que des dépendances ou maisons liées à Blairville. Tout n’est pas de même nature : certaines donations portent sur des terres labourables, d’autres sur des maisons, des rentes en avoine, des dîmes ou des terrages.

Il faut insister sur le vocabulaire agraire. La mencaudée, mesure fréquente en Artois, revient souvent dans les actes relatifs à Arras. Cela montre que l’économie de la maison reposait avant tout sur la terre, sur sa mise en valeur directe ou indirecte, et sur les revenus qu’elle procurait. La mention postérieure d’un important ensemble de terres tenues à cens ou exploitées directement par les Hospitaliers confirme que l’ancien domaine templier avait une réelle consistance.

Des indices topographiques plus précis subsistent aussi dans la mémoire locale. Des érudits ont rappelé l’existence, à Arras, de lieux appelés le Four du Temple ou encore d’une maison plus tard connue sous le nom de Rouge Chevalier, précédemment dite Brasserie du Temple, entre la porte Saint-Nicolas et la Barre de Ris. Ces indications sont intéressantes pour repérer l’empreinte foncière du Temple dans la ville et ses abords, mais elles demandent toujours à être maniées avec précaution : la survivance d’un toponyme ne suffit pas, à elle seule, à restituer exactement l’emplacement primitif de la commanderie.

Commandeurs et administration locale

Le personnage le mieux connu pour Arras est le frère Renier, commandeur à la fin du XIIe siècle. Sa présence répétée dans les actes entre 1186 et 1193 suggère un gouvernement relativement long, fait notable dans un ordre où les responsables pouvaient être mutés. Son nom est attaché aux principales donations de cette période, ce qui en fait la figure la plus solide de l’histoire templière arrageoise.

Au début du XIIIe siècle, un autre commandeur, Gauthier, apparaît dans un acte de 1218 relatif à Blairville. Cette mention montre que la maison d’Arras disposait alors d’une autorité reconnue sur des dépendances extérieures. On voit également intervenir, en 1225, Eudes Royer, commandeur des maisons du Temple en France, dans une convention avec Anselme, frère du mayeur d’Arras. Le dossier suggère donc l’articulation entre l’échelon local de la maison d’Arras et la direction plus large des maisons templières du royaume.

Donations pieuses, sépultures et contentieux

Comme beaucoup de maisons du Temple, Arras recevait non seulement des terres, mais aussi des dons motivés par le salut des âmes et le désir de sépulture. En 1203, au palais épiscopal d’Acre, un chevalier d’Arras nommé Vaast ou Vedaste, mourant en Terre sainte, donna à la chevalerie du Temple tous ses biens à Arras et dans son terroir, tant en héritages qu’en rentes. Cet acte relie directement la croisade orientale et l’enrichissement d’une maison artésienne.

En 1224, Eloi de Berlette donna sa dîme de Magnicourt aux Templiers d’Arras et les institua ensuite ses légataires universels, à condition d’être enterré dans leur maison et d’y recevoir des funérailles comparables à celles d’un frère de l’ordre. Ce type de clause est révélateur du prestige spirituel dont bénéficiait encore le Temple avant la crise du début du XIVe siècle.

Mais ces donations n’allaient pas toujours sans litige. L’affaire la plus nette concerne Isabelle de Longue, dite aussi de Fontaine. Après sa mort, les Templiers firent transporter son corps dans leur maison d’Arras en soutenant qu’elle leur avait laissé tous ses biens. L’héritier, Jacques de Longue, et Sara de Fontaine contestèrent cette prétention. Une transaction fut conclue le 13 décembre 1253 sous la médiation du bailli d’Arras : les biens revenaient aux Templiers, mais les immeubles devaient être vendus à une personne justiciable, Jacques recevant cent sous parisis, et Sara la même somme à titre de compensation. Ce dossier éclaire concrètement les tensions que pouvait susciter l’attraction patrimoniale du Temple.

Événements marquants

  • 1180 : accueil viager d’Hunez de Beaumont et d’Emmeline dans la maison d’Arras, en échange d’une donation.
  • 1186 : donations d’Amaury de Saulty et d’Eloi de Wendi au profit de la maison d’Arras.
  • 1188 : donation d’une maison à Arras par Bauduin de Wormouth.
  • 1193 : donation d’une autre maison près d’Arras par Louis de Blairville.
  • 1203 : donation des biens du chevalier Vaast d’Arras, mourant à Acre.
  • 1224 : donation de la dîme de Magnicourt par Eloi de Berlette, avec demande de sépulture chez les Templiers.
  • 1225 : convention entre Eudes Royer et Anselme, frère du mayeur d’Arras, au sujet de terres tenues à vie.
  • 1253 : transaction sur la succession d’Isabelle de Longue.

La crise de 1307 et la fin du Temple à Arras

La maison d’Arras fut touchée par la chute de l’ordre. Un récit conservé par la tradition érudite rapporte qu’au moment de l’arrestation des Templiers, une troupe venue de la ville envahit la maison du Temple au faubourg d’Arras et y tua une partie des personnes présentes ; les survivants furent conduits dans les prisons de la ville. Un tel épisode, s’il est retenu par les historiens locaux, doit être manié avec discernement, car la chaîne exacte de transmission documentaire mérite toujours examen. Il n’en demeure pas moins que la maison d’Arras fut directement atteinte par les mesures prises contre l’ordre au début du XIVe siècle.

Les grands recueils sur le procès des Templiers permettent surtout de replacer Arras dans le contexte général de la répression, plutôt que d’identifier avec certitude un dossier local abondant. En l’état des preuves facilement vérifiables, il vaut mieux ne pas multiplier les affirmations sur des frères d’Arras nommément poursuivis sans retour précis aux éditions savantes du procès.

Le passage aux Hospitaliers

Après la suppression de l’ordre du Temple, la maison d’Arras passa aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, comme la plupart des anciens biens templiers en Occident latin. Les données conservées pour le XIVe siècle montrent que ces nouveaux détenteurs exploitèrent l’héritage reçu plutôt qu’ils ne le laissèrent disparaître.

La maison elle-même fut plus tard brûlée lors du siège d’Arras par les Anglais. Les sources hospitalières rapportent qu’on renonça à la reconstruire en raison du coût, évalué à plus de mille livres. En revanche, les terres furent conservées. Vers 1373, environ 262 mencaudées dépendaient encore de l’ancien Temple d’Arras. Une partie était tenue à cens ; une autre, soit 138 mencaudées, restait exploitée directement et produisait un revenu en blé et en avoine. Cette continuité économique prouve que l’établissement templier avait constitué un domaine agricole solide et durable.

Chapelle, mémoire et vestiges

Si la maison ne fut pas relevée après sa destruction, la chapelle de l’ancien Temple subsista. Une visite prieurale de 1495 signale, aux faubourgs d’Arras, une chapelle fondée sous le vocable de saint Jean, desservie par un chapelain séculier, bien entretenue et pourvue des objets nécessaires au culte. Cette notice tardive est précieuse : elle atteste qu’au XVe siècle, la mémoire matérielle de l’ancien établissement n’avait pas disparu.

Pour l’époque actuelle, l’identification de vestiges templiers à Arras doit être abordée avec réserve. Plusieurs traditions locales ont cherché à reconnaître ici ou là une « chapelle des Templiers » ou des maisons issues de leur domaine. Or la critique historique impose de distinguer les survivances toponymiques, les réemplois postérieurs et les preuves architecturales sûres. En l’absence d’un dossier archéologique ou archival décisif, il convient de parler plutôt d’empreinte historique que de vestige formellement assuré.

Ce que l’on peut retenir

La commanderie templière d’Arras se laisse entrevoir comme une maison importante de l’Artois, active dès le XIIe siècle, enrichie par des donations chevaleresques et foncières, insérée dans les campagnes proches autant que dans l’espace urbain arrageois. Les noms de Renier et de Gauthier, les actes de 1186 à 1253, les droits sur terres et maisons, ainsi que la continuité hospitalière après 1312, donnent à cette implantation une consistance historique réelle.

Ce qui manque encore, en revanche, c’est une documentation continue permettant de raconter en détail sa fondation, son plan exact, la liste complète de ses frères ou l’emplacement absolument certain de tous ses bâtiments. Sur ces points, l’historien doit préférer la mesure à la légende. C’est précisément cette retenue qui permet de mieux saisir la réalité d’Arras : non un décor romanesque, mais une maison templière solidement ancrée dans la société et l’économie médiévales de l’Artois.

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