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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Commanderie templière de Châteaudun

Commanderie templière de Châteaudun

Croix des Templiers – Commanderie templière de Châteaudun

La commanderie templière de Châteaudun désigne l’établissement du Temple connu, dans les sources, sous le nom de La Boissière, à proximité immédiate de Châteaudun, dans l’actuel Centre-Val de Loire. La documentation médiévale permet d’attester solidement l’existence d’une maison du Temple puis d’une commanderie, implantée dans le secteur de Saint-Valérien et liée à plusieurs biens urbains et ruraux. Sur ce point, les sources sont plus sûres que bien des traditions locales : Châteaudun n’est pas ici une simple évocation toponymique, mais un pôle templier effectivement documenté, notamment par des chartes des années 1180-1250, par les recueils de Charles Métais, par Mannier et par une mention explicite dans le Procès des Templiers.

La prudence reste toutefois nécessaire sur certains détails souvent répétés par la littérature secondaire. L’existence du site, sa nature de commanderie, son ancrage à Châteaudun et la survie de son ancienne chapelle sont assurés ; en revanche, plusieurs développements sur son organisation exacte, ses dépendances ou son rôle d’accueil ne doivent être retenus que lorsqu’ils reposent sur des textes identifiables.

Une maison du Temple attestée dès la fin du XIIe siècle

L’origine de la commanderie repose sur une série d’actes de la fin du XIIe siècle. Mannier, repris par les répertoires spécialisés et conforté par les dépouillements de Métais, signale qu’en 1181 Geoffroy de l’Isle donna aux Templiers sa maison de Châteaudun avec des vignes, donation ensuite confirmée et amortie en 1183 par Thibaut V, comte de Blois. Cette séquence est essentielle : elle montre que l’établissement templier de Châteaudun ne relève pas d’une tradition tardive, mais d’un noyau foncier constitué par donation aristocratique, selon un schéma très classique de l’expansion du Temple dans la France capétienne.

Une seconde étape est généralement placée en 1190, avec le don du moulin de la Boissière, au bas des Raffaux, dans la paroisse Saint-Valérien. Ce moulin apparaît dans la tradition érudite locale et dans les compilations appuyées sur Métais ; il s’accorde avec la logique économique d’une maison templière, dont la puissance reposait moins sur un château que sur un ensemble de revenus, de terres, de vignes, de droits et d’installations productives.

Au début du XIIIe siècle, les actes deviennent plus nombreux et plus précis. Les formules latines conservées dans les cartulaires parlent des fratres Milicie Templi de Buxeria juxta Castridunum, c’est-à-dire des frères de la milice du Temple de la Boissière près de Châteaudun. Cette désignation est capitale, car elle fixe à la fois le nom réel de la maison dans les sources et son rapport topographique à la ville.

La Boissière, véritable nom de la maison

Dans l’historiographie locale, la « commanderie de Châteaudun » correspond donc à la maison de la Boissière. Le nom de Châteaudun est parfaitement légitime pour désigner l’implantation, puisque les textes médiévaux la situent juxta Castridunum, près de Châteaudun, et que plusieurs de ses biens se trouvaient dans la ville même. Mais il importe de rappeler que le vocable documentaire le plus fréquent est bien Buxeria, Boisseria ou La Boissière.

Cette précision n’est pas anodine. Elle évite de confondre la commanderie avec une hypothétique maison centrale installée dans l’enceinte urbaine seule. En réalité, les indices convergent vers un établissement suburbain ou périurbain, appuyé sur un axe de passage, des terres, un moulin et des possessions dans Châteaudun. La topographie des lieux, dans le voisinage de Saint-Valérien et de la rue des Fouleries, éclaire bien ce type d’implantation.

Biens, revenus et emprise locale

La commanderie de Châteaudun ne se réduisait pas à une chapelle. Les sources permettent d’entrevoir un domaine relativement structuré. Des vignes sont mentionnées dès les actes fondateurs. D’autres donations vinicoles suivirent, notamment dans le voisinage de la Boissière. Le moulin de la Boissière, s’il est bien celui évoqué dans la documentation de la fin du XIIe siècle, constituait un revenu de premier ordre.

La maison possédait aussi des biens dans la ville. Le cartulaire signale des maisons situées rue de l’Aiguillerie à Châteaudun, issues de donations du début et de la fin du XIIIe siècle. La documentation conservée évoque encore une rente sur la harengerie de Châteaudun en 1224, puis des confirmations de droits et possessions dans les années suivantes. Ces éléments montrent que les Templiers s’inséraient dans l’économie d’une ville active, où les revenus ne provenaient pas seulement de la terre, mais aussi d’activités de marché, de circulation et de fiscalité locale.

Un acte de 1233 mentionne la dîme de vignes et de terres dans la paroisse Saint-Valérien de Châteaudun. D’autres textes des années 1231-1232 révèlent un contentieux ou, au moins, des arbitrages entre les Templiers de la Boissière et le prieuré de Chamars au sujet de droits liés à l’eau, à la fauche ou à l’entretien d’un cours d’eau nommé Mortua Aqua, la « Morte Eau ». Ce type de litige est très révélateur : il rappelle que la maîtrise des prairies humides, des fossés, des bras d’eau et des moulins formait un enjeu économique concret.

Une commanderie dans l’orbite templière de la baillie de Chartres

Les sources ne permettent pas toujours de reconstituer avec certitude toute la hiérarchie interne du Temple à l’échelle locale. En revanche, l’insertion de la Boissière dans l’ensemble chartrain est bien plausible et même fortement suggérée par les textes. La formule citée dans le Procès des Templiers mentionne un frère reçu dans la chapelle de la maison du Temple de la Boissière, au diocèse de Chartres, par frère Guillaume Gaudin, alors commandeur de la baillie de Chartres. Cela place clairement la maison dans le ressort administratif chartrain de l’ordre.

La tradition érudite a souvent rapproché Châteaudun de la commanderie d’Arville, parfois aussi de Sours. Ce rapprochement est vraisemblable dans le cadre d’un commandement commun à certaines périodes, mais il faut rester mesuré : les formules de dépendance directe ou de subordination organique ne doivent être affirmées que lorsqu’un acte les exprime nettement. Pour Châteaudun, le fait le plus sûr est son appartenance à l’espace templier du diocèse et de la baillie de Chartres.

Le procès du Temple : un témoignage direct lié à Châteaudun

Le lieu apparaît de manière particulièrement précieuse dans le Procès des Templiers publié par Michelet. Un interrogatoire de 1311 y rapporte qu’Eudes de Châteaudun avait été reçu, vers 1285, dans la chapelle de la maison du Temple de la Boissière, au diocèse de Chartres, par Guillaume Gaudin, alors commandeur de la baillie de Chartres. Cette mention a une grande valeur historique, car elle ne relève pas d’une tradition compilée plusieurs siècles plus tard, mais d’un témoignage conservé dans le dossier même du procès.

Elle prouve au minimum trois choses. D’abord, la chapelle de la Boissière existait bien comme lieu de réception au sein de l’ordre. Ensuite, la maison était suffisamment intégrée à la structure templière pour participer à la vie institutionnelle de la baillie. Enfin, elle demeurait active dans les années précédant immédiatement la suppression de l’ordre.

En revanche, on ne dispose pas, à partir des éléments ici solidement vérifiables, d’un récit circonstancié d’arrestations propres à la maison de Châteaudun en octobre 1307. Il serait donc imprudent de broder sur une scène locale non documentée. Le lien sûr avec le procès réside dans cette réception d’un frère et dans la survivance nominale de la maison dans la documentation du début du XIVe siècle.

Après 1312 : la dévolution aux Hospitaliers

Comme les autres biens du Temple dans le royaume, la commanderie de Châteaudun passa en principe aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem après la suppression de l’ordre, officiellement décidée au concile de Vienne en 1312. La documentation postérieure confirme bien l’existence d’un preceptor domus de Boisseria au début du XIVe siècle, dans les pouillés de la province de Sens, ce qui atteste la continuité institutionnelle du lieu sous une autre obédience.

Les extraits du Livre vert fournis pour le secteur de Châteaudun concernent surtout des responsables hospitaliers plus tardifs de la baillie de Chartres. Ils rappellent utilement que l’ancien établissement templier s’insérait ensuite dans une géographie hospitalière durable, même si ces notices ne documentent pas directement la fondation du site templier lui-même.

Vestiges et patrimoine

De l’ancienne commanderie, le vestige majeur conservé est la chapelle Notre-Dame de la Boissière, à Châteaudun. L’édifice, daté principalement du XIIIe siècle, est le témoin matériel le plus sûr de l’implantation templière locale. La notice patrimoniale officielle le désigne comme « Commanderie du Temple Notre-Dame-de-la-Boissière », à Châteaudun, et précise que l’ancienne chapelle est inscrite au titre des monuments historiques depuis le 19 octobre 1928.

Le bâtiment subsistant ne représente évidemment qu’une partie de l’ensemble médiéval disparu. Comme souvent pour les maisons du Temple devenues hospitalières puis transformées par les siècles, les bâtiments d’exploitation, les logis et les structures économiques ont été remaniés, absorbés ou détruits. La chapelle n’en conserve pas moins une valeur documentaire remarquable, puisqu’elle maintient sur place la mémoire architecturale de l’établissement.

Ce que l’on peut affirmer avec certitude

En l’état des sources recoupées, plusieurs points peuvent être tenus pour assurés. Il existait à Châteaudun, sous le nom de La Boissière, une maison du Temple attestée dès 1181-1183. Cette maison reçut des biens fonciers, des vignes, un moulin et des revenus urbains ; elle apparaît dans plusieurs actes du premier XIIIe siècle sous la forme Buxeria juxta Castridunum. Elle possédait une chapelle servant à la vie religieuse de la communauté et, au moins dans un cas connu, à la réception d’un frère de l’ordre. Après la suppression du Temple, elle passa aux Hospitaliers. Enfin, son ancienne chapelle subsiste et bénéficie d’une protection patrimoniale.

Ce que l’on sait moins bien, en revanche, c’est l’étendue exacte de toutes ses dépendances à chaque période, le détail continu de ses commandeurs templiers, ou encore le récit local précis de la crise de 1307-1312. Sur ces points, l’historien doit préférer le silence à l’affirmation gratuite.

Importance historique de la commanderie de Châteaudun

La commanderie templière de Châteaudun n’appartient pas au groupe des très grandes maisons de l’ordre en France, mais elle offre un dossier local solide et révélateur. On y voit à l’œuvre les mécanismes ordinaires de l’implantation templière : donation initiale d’une maison et de vignes, consolidation par le patronage comtal, acquisition de revenus économiques, insertion dans les réseaux du diocèse de Chartres, puis passage aux Hospitaliers après 1312.

À ce titre, Châteaudun est un excellent observatoire du Temple dans une ville moyenne du pays chartrain. Loin des légendes accumulées autour de l’ordre, la Boissière montre une réalité plus concrète et plus intéressante : celle d’une maison religieuse militaire enracinée dans son terroir, active dans les échanges, attentive aux ressources hydrauliques et viticoles, et assez importante pour laisser à la fois des textes, un nom durable et un monument encore visible.

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