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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Commanderie templière de Sainte-Croix

Commanderie templière de Sainte-Croix

Croix des Templiers – Commanderie templière de Sainte-Croix

La commanderie templière de Sainte-Croix, située en Bretagne, ne se laisse approcher qu’avec prudence. Le nom de Sainte-Croix est bien attesté, et la tradition érudite bretonne l’associe à un établissement du Temple dans la paroisse de Pléboulle, autour du village aujourd’hui appelé Le Temple. En revanche, l’histoire du site souffre d’une documentation inégale : plusieurs indices convergent, mais ils ne permettent pas toujours de reconstituer avec certitude l’organisation primitive de la maison, son étendue exacte ni toutes ses dépendances médiévales.

Les recoupements les plus solides conduisent vers le secteur de Pléboulle, dans l’ancien évêché de Saint-Brieuc, où subsiste la chapelle dite autrefois Sainte-Croix, puis Notre-Dame-du-Temple. Les travaux d’inventaire du patrimoine breton, les synthèses érudites sur les Templiers et les Hospitaliers en Bretagne, ainsi que les notices anciennes sur la commanderie de Carentoir, permettent d’y reconnaître un lieu templier devenu plus tard hospitalier. Il faut toutefois distinguer avec soin ce qui relève de l’attestation documentaire, de l’interprétation topographique et de la tradition locale.

Un nom ancien conservé par la chapelle et le terroir

Le premier fait important est la survivance du nom religieux dans le paysage. À Pléboulle, la chapelle du village du Temple est connue dans les sources patrimoniales modernes comme chapelle de la Sainte-Croix, puis chapelle Notre-Dame-du-Temple. Cette double appellation n’est pas anodine : elle indique qu’un vocable plus ancien, centré sur la Sainte-Croix, a été relayé par une dénomination explicitement liée au Temple.

Le dossier d’inventaire de la Région Bretagne situe l’édifice au lieu-dit Le Temple, à moins de deux kilomètres au sud du bourg de Pléboulle. Il rappelle aussi qu’au XVIIIe siècle encore, les textes seigneuriaux parlent de l’église de Notre-Dame du Temple et mentionnent une grand-messe célébrée notamment pour la fête de l’Exaltation de Sainte-Croix, le 14 septembre, jour auquel était associée une foire à Montbran. Ce maintien conjoint du nom de Sainte-Croix, du toponyme Le Temple et d’un cadre seigneurial hospitalier renforce l’ancienneté de l’implantation.

Les premiers indices documentaires au XIIIe siècle

La documentation conservée ne livre pas, à ce stade, une charte de fondation nette et complète pour la commanderie de Sainte-Croix. En revanche, plusieurs textes du XIIIe siècle repèrent un établissement religieux dans ce secteur de Pléboulle.

Un acte de 1274, signalé par l’Inventaire de Bretagne, mentionne une terre située juxta hospitale, au Clos Saint-Gilles. Les ruines du moulin du Clos Saint-Gilles étant proches du village du Temple, les auteurs de l’inventaire estiment probable que cet hospitale désigne l’établissement lié à la chapelle. La formulation reste prudente : il s’agit d’une interprétation topographique sérieuse, non d’une identification absolument explicite.

Un second acte, daté de 1295, fait apparaître un fief situé près du clos Daan, au sud du Temple. Là encore, la documentation est utilisée pour replacer la maison dans son environnement foncier et seigneurial. Ces indices ne prouvent pas à eux seuls toute l’architecture institutionnelle de la commanderie, mais ils ancrent bien l’existence d’un pôle religieux et domanial médiéval dans ce voisinage immédiat.

Sainte-Croix, Le Temple et la Croix-Huis

L’un des points délicats du dossier est l’articulation entre Sainte-Croix, le village du Temple et le membre appelé La Croix-Huis. Les notices anciennes de l’abbé Guillotin de Corson sur Carentoir énumèrent parmi les membres de cette grande commanderie bretonne le temple et l’hôpital de La Croix-Huis, paroisse de Pléboule, évêché de Saint-Brieuc. La même notice précise que la chapelle de Notre-Dame du Temple existe également dans le village du même nom.

Cette formulation est précieuse, car elle atteste à la fois une présence templière et hospitalière dans la paroisse de Pléboulle, et le lien entre un membre nommé La Croix-Huis et la chapelle du Temple. Elle n’autorise pas, en revanche, à simplifier abusivement le dossier en affirmant sans nuance que Sainte-Croix, le Temple et la Croix-Huis sont des réalités parfaitement superposables en tout temps. Le plus raisonnable est d’y voir un petit ensemble domanial et religieux dont les appellations ont varié selon les époques, les fonctions et les transmissions institutionnelles.

Rattachement administratif : prudence sur l’origine, clarté pour l’époque hospitalière

Le rattachement exact de la maison à l’époque strictement templière n’est pas documenté ici par une charte aussi explicite qu’on le souhaiterait. Certains répertoires modernes de repérage rangent Sainte-Croix parmi les commanderies bretonnes, mais sans fournir à eux seuls une démonstration suffisante. Il faut donc éviter de transformer un classement de référentiel en preuve directe.

En revanche, pour les siècles postérieurs à la suppression de l’ordre du Temple, l’appartenance à l’ensemble hospitalier de Carentoir est beaucoup mieux établie. Guillotin de Corson décrit la commanderie de Carentoir comme une des grandes maisons bretonnes ayant recueilli l’héritage templier, et il compte La Croix-Huis parmi ses membres. Cela situe clairement le site de Sainte-Croix-Pléboulle dans l’orbite hospitalière de Carentoir à l’époque moderne, même si les structures antérieures ont pu être plus complexes.

Il convient aussi de rappeler qu’après la réorganisation des possessions de l’Hôpital au début du XIVe siècle, la Bretagne relève du prieuré d’Aquitaine. Cette donnée éclaire l’administration hospitalière ultérieure, mais elle ne doit pas être rétrojetée mécaniquement sur les débuts templiers de Sainte-Croix.

Le domaine, la seigneurie et l’économie locale

Le site n’était pas seulement une chapelle isolée. Les sources tardives montrent l’existence d’un petit centre seigneurial et judiciaire. Le papier terrier commencé en 1776 pour la commanderie de La Caillibotière, cité par l’Inventaire, évoque l’église de Notre-Dame du Temple, les offices qui y sont célébrés, ainsi que la juridiction de la commanderie dans le cimetière même. Des sièges d’officiers étaient placés contre le mur méridional du cimetière, et l’audience se tenait chaque lundi.

Ce document révèle la survivance d’un pouvoir seigneurial local, hérité d’un ancien domaine religieux. Il atteste aussi un enracinement communautaire durable : l’édifice ne servait pas seulement à la mémoire du Temple, mais encore à la vie religieuse de la paroisse et à l’exercice des droits seigneuriaux.

Le voisinage du moulin du Clos Saint-Gilles, signalé par les enquêteurs du patrimoine, mérite également l’attention. La proximité entre le moulin en ruine et la mention médiévale juxta hospitale suggère un environnement d’exploitation cohérent, associant terres, circulation et revenus ruraux. Faute de texte plus explicite, il serait excessif d’attribuer avec certitude ce moulin aux Templiers eux-mêmes, mais sa présence participe au contexte économique du site.

Montbran, Tréhen et l’environnement templier de Pléboulle

La commanderie templière de Sainte-Croix ne peut être comprise isolément. Elle s’inscrit dans un paysage où reviennent les noms de Montbran et de Tréhen. L’Inventaire relève que, dès la seconde moitié du XIVe siècle, les seigneuries de Montbran et de Tréhen sont partagées entre Pierre III du Guesclin et les Hospitaliers ; le fief de Tréhen revient alors à ces derniers. En 1424, frère Nicolas Poitevin, commandeur de La Guerche et de La Nouée, déclare plusieurs tenues situées à Pléboulle, au Temple Tréhen près Monbran, dont un courtil devant l’église du Temple.

Ce passage est capital. Il prouve qu’au XVe siècle, le village du Temple et son église étaient pleinement intégrés à un ensemble foncier et seigneurial actif. Il confirme aussi l’importance de Montbran comme point de repère régional. La foire de la Sainte-Croix, encore mentionnée au XVIIIe siècle, paraît prolonger cette centralité économique et religieuse du secteur.

La présence sur la chapelle d’armoiries des du Guesclin, relevée par l’Inventaire, s’explique dans ce cadre. Le pignon occidental a été repris, et le blason visible n’est pas un indice de fondation templière, mais un témoignage de transformations ou de protections seigneuriales postérieures. Il rappelle que l’édifice a continué de vivre, d’être remanié et approprié après la fin de l’ordre du Temple.

Le procès des Templiers et la fin de l’ordre

Aucun élément fermement établi ne permet d’isoler, pour Sainte-Croix elle-même, un épisode local documenté du procès des Templiers ouvert après les arrestations de 1307. En l’état des sources ici recoupées, il serait imprudent d’attribuer au site un interrogatoire, une arrestation particulière ou une affaire judiciaire proprement locale.

Ce que l’on peut dire avec assurance, c’est que la maison, comme les autres biens du Temple en Bretagne, a fini par passer à l’ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem après la suppression pontificale de l’ordre du Temple en 1312. Dans le cas de Pléboulle, la continuité d’occupation et d’usage paraît nette, même si les structures administratives ont été réorganisées au profit des Hospitaliers.

Le devenir de la chapelle et les vestiges conservés

Le principal vestige connu de la commanderie templière de Sainte-Croix est aujourd’hui la chapelle Notre-Dame-du-Temple, anciennement chapelle de la Sainte-Croix, à Pléboulle. L’édifice conservé présente un vaisseau unique prolongé d’un chœur, avec des parties médiévales et des remaniements postérieurs. Le portail occidental en tiers-point, le chevet plat, certains remplages gothiques et plusieurs reprises de maçonnerie témoignent d’une histoire architecturale longue et stratifiée.

Le dossier patrimonial souligne également la présence d’un cimetière clos autour de la chapelle sur le cadastre napoléonien, ainsi que d’une croix associée. L’ensemble forme un noyau historique de premier intérêt pour l’étude des établissements templiers et hospitaliers en Bretagne septentrionale.

Il faut toutefois éviter de projeter sur les maçonneries visibles toute l’histoire du Temple breton. L’édifice actuel conserve la mémoire du lieu plus qu’il ne restitue intégralement la maison templière d’origine. Comme souvent pour ces sites, la chapelle a traversé les siècles en changeant d’usages, de titulature et de contexte seigneurial.

Ce que l’on peut retenir

La commanderie templière de Sainte-Croix, en Bretagne, correspond très vraisemblablement au site du Temple de Pléboulle, où subsiste l’ancienne chapelle de la Sainte-Croix, plus tard appelée Notre-Dame-du-Temple. Les indices convergent vers une implantation templière active au moins dès le XIIIe siècle, insérée dans un terroir de terres, fiefs, moulin voisin et droits seigneuriaux. Après la disparition de l’ordre du Temple, la maison entre dans l’organisation des Hospitaliers, comme membre dépendant de Carentoir.

Le dossier n’autorise pas toutes les certitudes qu’a parfois véhiculées l’érudition locale. Mais il permet de reconnaître, avec un bon degré de solidité, un établissement religieux et domanial authentiquement issu de la présence du Temple en Bretagne, dont la chapelle du village du Temple demeure le témoin le plus tangible.

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