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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Commanderie templière de Soissons

Commanderie templière de Soissons

Croix des Templiers – Commanderie templière de Soissons

La commanderie templière de Soissons désigne, dans l’état actuel de la documentation, une implantation bien attestée de l’Ordre du Temple dans le Soissonnais, mais dont l’histoire doit être maniée avec précision. Les sources anciennes et les travaux érudits convergent surtout vers la maison du Mont-de-Soissons, aujourd’hui située sur le territoire de Serches, à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Soissons. En revanche, le nom de Soissons apparaît aussi dans les textes pour des biens urbains ou des dépendances de cette maison. Il faut donc éviter de confondre la ville de Soissons proprement dite avec le siège rural du Mont-de-Soissons, qui fut l’établissement templier majeur du secteur.

Les témoignages les plus sûrs permettent néanmoins d’affirmer l’ancienneté de cette fondation soissonnaise. Eugène Mannier signalait déjà les Templiers établis au Mont-de-Soissons dès 1133, parmi les premières maisons de l’Ordre en France. Cette chronologie est reprise par les répertoires historiques modernes fondés sur ses dépouillements, et elle demeure un point fort du dossier, même si la qualification exacte de chaque dépendance doit être vérifiée cas par cas.

Une implantation très ancienne dans le Soissonnais

La tradition érudite issue de Mannier place l’origine de la maison au temps des premiers protecteurs ecclésiastiques du Temple dans le diocèse de Soissons. Un acte de 1133 attribue à l’évêque de Soissons une donation de menues dîmes sur sa ferme de Serches, contre un cens annuel de douze deniers. Cet acte est important, car il associe directement l’installation templière au terroir de Serches et au Mont-de-Soissons, plutôt qu’au centre urbain de Soissons.

La documentation mentionne ensuite, pour 1157, une donation consentie aux frères du Temple par Eudes de Saint-Médard, avec jouissance différée après son décès. Puis, en 1158, Robert, comte de Braine, et son épouse Agnès accordent à l’Ordre leur propriété de Vauberlin. À la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe, d’autres libéralités complètent ce noyau foncier, notamment une confirmation épiscopale en 1192 et un don de champ près de leur maison en 1200 par l’abbé de Saint-Médard. L’ensemble dessine non pas une création soudaine, mais une croissance progressive autour d’un établissement déjà constitué.

Ce faisceau d’actes explique pourquoi le Mont-de-Soissons est regardé comme une des plus anciennes maisons templières du nord du royaume. Les Archives nationales recensent d’ailleurs un ensemble d’archives consacré aux commanderies de l’Aisne, incluant explicitement Mont-de-Soissons, sur une longue durée allant du XIIe siècle jusqu’à l’époque hospitalière et moderne.

Soissons et Mont-de-Soissons : une distinction nécessaire

Le point capital, pour une page sérieuse sur la commanderie templière de Soissons, est de distinguer le siège principal rural et les biens urbains. Les textes médiévaux et les études locales montrent qu’il existait à Soissons même des maisons appartenant aux Templiers, puis aux Hospitaliers. Mais ces possessions urbaines ne doivent pas être automatiquement élevées au rang de commanderie autonome sans preuve explicite.

Un inventaire de 1309, dressé après l’arrestation des Templiers, mentionne parmi les dépendances du Mont-de-Soissons une maison de Soissons, aux côtés d’Acy, Ambrief, Rosières, Mont-Hussard, Vieil-Arcy, Chassemy, Vailly, Chavonne, Oulchy, Billy-sur-Ourcq, Vaux-Saint-Nicolas, Mortefontaine, Fismes, Passy-sous-Sainte-Gemme et Châtillon. Cette liste montre clairement que Soissons faisait partie de l’orbite domaniale du Mont-de-Soissons.

Les érudits soissonnais des XIXe et XXe siècles ont en outre identifié dans la ville plusieurs immeubles tenus successivement par les Templiers puis par les Hospitaliers. La plus connue est la Maison du Temple de la rue des Rats, décrite comme une résidence utilisée par les officiers de l’Ordre lorsqu’ils venaient à Soissons. Cette interprétation est précieuse, car elle suggère une fonction urbaine d’accueil, d’administration ou de séjour, sans faire de cette maison la preuve certaine d’une commanderie distincte du Mont-de-Soissons.

Les recherches locales signalent aussi que cette maison de la rue des Rats passa aux Hospitaliers au début du XIVe siècle, puis resta connue sous le nom d’hôtel du Temple dans les actes postérieurs. L’édifice ancien a disparu, et la construction visible avant 1914 était déjà une reconstruction moderne par rapport à l’époque templière.

Le domaine et l’économie de la maison

Le Mont-de-Soissons apparaît comme une maison solidement enracinée dans l’économie rurale du Soissonnais. Les donations et acquisitions concernent des terres, des dîmes, des revenus, des vignes et diverses pièces de labour. Les textes font aussi état d’un moulin à Villeblain, dans la paroisse de Chacrise, possession intéressante car les moulins constituaient des biens utiles et rentables pour une commanderie.

Le même dossier montre que la maison contrôlait un réseau de dépendances relativement dense. À Acy, les Templiers n’avaient, semble-t-il, qu’une métairie. À Chassemy, ils détenaient dès le milieu du XIIIe siècle une maison, des vignes et la dîme paroissiale. D’autres points d’appui, comme Mont-Hussard ou Mortefontaine, apparaissent dans les inventaires et les répertoires, signe d’une seigneurie foncière composite plutôt que d’un simple domaine isolé.

Un acte relevé par Mannier pour 1266 montre encore Lambert de Ciry concédant aux Templiers plusieurs pièces de terre acquises sur le mont de Mont-Hussard et dans la censive de Saint-Médard. Ce genre de transaction éclaire la manière dont le temporel templier se formait : non seulement par grandes donations aristocratiques, mais aussi par des agrégations plus modestes de parcelles et de droits.

Des frères et des précepteurs connus

Les sources du procès et les compilations érudites conservent le nom de plusieurs responsables liés au Mont-de-Soissons. Sont notamment cités, pour la fin du XIIIe siècle, Hervé de Villepreux, Henri de Villepierre, Nicolas de Saint-Alban et Jean de Cernay. La prudence reste nécessaire sur certaines formes anthroponymiques, car les copies, éditions et lectures anciennes présentent parfois des variantes. Mais l’existence d’une série de précepteurs est bien établie.

Les dossiers tirés du Procès des Templiers montrent aussi que des réceptions de frères eurent lieu au Mont-de-Soissons. Les répertoires de noms conservés dans la tradition issue de Michelet mentionnent en particulier des frères reçus dans cette maison à la fin du XIIIe siècle. Cela confirme que l’établissement n’était pas une simple exploitation agricole, mais un lieu de vie conventuelle et d’intégration à l’Ordre.

On rencontre également, à la veille de la chute de l’Ordre, la figure de Gérard de Villiers, présenté dans la tradition érudite comme précepteur de la baillie de Brie et de Soissons vers 1306. Ici encore, il faut tenir compte de la complexité des circonscriptions templières : la mention renvoie moins à une commanderie urbaine de Soissons qu’à une organisation administrative plus vaste englobant plusieurs maisons.

Le temps du procès et le transfert aux Hospitaliers

Comme toutes les maisons templières du royaume, le Mont-de-Soissons et ses dépendances furent touchés par la crise ouverte par les arrestations de 1307. Pour le secteur soissonnais, l’inventaire de 1309 est un document majeur, car il permet de mesurer l’étendue exacte des biens alors recensés. Il montre que la maison-mère du Mont-de-Soissons structurait un ensemble de possessions nombreuses dans le diocèse et ses marges.

Après la suppression de l’Ordre du Temple, la bulle Ad providam du 2 mai 1312 attribua en principe les biens templiers à l’Ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Les archives nationales rappellent explicitement ce transfert général, qui vaut aussi pour le dossier de Mont-de-Soissons. À Soissons même, les maisons urbaines anciennement templières apparaissent ensuite dans les mains des Hospitaliers, ce que confirment les études locales sur la rue des Rats.

Que peut-on dire de la « commanderie de Soissons » ?

Le titre de commanderie templière de Soissons correspond à une réalité historique qu’il faut formuler avec nuance. Oui, le nom de Soissons est bien lié à la présence du Temple. Oui, des biens templiers sont attestés dans la ville. Oui encore, la documentation régionale et archivistique fait du Soissonnais un secteur important de l’Ordre. Mais les preuves les plus solides ramènent le centre principal de cette implantation à la maison du Mont-de-Soissons, sur le territoire de Serches, plutôt qu’à une commanderie urbaine distincte établie au cœur de Soissons.

Autrement dit, Soissons fut à la fois un nom de repère, un pôle urbain de gestion et un espace de possessions, tandis que le Mont-de-Soissons semble avoir porté la structure commanderiale la mieux documentée. C’est la raison pour laquelle les meilleurs travaux imposent de parler avec retenue : la présence templière soissonnaise est certaine, mais la topographie institutionnelle exacte demande toujours de distinguer maison urbaine, dépendance et commanderie mère.

Patrimoine et mémoire du lieu

Dans la ville de Soissons, les vestiges directement attribuables aux Templiers ne sont plus conservés comme monuments identifiables. La Maison du Temple de la rue des Rats, bien suivie par l’érudition locale, a disparu dans les destructions du XXe siècle après avoir déjà été rebâtie à l’époque moderne. Les plans d’arpentage et les mentions notariales permettent toutefois d’en localiser l’emplacement ancien avec une assez bonne précision.

Pour l’histoire du Temple dans ce secteur, l’essentiel du patrimoine documentaire réside donc dans les chartes, les inventaires et les actes du procès plus que dans un bâti encore lisible. C’est ce dossier écrit qui permet aujourd’hui de restituer la place importante tenue par le Mont-de-Soissons et ses dépendances dans l’implantation templière de l’Aisne.

Événements marquants

  • 1133 : première attestation traditionnelle de l’établissement templier du Mont-de-Soissons, liée à une donation de dîmes sur Serches.
  • 1157 : donation d’Eudes de Saint-Médard aux frères du Temple, avec jouissance différée.
  • 1158 : donation de Vauberlin par Robert de Braine et Agnès.
  • 1192 : confirmation épiscopale d’une donation concernant Bucy.
  • 1200 : don d’un champ près de la maison du Mont-de-Soissons par l’abbé de Saint-Médard.
  • 1266 : concession de terres à Mont-Hussard par Lambert de Ciry.
  • 1309 : inventaire des dépendances de la maison du Mont-de-Soissons après l’arrestation des Templiers.
  • 1312 : transfert général des biens du Temple aux Hospitaliers.

En somme, la commanderie templière de Soissons relève d’un dossier solide, mais qui oblige à parler juste. Le nom de Soissons est légitime, parce qu’il renvoie à une présence réelle de l’Ordre du Temple dans la ville et dans son pays. Toutefois, l’établissement central le mieux démontré par les sources reste le Mont-de-Soissons, dont Soissons même dépendait au moins en partie pour les biens urbains connus.

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