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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Présence templière documentée — Valence

Les Templiers à Valence

Croix des Templiers – Les Templiers à Valence

La présence des Templiers à Valence, dans l’actuelle Auvergne-Rhône-Alpes, est bien attestée par les sources médiévales, même si l’histoire locale de cette commanderie de Valence reste moins abondamment documentée que celle de certaines grandes maisons de Provence ou du bas Rhône. Les textes permettent néanmoins d’établir plusieurs points solides : l’existence d’une Maison du Temple à Valence dès la fin du XIIe siècle, son lien ancien avec le vocable de Saint-Émilien, l’extension de son patrimoine dans les environs, ainsi qu’un rattachement administratif au cadre templier de Provence. Les indices topographiques et diplomatiques sont suffisamment concordants pour reconnaître à Valence un établissement important de l’Ordre du Temple, sans pour autant surinterpréter ce que les documents ne disent pas.

Une maison templière attestée dès le XIIe siècle

Les mentions les plus anciennes placent les Templiers à Valence au plus tard dans le dernier tiers du XIIe siècle. Des formes relevées par l’érudition savante signalent des fratres Templi Salomonis en 1183, tandis qu’une mention de Domus Templi de Valencia est donnée pour 1201. Ces références, recoupées par les compilations fondées sur cartulaires et dictionnaires topographiques, montrent qu’il ne s’agit pas d’un simple souvenir toponymique tardif, mais bien d’un établissement réel de l’Ordre.

La maison de Valence est d’abord désignée sous le nom de Saint-Émilien : les formes latines relevées par les historiens sont Sancti Emiliani, Sancti Emiliani extra muros Valentine civitatis et Sancti Emiliani de Valencia. Cette précision est importante, car elle suggère une implantation hors des murs de la ville médiévale, ou du moins dans un secteur périphérique identifié par ce vocable. La tradition érudite place volontiers cette maison du côté de l’actuelle rue du Temple, dans le quartier de la paroisse Saint-Émilien, mais cette localisation doit être tenue pour vraisemblable plutôt que parfaitement démontrée au mètre près.

Une commanderie, non un simple bien isolé

Dans le cas de Valence, les sources ne renvoient pas seulement à une possession ponctuelle. Elles font apparaître une véritable commanderie templière, c’est-à-dire une maison capable d’administrer un ensemble de biens, de percevoir des cens, de conclure des actes et de superviser des dépendances. Le vocabulaire médiéval reste parfois flottant entre domus, preceptoria et maison, ce qui est classique pour les ordres militaires ; mais les actes conservés montrent bien que Valence fonctionnait comme un centre de gestion local.

Un élément particulièrement significatif apparaît en 1294, lorsque la maison est appelée domus milicie Templi Valencie et de Garausone, c’est-à-dire la maison de la milice du Temple de Valence et de Grozon. Cette formule indique que Valence administrait alors, ou au moins associait étroitement, le domaine de Grozon. L’existence de ce binôme confirme le rang de Valence dans l’organisation templière régionale.

Le domaine et l’économie de la maison

La documentation permet d’entrevoir quelques aspects concrets de l’économie de la commanderie. Un acte du 13 octobre 1281, conservé en original dans les archives drômoises et signalé par les recueils de chartes, montre Martin, lieutenant du commandeur de la maison du Temple de Valence, concédant en emphytéose perpétuelle un moulin à Fauconnières, dans le mandement de Montélier, avec jardin, pré et terres, au prieur du Val-Sainte-Marie, de l’ordre des Chartreux. L’acte mentionne aussi l’assentiment de Ponce de Broceo, maître des maisons du Temple en Provence. Ce document est capital : il prouve non seulement la possession d’un moulin par les Templiers de Valence, mais aussi leur capacité à exploiter juridiquement et financièrement des biens ruraux de valeur.

En 1282, un autre accord est signalé entre le doyen de l’église de Valence et le commandeur du Temple de la ville au sujet d’un bois appelé les Coustes de Langoires, sur lequel le doyen exerçait un droit de seigneurie. Le simple fait qu’un tel différend soit documenté rappelle que les maisons templières vivaient au contact de multiples autorités ecclésiastiques et seigneuriales, et que la gestion du terroir donnait fréquemment lieu à des négociations sur les droits, les usages et les revenus.

Ces indices dessinent le profil d’une maison insérée dans l’économie du Valentinois : terres, bois, moulin, cens en nature, argent viennois, rapports avec des religieux voisins. Rien n’autorise cependant à reconstituer dans le détail l’ensemble de son domaine sans sortir du terrain assuré par les actes connus.

Rattachement administratif et liens avec la Provence

Malgré sa situation à la lisière des espaces dauphinois et lyonnais, la maison de Valence relevait de la sphère templière de Provence. Les compilations savantes insistent sur ce point et notent l’intervention répétée des maîtres de Provence dans les affaires de Valence et de Grozon. L’acte de 1281, où intervient Ponce de Broceo, va dans le même sens. Ce rattachement administratif est un trait important, car il montre que les découpages de l’Ordre du Temple ne coïncidaient pas nécessairement avec les frontières politiques ou diocésaines les plus évidentes.

Les sources érudites relèvent aussi des liens entre Valence, Grozon et d’autres maisons plus méridionales. Il faut toutefois rester prudent : ces rapprochements éclairent l’organisation interne de l’Ordre, mais ne permettent pas toujours de définir une hiérarchie simple et continue pour toute la période.

Les commandeurs connus

La série des responsables de la maison de Valence n’est pas complète, mais plusieurs noms sont attestés. Les recueils fondés sur le cartulaire et sur les archives régionales citent notamment Poncius de Valle en 1176-1177, Odo en 1179 puis entre 1186 et 1188, Guillelmus de Paulac en 1183, Hugo de Rochefort en 1204, 1206 et 1209, Johannes Raynaus en 1258, Raimundus Alemantier en 1259, Arnaldus de Antenna en 1260, B. de Rupeforti en 1263, Guigo en 1264, Raimundus de Ominano en 1279, enfin Martinus de Bocosello entre 1281 et le début du XIVe siècle.

Cette liste appelle deux remarques. D’abord, elle confirme la continuité de la maison sur plus d’un siècle. Ensuite, elle reflète parfois les difficultés de lecture, de latinisation ou de transmission des noms propres dans les éditions anciennes. Il convient donc de reprendre ces formes comme elles sont attestées par l’érudition, sans corriger abusivement ce que les sources ne permettent pas de fixer avec certitude.

Valence et la dépendance de Grozon

Le dossier de Grozon, aujourd’hui en Ardèche, est l’un des éléments les plus intéressants pour comprendre le rayonnement de la maison de Valence. Les historiens signalent que ce domaine, parfois qualifié de maison mais plus souvent de grange dans les actes de la fin du XIIIe siècle, dépendait directement du précepteur de Valence. En 1294 encore, la titulature commune de Valence et de Grozon apparaît explicitement.

Des traditions locales et des notices communales évoquent en outre des acquisitions templières à Grozon dès 1176 ou 1186. Comme ces affirmations reposent souvent sur des médiations secondaires, elles demandent à être maniées avec plus de réserve que les actes diplomatiques explicitement identifiés. On peut retenir sans risque que Grozon fut un bien dépendant de Valence à la fin du XIIIe siècle ; pour le détail antérieur, la prudence reste de mise.

Le procès du Temple et la fin de l’ordre

Comme toutes les maisons templières du royaume de France, la commanderie de Valence fut touchée par l’arrestation générale ordonnée par Philippe le Bel le 13 octobre 1307. Les grands cadres du procès sont parfaitement établis par les archives et par les éditions savantes du Procès des Templiers. En revanche, la documentation aisément accessible ne permet pas ici d’identifier avec une précision suffisante le détail des arrestations opérées dans la maison même de Valence ni la liste certaine des frères qui y résidaient alors. Il serait donc imprudent d’aller au-delà du constat général.

La suppression de l’Ordre du Temple en 1312 entraîna le transfert de ses biens à l’ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, conformément à la décision pontificale. Pour Valence, les notices historiques indiquent que l’ancienne maison du Temple fut alors unie à la commanderie hospitalière de la ville. Cette continuité institutionnelle est classique dans l’histoire des ordres militaires, même si la transition concrète des hommes, des revenus et des bâtiments a pu être plus complexe sur le terrain.

Topographie, souvenir du lieu et vestiges

Le site exact de la commanderie médiévale n’est plus conservé comme monument identifiable. Les sources topographiques anciennes mentionnent Le Temple comme lieu détruit, sur la commune de Valence ou de Bourg-lès-Valence, et l’on relève encore des survivances de mémoire comme la rue du Temple. Une mention postérieure d’Ecclesia Templi Valentinensis en 1371 montre qu’au XIVe siècle le souvenir ecclésial de l’établissement demeurait encore lisible dans les archives. Plus tard, une coste du Temple est signalée au début du XVIIe siècle.

En l’état de la documentation consultée, il faut cependant reconnaître que les vestiges matériels de la commanderie templière de Valence ne sont pas clairement conservés ni identifiés avec certitude pour le public actuel. L’histoire du lieu repose donc surtout sur les textes, la microtoponymie et les recoupements érudits plutôt que sur un bâti encore visible.

Ce que l’on peut tenir pour établi

  • Valence a bien possédé une maison du Temple, attestée au plus tard en 1183 et nommée explicitement en 1201.
  • Cette maison portait anciennement le nom de Saint-Émilien, probablement dans un secteur suburbain de la ville médiévale.
  • Il s’agissait d’une commanderie active, administrant des biens fonciers et au moins un moulin à Fauconnières, dans le mandement de Montélier.
  • Grozon dépendait de Valence à la fin du XIIIe siècle, comme le montre la titulature commune de 1294.
  • Après 1312, les biens passèrent aux Hospitaliers, selon le schéma général de dévolution confirmé par les archives pontificales et royales.

Au total, l’histoire des Templiers à Valence est celle d’une implantation bien réelle, ancienne et structurée, mais connue par touches plus que par un grand dossier narratif continu. La commanderie de Valence apparaît comme une maison de gestion solidement insérée dans le terroir valentinois, en relation avec la Provence templière, disposant de dépendances et de revenus ruraux, puis absorbée dans l’ensemble hospitalier après la chute de l’Ordre du Temple. C’est peu pour écrire une légende ; c’est assez pour restituer une histoire sérieuse.

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