Beaulieu et la présence templière à Bernienville
La maison de Beaulieu était accompagnée d’un ensemble de terres qui dépassait 150 acres. Les Templiers y tenaient un fief acquis au commencement du XIIIe siècle auprès de Guillaume et de Raoul Cavier, chevaliers. Une charte de 1207 précise que ces derniers abandonnèrent aux frères du Temple la moitié de ce fief afin de se libérer d’une partie des sommes qu’ils leur devaient, tout en consentant à tenir l’autre moitié des mêmes frères jusqu’au paiement complet de leur dette. Cette donnée suffit à attester une implantation templière documentée à Beaulieu, sur le territoire rattaché à Bernienville.
Constitution du domaine
Le domaine de Beaulieu ne se limita pas à l’acquisition initiale. Les Templiers l’agrandirent encore par des achats ou réunions de terres obtenus des seigneurs de Claville, du Fay et de la Fort. Les biens mentionnés se répartissaient dans plusieurs lieux ou terroirs : à Claville, à la Couture, au Champ-Giffard, au Travesain, à la Fosse-des-Payens, au Mesnil-Faucoin, à la Forêt, au Champ-de-Faveril, au Champ-du-Breuil, au Fay et au Fond-du-Val. Cette énumération montre une assise foncière étendue et dispersée, caractéristique d’une exploitation rurale appuyée sur des parcelles et revenus multiples.
Les documents fournis ne décrivent pas en détail l’organisation intérieure de la maison à l’époque templière, mais ils établissent clairement qu’il ne s’agissait pas d’un simple souvenir toponymique. Beaulieu formait un fief possédé par l’ordre et accru par acquisitions successives. La mention d’une maison du Temple doit donc être conservée comme qualification principale de l’implantation.
La question de la chapelle
Le dossier demande une attention particulière sur ce point, car les textes ne sont pas uniformes selon les périodes. Une tradition ancienne présente Beaulieu comme une maison « avec sa chapelle dédiée à sainte Suzanne ». Cependant, pour l’époque postérieure à la suppression de l’ordre, des visites et états de biens montrent qu’aucune chapelle n’était alors reconnue sur l’exploitation.
En 1373, le Livre vert est explicite : aucune des neuf fermes de Renneville ne possédait de chapelle. La visite de 1457 confirme cette situation pour Beaulieu en indiquant qu’au lieu concerné il n’y avait point de chapelle. En 1495, la même exploitation n’est plus décrite que par une maison et une grange pour le censier. Ces indications concordantes invitent à ne pas projeter sans précaution l’existence d’une chapelle visible et entretenue sur toute la durée de l’histoire du site.
À l’inverse, dans la première moitié du XVIIe siècle, Beaulieu possède bien une chapelle. Une visite effectuée vers 1630 décrit la ferme et métairie de Beaulieu comme comprenant une chapelle, une maison, deux granges, des étables à chevaux et à vaches, ainsi qu’une bergerie. Il est donc prudent de distinguer les états successifs du lieu : si une chapelle est associée à Beaulieu dans certaines mentions, elle n’est pas constatée dans les visites de la fin du XIVe et du XVe siècle ; elle existe de nouveau à l’époque moderne, vraisemblablement à la suite d’une construction ou d’une réfection postérieure.
Du bien templier à l’exploitation postérieure
Après la disparition de l’ordre du Temple, Beaulieu continue d’apparaître comme une exploitation rurale. Les documents conservés pour les siècles suivants montrent surtout une ferme ou métairie intégrée à un ensemble de dépendances plus large. Cette continuité d’usage n’efface pas l’origine templière du fief, mais elle explique que les mentions tardives portent davantage sur les bâtiments d’exploitation, les granges, les étables et l’état de la chapelle que sur une présence conventuelle.
Le cadastre du début du XIXe siècle montre encore un petit bâtiment terminé par une abside, correspondant à la chapelle alors conservée. Des descriptions de la fin du XVIIIe siècle signalent un édifice maçonné, couvert en tuiles, sans clocher ni cloches, placé au milieu de la cour. Ces éléments appartiennent toutefois à l’histoire postérieure du site et ne doivent pas être confondus avec une chapelle templière continûment attestée depuis le XIIIe siècle.
Ce que l’on peut établir
- Beaulieu correspond à une maison du Temple située dans la paroisse de Bernienville.
- Le fief est acquis par les Templiers au commencement du XIIIe siècle, avec un acte daté de 1207 impliquant Guillaume et Raoul Cavier.
- Le domaine dépendant de Beaulieu comprenait plus de 150 acres et s’accrut par acquisitions de terres dans plusieurs terroirs voisins.
- La question de la chapelle doit être traitée chronologiquement : mentionnée dans certaines traditions, absente des constats de 1373, 1457 et 1495, puis attestée à nouveau à l’époque moderne.
Bernienville doit ainsi être rattachée non à un simple contexte régional, mais à une implantation effective du Temple par l’intermédiaire de la maison de Beaulieu. La forme exacte du bien doit rester celle que livrent les documents : une maison du Temple dotée d’un domaine foncier, à laquelle la question de la chapelle ne peut être appliquée qu’avec prudence selon les périodes.
POUR APPROFONDIR
Découvrir l’Ordre du Temple
Pour replacer cette histoire locale dans une chronologie plus large, consultez notre histoire des Templiers et de l’Ordre du Temple, de ses origines à sa suppression en 1312.
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