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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Les Templiers à Beurville

Repères historiques

Beurville ne doit pas être présenté comme un simple lieu voisin d’implantations templières : les documents conservés y signalent au contraire des biens et des droits effectivement tenus par l’ordre du Temple. Il s’agit moins d’une commanderie autonome que d’un ensemble de possessions rattachées à la commanderie de Thors, formant une seigneurie et des dépendances dans le terroir de Beurville.

La tradition érudite place en 1193 la fondation de la commanderie de Thors par des seigneurs de Beurville, Aimon, Ancherus et Guillaume, fils d’un autre Ancherus. L’acte primitif n’est pas donné dans les pièces conservées ici, ce qui impose de rester prudent sur son détail exact. En revanche, les notices concordent pour faire de ces seigneurs de Beurville des fondateurs liés à l’établissement de Thors en faveur de l’ordre du Temple. Dès lors, les acquisitions et donations faites dans le finage de Beurville viennent s’agréger au temporel de cette commanderie.

Les biens templiers à Beurville

Un acte de septembre 1230 montre déjà une implantation foncière structurée. Ancherus, alors qualifié de chevalier, donne aux Templiers ce qu’il possède dans la dîme de Beurville. Il leur abandonne aussi le blé qui lui était dû chaque année pour la dîme et le ferrage de la ferme de Chânet, et leur accorde le droit d’acquérir les terres soumises à ce ferrage pour en jouir sans paiement de terrage. Ses deux frères approuvent l’opération. Ce texte établit plusieurs points : les Templiers possèdent alors des intérêts dans la dîme de Beurville ; ils tiennent déjà la ferme de Chânet ; et leur présence relève d’une gestion seigneuriale et agricole, non d’une simple influence lointaine.

La ferme de Chânet apparaît ainsi comme une dépendance importante du temporel templier. L’acte de 1230 ne fournit pas la date de son entrée dans le patrimoine du Temple, mais il montre qu’elle lui appartenait déjà à cette date, donc antérieurement. Il est seulement possible de dire, sans aller au-delà des documents, que cette possession pouvait être ancienne dans l’organisation des biens rattachés à Thors.

En septembre 1234, Guiard, fils de Chantoine de Beurville, avec l’accord de sa femme Aremburge, donne aux Templiers sa maison de Beurville avec ses dépendances. Il leur vend en outre plusieurs pièces de terre ainsi que ce qu’il possède dans un bois nommé Nemus liberorum. Ce second dossier confirme l’élargissement du domaine templier sur place par accumulation de biens de nature diverse : maison, terres et droits boisés.

Une seigneurie en accroissement au XIIIe siècle

Les années suivantes montrent la continuité de cette politique d’acquisition. En avril 1265, Androuin de Brétenay, fils de Huon, chevalier de Beurville, vend aux Templiers une pièce de terre située sur le territoire du village. La vente est faite avec l’approbation de Vauthier ou Gauthier Boichot, qualifié de seigneur féodal et également désigné comme petit seigneur de Beurville. Le document éclaire le cadre féodal dans lequel les Templiers étendent leurs biens : ils acquièrent des terres mouvantes de seigneuries locales, avec le consentement des ayants droit.

En 1269, Vauthier, nommé cette fois Galtherus Boochez, écuyer, et sa femme Guillemette ou Guillermette donnent aux Templiers tout ce qu’ils possèdent dans l’Atrait de Beurville, tenu du fief du Temple. Cette mention est particulièrement importante, car elle indique explicitement l’existence d’un fief du Temple à Beurville. Les Templiers n’y détenaient donc pas seulement des parcelles éparses, mais des droits seigneuriaux suffisamment constitués pour servir eux-mêmes de référence féodale.

Nature de l’établissement

Les textes transmis ici ne permettent pas d’affirmer l’existence à Beurville d’une commanderie distincte. En revanche, ils documentent clairement une seigneurie du Temple de Beurville, composée de droits sur la dîme, de terres, d’une maison avec dépendances, d’intérêts boisés et d’une ferme à Chânet déjà intégrée au patrimoine templier avant 1230. L’ensemble paraît dépendre de la commanderie de Thors, à laquelle se rattachent les donations et acquisitions mentionnées.

Il convient donc d’éviter deux erreurs contraires : nier toute présence templière à Beurville, ce que les actes démentent, ou transformer ces possessions en commanderie locale autonome, ce que les documents fournis n’établissent pas. La réalité accessible est celle d’une implantation foncière et seigneuriale bien attestée, intégrée au réseau de Thors.

Après la suppression de l’ordre

Les pièces réunies ici décrivent surtout la constitution du patrimoine templier au XIIIe siècle. Elles n’indiquent pas directement le devenir détaillé de chaque bien de Beurville après la suppression de l’ordre du Temple en 1312. On peut seulement constater que cette seigneurie existait auparavant comme un ensemble déjà formé de droits et de dépendances. En l’absence d’acte précis dans le dossier présent, il faut s’en tenir à ce constat.

Synthèse

  • 1193 : fondation de la commanderie de Thors en faveur du Temple, attribuée à des seigneurs de Beurville selon la tradition conservée.
  • 1230 : donation d’Ancherus portant sur la dîme de Beurville et mentionnant déjà la ferme de Chânet comme bien de la commanderie de Thors.
  • 1234 : donation d’une maison à Beurville avec ses dépendances, plus vente de terres et de droits dans un bois.
  • 1265 : acquisition par les Templiers d’une pièce de terre sur le territoire de Beurville.
  • 1269 : mention explicite d’un fief du Temple à Beurville.

Beurville relève donc d’une présence templière documentée par les actes, sous la forme d’une seigneurie et de dépendances rattachées à Thors, et non d’une simple évocation régionale sans ancrage local.

REPÈRES TERRITORIAUX

Replacez cette commune dans le maillage territorial de l’Ordre du Temple.

Les Templiers à Beurville