La maison du Temple de Laumusse et les biens templiers de Crottet
Le territoire de Crottet a bien porté une implantation du Temple. Les documents anciens y placent la maison de Laumusse, établie vers la fin du XIIe siècle, ainsi que plusieurs biens et droits relevant de cette maison. Il ne s’agit donc pas d’une simple tradition locale ni d’une présence indirecte : Crottet appartient au noyau même des possessions templières attestées dans ce secteur de la Bresse.
Le libellé documentaire associe ici Broiselant, Crottet, Genod et Laumusse. Ces noms renvoient à des réalités liées entre elles, mais qu’il faut distinguer avec soin : Laumusse correspond à la maison templière elle-même ; Crottet désigne le cadre paroissial et territorial ; Broiselant et Genod apparaissent comme des lieux du voisinage ou de dépendance en relation avec les hommes et les biens de Laumusse.
Localisation historique
Crottet relevait de la paroisse Saint-Paul. Le patronage de la cure appartenait au chapitre de Saint-Paul de Lyon, qui exerçait également des droits de dîme dans le lieu. Ce contexte ecclésiastique est important pour comprendre l’installation des Templiers : leur maison de Laumusse s’insérait dans un espace déjà structuré par les droits paroissiaux, les dîmes et les autorités religieuses locales.
Les formes anciennes du nom de Crottet sont nombreuses, ce qui rappelle l’ancienneté du lieu : Croteldi, Croteyl, Croteil, Crotel, Crotes, Crotez, puis Crottet.
Origine et attestation de la présence templière
Les documents font remonter l’établissement des Templiers à Crottet vers 1180, date à laquelle ils seraient venus y fonder la maison de Laumusse. Cette indication donne à Crottet une place importante dans l’histoire templière locale, puisque Laumusse apparaît ensuite comme une maison active et bien insérée dans les réseaux fonciers de la région.
La tradition qui rattache l’origine de cette fondation aux sires de Bâgé est ancienne et cohérente avec le développement des possessions du Temple dans la Bresse. Toutefois, ce que l’on peut affirmer avec sûreté est l’existence, dès le XIIIe siècle, d’une maison établie, possessionnée et administrée par des précepteurs connus.
Laumusse, maison du Temple de Crottet
Laumusse doit être comprise comme une maison du Temple, c’est-à-dire un établissement religieux et foncier servant à administrer terres, revenus et droits. Les documents la présentent comme une maison majeure pour ce secteur de Bresse et de Dombes. Elle ne doit pas être transformée sans nuance en grande forteresse ni, inversement, réduite à une simple terre isolée.
La documentation montre qu’elle disposait de prés, de terres cultivées ou incultes, de revenus seigneuriaux et de liens avec plusieurs familles locales. Laumusse formait donc un centre de gestion rural, solidement implanté dans l’économie du pays.
Possessions et économie du domaine
La présence du Temple à Crottet ne se limitait pas au seul siège de Laumusse. Elle comprenait aussi des terres, des prés et des droits dans la paroisse. Un acte de juillet 1229 mentionne ainsi la donation aux Templiers de Laumusse d’un pré et d’une terre situés à Crottet. Ce point suffit à établir une possession foncière directe dans le finage du village.
Les archives signalent encore, au XIIIe siècle, des opérations portant sur des prés de Laumusse et sur des terres dites del Roschat, tant cultivées qu’incultes. Ces mentions montrent une économie fondée sur l’exploitation du sol, la tenue de biens ruraux et le contrôle de revenus attachés à la terre.
Le rapport aux dîmes faisait aussi partie de cet environnement. Une transaction du 28 juillet 1230 intervient entre l’obédiencier de Crottet et les frères Rebutin au sujet des dîmes de Crottet, ce qui révèle des intérêts matériels précis et des négociations avec les puissances locales.
Donations, ventes et obligations connues
Plusieurs actes permettent de suivre concrètement la croissance ou la gestion du patrimoine templier autour de Crottet et de Laumusse.
- En juillet 1229, Ponce Geoffroy, son frère Aymon, Hugues Geoffroy et Jacobin donnent aux Templiers de Laumusse un pré et une terre sis à Crottet.
- Le 28 juillet 1230, une transaction règle un différend relatif aux dîmes entre Guigues de la Forêt, obédiencier de Crottet, et Guillaume et Evrard Rebutin.
- En février 1277, Humbert de Rues engage envers les Templiers de Laumusse un pré situé à Laumusse et des terres dites del Roschat pour un prêt de 100 sols parisis.
- En janvier 1279, le même personnage leur engage encore diverses terres pour un prêt de 60 livres viennoises.
- En septembre 1281, Humbert de Buenc vend aux Templiers, à la Muce, un pré situé à Crottet pour 11 livres viennoises.
- En novembre 1287, Étienne Rebutin fait reprise de fief de ce qu’il possède dans la paroisse.
Ces actes ne décrivent pas une implantation légendaire ou floue, mais un domaine vivant, inséré dans les pratiques féodales, les crédits, les transferts de terres et les arbitrages seigneuriaux.
Personnes et milieux seigneuriaux
Quelques noms émergent nettement de la documentation. Ils éclairent les relations entre les Templiers et la société locale.
- Jean de Chazelles est qualifié de précepteur de la Milice du Temple de Laumusse.
- Guigues de la Forêt apparaît comme obédiencier de Crottet en 1230.
- La famille Rebutin intervient à plusieurs reprises dans les affaires de la paroisse et des fiefs voisins.
- Humbert de Genod est témoin, en 1198, d’une donation faite aux Templiers de Laumusse par Renaud d’Asnières.
Ces mentions montrent que la maison de Laumusse entretenait des rapports suivis avec la petite noblesse, les chevaliers et les détenteurs de fiefs du voisinage.
Broiselant et Genod dans l’environnement de Crottet
Le hameau de Broiselant est cité en juin 1286. Guillaume Rebutin, chevalier, y prend en fief une maison noble de Jean de Chazelles, précepteur de la Milice du Temple de Laumusse. Cette mention rattache clairement Broiselant à la sphère d’action de la maison templière, même si le lieu est aujourd’hui difficile à localiser avec certitude.
Genod relève d’un autre registre. Il s’agit d’un fief avec château, tenu par une famille qui apparaît dans l’entourage des Templiers de Laumusse dès la fin du XIIe siècle. La documentation n’autorise pas à faire de Genod une maison du Temple ; en revanche, elle montre que ses détenteurs participaient au monde seigneurial au sein duquel s’inscrivait l’implantation de Laumusse.
Après la suppression de l’Ordre du Temple
Comme les autres biens templiers, ceux de Laumusse passèrent après la suppression de l’Ordre au début du XIVe siècle aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Cette transmission prolongea l’existence du domaine dans un autre cadre institutionnel, sans effacer l’assise foncière constituée à l’époque templière.
La continuité hospitalière explique que les titres postérieurs aient conservé la mémoire précise des terres, des redevances et des dépendances attachées à Laumusse.
Traces et portée historique
Pour Crottet, l’essentiel n’est pas la survivance d’un grand monument spectaculaire, mais l’existence bien documentée d’une maison du Temple et d’un ensemble de biens ruraux qui structuraient le territoire. Laumusse constitue le principal repère de cette présence, tandis que Broiselant et les terres de Crottet en montrent les prolongements concrets.
L’histoire templière du lieu repose donc sur des faits nets : une fondation vers la fin du XIIe siècle, une maison active au XIIIe siècle, des donations et acquisitions de terres, des rapports avec les Rebutin, les sires de Bâgé et d’autres familles du voisinage, puis une reprise hospitalière après 1312. Crottet fait ainsi partie des lieux où la présence du Temple est historiquement attestée et ne peut être réduite à une simple hypothèse.
POUR APPROFONDIR
Découvrir l’Ordre du Temple
Pour replacer cette histoire locale dans une chronologie plus large, consultez notre histoire des Templiers et de l’Ordre du Temple, de ses origines à sa suppression en 1312.
Pour découvrir l’univers templier proposé par notre partenaire marchand, retrouvez également l’Univers des Templiers de La Forge des Chevaliers®.
REPÈRES TERRITORIAUX
Replacez cette commune dans le maillage territorial de l’Ordre du Temple.
