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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Domaines du Temple de Cruzilles-lès-Mépillat

Domaine du Temple de Mépillat

Le bien templier signalé à Cruzilles-lès-Mépillat correspond à des terres tenues dans l’ancienne paroisse de Mépillat, non à une commanderie explicitement attestée par les éléments conservés ici. La documentation fait apparaître, pour le XIIIe siècle, une forte emprise foncière des Templiers de Laumusse sur une large part des fonds de cette paroisse. L’ensemble s’inscrit dans un terroir anciennement connu, mentionné sous des formes nombreuses : Mispiliaco, Mespiliaco, Mespliaci, Mispillia, Mespeillie, Mespillie, Mespilleu, Mespillieu, Mepiliat.

Cadre paroissial et ancienneté du lieu

Mépillat relevait d’une paroisse placée sous le vocable de saint Marc. La cure était à la nomination de l’abbesse de Saint-Pierre de Lyon, ce qui montre que l’encadrement ecclésiastique local dépendait d’une autorité distincte des détenteurs de terres présents sur place. Le lieu apparaît dès le milieu du Xe siècle dans les mentions conservées.

Une attestation ancienne, placée entre 938 et 954, montre qu’un prêtre-chanoine nommé Aygred possédait à Mépillat au moins un curtil et une vigne. Il en fit don à l’église Saint-Vincent de Mâcon. Cette mention n’a rien de templier en elle-même, mais elle établit l’ancienneté de l’occupation du terroir, la présence de tenures déjà constituées et l’existence d’un paysage agraire où la vigne tenait sa place.

Au milieu du XIIIe siècle, en 1245, Mépillat fut confirmé aux religieuses de Saint-Pierre par le pape Innocent IV. Là encore, cette confirmation touche au cadre ecclésiastique et seigneurial du lieu, et non directement aux biens du Temple, mais elle aide à comprendre que les possessions templières s’inséraient dans un espace où plusieurs autorités détenaient des droits de nature différente.

Les biens templiers à Mépillat

La donnée la plus nette sur la présence du Temple concerne le XIIIe siècle. Les Templiers de Laumusse y détenaient alors une grande partie des fonds de la paroisse. Cette formule indique une possession foncière importante, assez étendue pour peser lourdement dans la structure de la propriété locale. En revanche, rien dans les éléments fournis n’autorise à identifier ici une maison autonome du Temple, une chapelle templière ou une commanderie distincte.

L’implantation de Mépillat doit donc être comprise comme un domaine relevant de Laumusse. Le rattachement à cette maison templière est un point essentiel : il place les terres de Mépillat dans le réseau d’exploitation d’un établissement supérieur, plutôt que comme centre indépendant. La documentation ne détaille pas la composition exacte de ces biens au moment de leur détention par le Temple, mais l’expression employée implique avant tout des terres et des fonds ruraux.

Acquisition attestée en 1255

L’origine précise de cette emprise templière est partiellement éclairée. En juin 1255, Robert de Saint-Cyr, qualifié de damoiseau, céda aux Templiers une partie considérable des fonds qu’ils possédaient à Mépillat. Cette cession est le fait le plus concret concernant la constitution du domaine. Elle montre que l’expansion des terres du Temple dans la paroisse passa au moins en partie par une transmission aristocratique formelle, et non par une simple juxtaposition de petites tenures d’origine inconnue.

La notice ne donne ni l’énumération des parcelles ni la nature juridique détaillée de l’acte, mais elle permet d’affirmer que Robert de Saint-Cyr joua un rôle majeur dans la formation du temporel templier local. Le mois même de l’opération, juin 1255, est conservé, ce qui donne à cette cession un relief particulier parmi les informations disponibles.

Économie locale et revenus ecclésiastiques

Les éléments transmis sur Mépillat éclairent davantage l’économie paroissiale que la gestion proprement templière, mais ils aident à replacer le domaine dans son environnement concret. Le revenu de la cure était évalué à environ 350 livres. Le curé percevait presque toute la dîme et tirait en outre profit de quelques terres, prés et vignes.

Ces indications montrent un terroir diversifié, associant champs, prés et culture de la vigne. Elles soulignent aussi que la richesse foncière de la paroisse ne se confondait pas avec les possessions du Temple : les dîmes revenaient pour l’essentiel au curé, tandis que les Templiers détenaient une part importante des fonds. Autrement dit, la carte des revenus et celle de la propriété ne se superposaient pas exactement.

Faute de précisions supplémentaires, il n’est pas possible d’attribuer aux Templiers la perception de dîmes, ni de leur rattacher avec certitude les prés ou les vignes mentionnés pour le bénéfice curial. En revanche, la documentation permet bien de situer leur domaine dans une paroisse productive, où la valeur agricole était suffisamment forte pour soutenir à la fois un bénéfice ecclésiastique notable et une seigneurie foncière active.

Seigneurie de Mépillat et lignages locaux

L’histoire de la maison-forte et de la seigneurie de Mépillat n’est pas celle du domaine templier, mais elle constitue un arrière-plan utile pour comprendre la structure locale du pouvoir. Vers 1380, la maison-forte et la seigneurie étaient entre les mains d’Étienne de Frans, damoiseau. Avec son épouse Étienne de Tremblay, il les vendit à Jean de Crangeat, chevalier.

La seigneurie passa ensuite dans la descendance de Jean de Crangeat. Sa petite-fille Bérarde de Crangeat la porta en mariage à Léonard de Rossillon, seigneur de Beauretour. Leur fils Guillaume ne laissa qu’une fille, Claudine, épouse d’Antoine de la Forest. Plus tard, Urbain et Claude de la Forest vendirent la seigneurie de Mépillat, en 1561, à Claude de Sachins, seigneur de la Mylatière.

Claude de Sachins mourut sans enfant. Le partage de sa succession, le 23 mars 1576, attribua Mépillat à Jacques et Claude Regnaud, ses neveux. Le fief demeura ensuite dans cette famille jusqu’au mariage de Claudine Regnaud avec Philibert-François Garron de Coralin, écuyer, qui releva le fief en 1728. Ses descendants le transmirent à leur tour, avant de le céder, quelques années avant la Révolution, à François-Marie de Châtillon.

Cette suite de transmissions n’apporte pas de preuve directe sur le devenir du domaine du Temple après la suppression de l’ordre, mais elle montre que Mépillat resta durablement structuré par une seigneurie laïque bien distincte du cadre paroissial et des possessions ecclésiastiques.

Personnes connues dans l’histoire du lieu

  • Aygred, prêtre-chanoine, attesté entre 938 et 954, possesseur d’un curtil et d’une vigne donnés à Saint-Vincent de Mâcon.
  • Robert de Saint-Cyr, damoiseau, auteur en juin 1255 de la cession qui fonda ou accrut fortement les possessions des Templiers de Laumusse à Mépillat.
  • Bérarde de Crangeat, connue à deux titres distincts dans la matière conservée : comme héritière de la seigneurie par sa lignée, puis comme veuve de Léonard de Rossillon faisant une fondation à l’église en 1447.
  • Étienne de Frans et Étienne de Tremblay, vendeurs de la maison-forte et de la seigneurie vers 1380.
  • Jean de Crangeat, chevalier, acquéreur de cette seigneurie.
  • Léonard de Rossillon, seigneur de Beauretour, devenu seigneur de Mépillat par mariage avec Bérarde de Crangeat.
  • Guillaume de Rossillon, puis Claudine, son héritière, mariée à Antoine de la Forest.
  • Urbain et Claude de la Forest, vendeurs de la seigneurie en 1561.
  • Claude de Sachins, seigneur de la Mylatière, acquéreur en 1561.
  • Jacques et Claude Regnaud, neveux de Claude de Sachins, attributaires de Mépillat lors du partage de 1576.
  • Claudine Regnaud et Philibert-François Garron de Coralin, par lesquels le fief passa au XVIIIe siècle.
  • François-Marie de Châtillon, dernier acquéreur mentionné avant la Révolution.

Après le Temple

Les documents fournis mentionnent expressément les Templiers de Laumusse comme détenteurs d’une grande partie des fonds à Mépillat au XIIIe siècle, mais ils ne décrivent pas directement le passage de ces biens aux Hospitaliers après 1312. En l’état, il faut donc s’en tenir à une formulation prudente : le domaine est attesté comme possession templière relevant de Laumusse, sans qu’un détail précis soit ici conservé sur son administration ultérieure.

L’absence, dans cette matière, d’un commandeur, d’un précepteur, d’une visite ou d’un terrier propre à Mépillat interdit d’aller plus loin. Rien ne permet non plus d’identifier des bâtiments du Temple encore reconnaissables à l’époque moderne.

Toponymie et portée historique du dossier

Le dossier conserve une série fournie de formes anciennes du nom de Mépillat, ce qui atteste la continuité de l’identification du lieu à travers les siècles malgré les variations graphiques. Cette stabilité toponymique est importante pour suivre des biens fonciers dans la longue durée, surtout dans un terroir où se croisent droits paroissiaux, seigneurie laïque et possessions régulières.

Pour ce qui concerne spécifiquement le Temple, l’essentiel tient en trois points sûrs : l’implantation ne doit pas être élevée au rang de commanderie sans preuve ; elle dépendait de Laumusse ; enfin, cette dépendance reposait sur une assise foncière large, notablement renforcée par la cession consentie en juin 1255 par Robert de Saint-Cyr. C’est cette domination sur une grande partie des fonds de la paroisse qui donne au domaine templier de Mépillat sa véritable consistance historique.

Situer cette implantation

Croix des Templiers – Domaines du Temple de Cruzilles-lès-Mépillat