Aller au contenu

BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Commanderie templière de Dijon

Commanderie templière de Dijon

Croix des Templiers – Commanderie templière de Dijon

La commanderie templière de Dijon occupe une place importante dans l’histoire de l’Ordre du Temple en Bourgogne médiévale. Les sources permettent d’affirmer l’existence à Dijon d’une maison templière bien établie, connue dans plusieurs actes comme la Maison du Petit-Temple. Elle apparaît dans la documentation de la fin du XIIe et du XIIIe siècle, au cœur d’un réseau de biens, de droits et de dépendances répartis entre Dijon même et plusieurs localités voisines. La prudence reste toutefois nécessaire sur certains points de détail : les archives conservées éclairent surtout les actes de gestion et de propriété, beaucoup plus que l’aspect architectural ou la chronologie précise de la fondation.

Le dossier est néanmoins solide. Les actes signalés dans les fonds de la Côte-d’Or, les relevés savants du cartulaire du Temple, les synthèses érudites sur la Bourgogne templière et les notices topographiques anciennes concordent pour reconnaître à Dijon une véritable maison du Temple, distinctement localisée dans la ville médiévale et assez importante pour apparaître dans les transactions ducales, les accords avec les grandes abbayes dijonnaises et, plus tard, dans les échos du procès de l’Ordre.

Une maison du Temple attestée avant 1200

Les travaux historiques sur la Bourgogne templière indiquent que la maison de Dijon apparaît parmi les établissements nés avant la fin du XIIe siècle. Cette datation reste générale, mais elle repose sur une mise en série des maisons de Bourgogne opérée à partir des cartulaires et des actes conservés. Dijon figure ainsi parmi les fondations ou implantations templières déjà constituées avant 1200, aux côtés d’autres établissements bourguignons bien documentés.

La documentation éditée pour la commanderie de Dijon conserve ensuite plusieurs actes du tournant des XIIe et XIIIe siècles. En 1199, un arrangement est mentionné entre l’abbaye Saint-Étienne de Dijon et les frères de la milice du Temple au sujet de possessions situées à Avosnes. L’acte est précieux, car il montre que la maison de Dijon n’était pas un simple point de résidence urbain, mais le centre d’intérêts fonciers plus étendus. Il évoque en outre un maître de Bures, ce qui rappelle l’imbrication fréquente des maisons templières bourguignonnes dans un maillage régional complexe.

Le « Petit-Temple » dans la topographie dijonnaise

Les notices topographiques et les relevés archivistiques identifient à Dijon une maison dite le Petit-Temple. Cette dénomination est importante : elle semble avoir servi durablement à désigner l’établissement, y compris dans la mémoire postérieure des lieux. Les érudits du début du XXe siècle, repris par les répertoires de chartes, placent cette maison dans le secteur du faubourg Saint-Pierre, à proximité des anciens accès urbains et du pont d’Ouche. Cette localisation correspond bien au profil de certaines maisons templières urbaines, tournées à la fois vers la ville, la circulation et l’exploitation domaniale.

Il faut cependant distinguer avec soin ce que l’on sait des Templiers eux-mêmes et ce que la toponymie ou les réemplois hospitaliers ont ensuite entretenu. Les textes permettent bien de parler d’une maison templière dijonnaise ; en revanche, la restitution précise de ses bâtiments médiévaux, de sa chapelle et de ses limites anciennes exige davantage de prudence, faute de description complète et continue.

Biens, droits et économie de la commanderie

Les actes conservés montrent une commanderie engagée dans une économie très concrète : terres, droits de passage, bois, pâtures, biens ruraux et aménagements hydrauliques. Un acte ancien, placé en tête du dossier dijonnais, rappelle qu’Étienne Vilain, sa famille et leurs héritiers donnèrent aux frères de la commanderie du Temple de Dijon le droit de faire une écluse dans leur moulin de Crimolois, avec passage sur leurs terres. Cet acte, notifié par Eudes, duc de Bourgogne, atteste un intérêt direct des Templiers de Dijon pour un équipement de moulin et pour la maîtrise de l’eau, enjeu majeur de l’économie médiévale.

En 1205, le duc Eudes accorde encore aux frères du Temple demeurant à la Ville-sous-Gevrey une charretée de bois mort dans la forêt d’Argilly pour les besoins de leur maison. Même si l’acte vise une implantation liée au territoire de Gevrey, il est classé dans le fonds du Temple de Dijon et montre la réalité d’un domaine ou d’une sphère d’administration articulée autour de cette maison. Le bois, indispensable au chauffage, aux réparations et à l’entretien des installations, faisait partie des ressources ordinaires qu’une commanderie devait sécuriser.

Les biens relevant de la maison de Dijon apparaissent aussi dans des villages proches ou dépendants de son rayon d’action. En 1246, Renaud de Vicher, précepteur des maisons du Temple en France, notifie un accord entre l’abbé de Saint-Bénigne de Dijon et les Templiers de Dijon au sujet de biens sis à Dijon, Longvic et Échirey. L’acte est capital pour mesurer l’assise locale de la commanderie : il révèle à la fois une présence urbaine et des possessions suburbaines ou rurales, à proximité immédiate de Dijon.

À Avosnes encore, la commanderie est engagée dans une contestation réglée en 1240 : Barthélemi de Fontettes cède alors aux frères du Temple le pré de la Planche et le droit de pâture sur tout le territoire de Fontettes. Ce type de transaction est caractéristique des maisons templières : il ne s’agit pas seulement d’accumuler des terres, mais d’obtenir des droits utiles à l’exploitation d’un domaine, notamment pour les troupeaux.

Rapports avec les pouvoirs ecclésiastiques et ducaux

La maison de Dijon se trouvait au contact de plusieurs autorités de premier rang : le duc de Bourgogne, les abbayes dijonnaises, les seigneurs locaux et la hiérarchie propre de l’Ordre. Les actes connus mettent en évidence cette insertion institutionnelle. Le duc intervient comme garant ou notificateur dans plusieurs opérations ; les abbayes de Saint-Étienne et de Saint-Bénigne traitent directement avec les Templiers ; enfin, l’intervention de Renaud de Vicher, précepteur des maisons du Temple en France, montre que certains différends remontaient jusqu’aux plus hauts responsables de la province française de l’Ordre.

Cette documentation confirme que la commanderie de Dijon n’était pas une dépendance insignifiante. Sans qu’il soit possible d’en faire abusivement une tête de province templière, elle appartenait manifestement à un ensemble bourguignon de premier plan, inséré dans les circuits politiques et ecclésiastiques du duché.

Personnes connues et vie de la maison

Les actes permettent d’apercevoir quelques noms, mais de façon encore fragmentaire. Pour la fin du XIIe siècle, un acte de 1199 mentionne le frère Guy Bordelet ou Bordel comme maître de Bures au moment d’un arrangement touchant Avosnes. En 1246, c’est Renaud de Vicher, précepteur des maisons du Temple en France, qui intervient dans l’accord conclu avec Saint-Bénigne. Ces mentions éclairent davantage l’administration régionale et provinciale que la liste suivie des commandeurs dijonnais.

Le procès du Temple livre toutefois un témoignage plus personnel : celui du frère Étienne de Dijon, prêtre et précepteur du Temple de Dijon. Lors de son interrogatoire, il est dit âgé d’environ soixante-douze ans ; il précise que les gens du duc de Bourgogne lui avaient arraché son manteau quinze jours après son arrestation. Une autre tradition érudite rapporte qu’interrogé sur l’aumône et l’hospitalité, le précepteur de Dijon reconnut qu’en sa maison l’accueil ne se faisait qu’aux riches, remarque souvent relevée par les historiens pour rappeler que les maisons du Temple, à la fin du Moyen Âge central, n’étaient pas des hôpitaux ouverts indistinctement à tous.

On trouve également, dans les répertoires prosopographiques tirés du procès, un Dominique de Dijon, commandeur de Joigny, reçu à Dijon en 1262 par Henri de Dôle. Cette mention n’atteste pas nécessairement qu’il ait dirigé la maison de Dijon, mais elle prouve que la commanderie dijonnaise était un lieu de réception dans l’Ordre et donc un centre religieux et administratif actif.

La commanderie de Dijon face au procès de 1307

Comme les autres maisons du royaume, la commanderie de Dijon fut atteinte par l’offensive lancée contre l’Ordre du Temple à l’automne 1307. Les sources utilisées par les historiens permettent d’identifier au moins le précepteur Étienne de Dijon parmi les frères interrogés. Ce lien documentaire est essentiel : il ancre directement la maison de Dijon dans la grande crise finale de l’Ordre, non comme simple possession anonyme, mais à travers un responsable local nommément connu.

On évitera cependant d’aller au-delà de ce que disent les textes. Les détails complets de la saisie locale, l’inventaire exact des biens au moment de l’arrestation ou la liste entière des frères présents à Dijon ne ressortent pas clairement des références consultées. Il est donc préférable de retenir un fait sûr : la maison existait encore comme commanderie templière au début du XIVe siècle, avec un précepteur identifié, et elle fut touchée par la procédure générale engagée contre l’Ordre.

Après la suppression du Temple

Après la suppression de l’Ordre du Temple, les biens dijonnais passèrent aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, comme ailleurs en Occident latin. Les traditions érudites locales et les répertoires d’archives signalent la continuité du site sous administration hospitalière et l’usage persistant du nom de Petit-Temple. La mémoire du lieu s’est ainsi conservée moins par les élévations visibles que par les fonds documentaires, les désignations anciennes et le reclassement des possessions dans l’organisation hospitalière.

Il faut toutefois noter qu’une part de la tradition ancienne a parfois mêlé commanderie templière, commanderie hospitalière de la Madeleine et autres possessions voisines. Les historiens doivent donc démêler les états successifs du lieu. Ce qui paraît assuré, c’est la survivance patrimoniale des biens dans les fonds de la commanderie hospitalière et la transmission d’archives substantielles aux dépôts de la Côte-d’Or.

Ce que l’on peut retenir aujourd’hui

La commanderie templière de Dijon est donc une implantation bien réelle de la Bourgogne médiévale, attestée par des actes originaux et par des éditions savantes. Elle est connue sous le nom de Maison du Petit-Temple, active au moins dès la fin du XIIe siècle, insérée dans le tissu urbain dijonnais et à la tête d’intérêts ruraux dans plusieurs localités proches. Ses archives montrent des accords avec Saint-Étienne et Saint-Bénigne, des droits sur un moulin à Crimolois, des biens à Longvic et Échirey, ainsi que des droits de pâture à Avosnes.

Le lieu offre aussi un rare point de contact direct avec le procès du Temple par la figure du précepteur Étienne de Dijon. Pour autant, beaucoup d’aspects matériels demeurent mal connus, notamment l’aspect exact des bâtiments et l’étendue précise du clos templier dans la ville. L’histoire de cette commanderie est donc à la fois ferme dans ses grandes lignes documentaires et ouverte dans ses détails topographiques ou archéologiques.

En cela, Dijon représente bien ce que furent nombre de maisons du Temple en France : moins des forteresses légendaires que des établissements religieux, domaniaux et administratifs, pleinement insérés dans la société de leur temps, et dont la trace la plus sûre demeure aujourd’hui dans les chartes, les accords, les procédures et les archives seigneuriales.

Poursuivre l’exploration des territoires templiers

Sceau de l’Ordre du Temple