Les Templiers dans le département de la Marne
La présence du Temple dans l’actuel département de la Marne ne se limite pas aux seules maisons de Reims et d’Épernay. La documentation conservée atteste au contraire plusieurs implantations, de nature inégale, allant de la commanderie ou maison du Temple à des domaines, droits seigneuriaux, terres, vignes, maisons, granges et revenus répartis dans diverses localités champenoises.
Il faut donc distinguer avec soin les établissements principaux des possessions qui en dépendaient. Tous les lieux mentionnés pour la Marne ne correspondent pas à une commanderie autonome, mais ils témoignent bien d’un enracinement templier réel dans le département.
Les principales implantations templières dans la Marne
Trois pôles ressortent nettement de la documentation départementale : Barbonne, Épernay et Reims.
Barbonne apparaît comme une ancienne maison du Temple importante. Les Templiers y possédaient déjà des biens au XIIe siècle. Une confirmation de 1143 mentionne notamment des dîmes à Barbonne. Une autre opération, confirmée en 1164, concerne une terre située dans ce lieu. La tradition documentaire présente ensuite Barbonne comme une maison établie sur un domaine comprenant une ferme, une chapelle et des terres assez étendues. Cette maison paraît avoir compté parmi les établissements notables de la région.
Épernay correspond moins à une grande commanderie monumentale clairement décrite qu’à un ensemble de biens et de droits solidement attestés. Les Templiers y détenaient des terres, des prés, des maisons, des jardins, des granges, ainsi que des vignes dans les environs. La documentation montre surtout un patrimoine tourné vers l’économie locale, en particulier les revenus fonciers et viticoles.
Reims relève d’un cadre différent, celui d’une grande ville ecclésiastique. La maison du Temple de Reims est bien attestée et commandait des biens dans la ville et dans sa proche campagne. Elle exerçait aussi une influence sur plusieurs dépendances et possessions du pays rémois.
Une présence plus large que les seules commanderies
La documentation interne montre que le Temple possédait aussi des droits ou des biens dans d’autres lieux de la Marne. Il ne faut pas les transformer automatiquement en commanderies, mais leur existence interdit de réduire la présence templière marnaise à deux établissements seulement.
- Avize : des droits du Temple y sont attestés en 1281, puis des propriétés sont confirmées en 1294 à la commanderie de Maucourt.
- Bettancourt-la-Longue : la commanderie de Maucourt y exerçait des droits seigneuriaux.
- Blacy : la commanderie du Temple y exerçait des droits dès 1216.
- Bouy : des propriétés templières y sont signalées dès 1210.
- Fismes : les Templiers y possédaient des biens dans la première moitié du XIIIe siècle.
- Ludes, au lieu de Saint-Jean de Ludes : les Templiers de Reims y avaient des biens et présentaient à la cure.
- Hermonville : la maison de Reims y avait des vignes et une maison, connues par un accord du XIIIe siècle.
À cela s’ajoutent les dépendances de Barbonne, dont la documentation rattache plusieurs membres : la Forestière, Baudement et Queudes. Ces lieux relèvent du temporel de Barbonne et montrent que cette maison s’inscrivait dans un réseau de dépendances rurales.
Épernay et son domaine
À Épernay, les actes conservés permettent de suivre plusieurs étapes de constitution du patrimoine. Vers 1150, une donation de terres et revenus faite par Marc de Pleurs et Hugues d’Épernay reçoit l’approbation de l’évêque Barthélemy. En 1190, une rente de soixante sous est cédée aux Templiers sur la halle aux toiles d’Épernay. En 1281, cinq muids de vin à percevoir chaque année à Avize sont acquis au profit du Temple d’Épernay. En 1295, un accord intervient avec l’abbé de Saint-Martin d’Épernay au sujet des dîmes de terres situées à Épernay, Chantereine et La Neuville.
Ces éléments montrent une implantation économiquement structurée, fondée sur la terre, les revenus urbains, les dîmes et surtout la vigne. Épernay n’apparaît donc pas comme une simple mention isolée, mais comme un domaine bien inséré dans l’économie champenoise.
La documentation mentionne aussi, au faubourg Saint-Laurent, un établissement lié à la léproserie, desservi anciennement par les Templiers puis par les Hospitaliers. Ce point doit être manié avec prudence : il atteste un lien templier avec ce secteur, sans suffire à lui seul à définir toute l’implantation d’Épernay.
Reims et ses dépendances
La maison du Temple de Reims est attestée dans un environnement urbain et ecclésiastique de premier plan. Elle ne se limitait pas à un simple enclos urbain, puisqu’elle administrait également des biens hors de la ville. Un accord de 1260 avec l’abbaye de Saint-Thierry mentionne ainsi les vignes et la maison des Templiers à Hermonville, en lien avec le précepteur des maisons de Reims et de Mellant.
La documentation signale encore des biens dans le pays rémois, notamment à Berméricourt, où la maison du Temple possédait une maison, un pressoir et quelques vignes, ainsi que des bois acquis au XIIIe siècle. À Ludes, les Templiers de Reims détenaient des biens et exerçaient le droit de présentation à la cure. Ces mentions confirment l’existence d’un réseau de possessions organisé autour de la maison rémoise.
La toponymie urbaine de Reims a conservé le souvenir de cette implantation, ce qui concorde avec l’existence ancienne d’une maison du Temple dans la ville.
Barbonne, une maison ancienne et importante
Le cas de Barbonne mérite une place centrale dans l’histoire templière de la Marne. La documentation la présente comme une ancienne commanderie, issue d’un premier noyau foncier qui fut d’abord une grange ou ferme, avant l’affermissement d’une véritable maison du Temple. Les Templiers y sont attestés très tôt, avec des dîmes confirmées en 1143 et des acquisitions de terres au milieu du XIIe siècle.
Le domaine comprenait une maison à usage de ferme dans un vaste enclos, accompagnée d’une chapelle dédiée à saint Jean et de terres nombreuses. La tradition documentaire indique également que Barbonne possédait plusieurs membres, ce qui confirme l’importance régionale de cette maison.
Au moment de la fin de l’ordre, Barbonne paraît encore figurer parmi les établissements actifs du Temple. Des frères portant le nom de Barbonne sont connus dans la documentation du procès, et la maison semble avoir conservé un rôle administratif réel à la veille de la suppression.
Nature du patrimoine templier marnais
Dans la Marne, le patrimoine du Temple était essentiellement foncier et seigneurial. Il comprenait des terres, des dîmes, des vignes, des maisons, des granges, des prés, parfois des moulins, ainsi que des droits et revenus réguliers. Cette économie correspond bien au profil d’une Champagne médiévale où les ressources agricoles, viticoles et para-urbaines jouaient un rôle majeur.
Il serait donc réducteur de ne voir dans la présence templière marnaise que quelques bâtiments conventuels. Le Temple y apparaît surtout comme une puissance de gestion et de mise en valeur, appuyée sur des maisons principales et un ensemble de dépendances ou de possessions dispersées.
Après la suppression de l’ordre
Comme ailleurs dans le royaume, les biens du Temple passèrent ensuite aux Hospitaliers. Cette transmission explique en partie la conservation du souvenir et de la structure de plusieurs établissements marnais. Dans certains lieux, la continuité hospitalière a prolongé l’usage religieux ou domanial des anciennes possessions du Temple.
Ce que l’on peut retenir pour la Marne
La page ancienne était trop restrictive en ramenant la Marne aux seules commanderies d’Épernay et de Reims. Les documents internes montrent une réalité plus large, dans laquelle Barbonne occupe une place majeure, tandis que plusieurs autres localités conservent la trace de droits ou de biens templiers sans constituer pour autant des commanderies autonomes.
On peut donc affirmer qu’il exista dans la Marne un réseau templier diversifié, structuré autour de maisons importantes comme Barbonne, Reims et Épernay, et complété par des dépendances et possessions dans plusieurs villages du département.
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