Commanderie templière des Andelys

La commanderie templière des Andelys désigne, dans l’état actuel de la documentation, l’établissement du Temple connu au Moyen Âge sous le nom de Bourgoult, près des Andelys, dans l’actuelle Normandie. Les sources anciennes situent en effet cette maison sur la paroisse d’Harquency, à une lieue environ des Andelys. Le dossier est relativement solide pour l’origine foncière du site, grâce aux recueils d’actes signalés par Eugène Mannier et aux traditions archivistiques conservées ensuite par l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem.
Il convient toutefois de rester exact sur les mots. Le nom public moderne « des Andelys » sert surtout de repère géographique. Les textes médiévaux et modernes identifient la maison comme la maison du Temple de Bourgoult, puis comme la commanderie de Bourgoult. C’est donc sous ce nom que se laissent suivre son implantation, ses accroissements et son devenir.
Origine de la maison du Temple de Bourgoult
Le point de départ le plus net est une donation faite par Robert Crespin, seigneur d’Harquency, en 1219. D’après le récit de Mannier, fondé sur les titres anciens de la commanderie, il donna aux frères du Temple soixante acres de terre prises dans son bois, dans la paroisse d’Harquency, au bois de Bourgoult, avec des droits d’usage et de pâture, à l’exception de ses taillis. Le même acte ajoutait encore un homme, Pierre de Vesly, avec son tènement et une rente annuelle de dix sols. Cette donation correspond bien à une phase de défrichement et de mise en valeur, caractéristique de nombreuses maisons templières rurales du nord du royaume.
Une seconde donation importante intervient en avril 1225, lorsque Guillaume Crespin, neveu de Robert, concède aux mêmes frères vingt acres de terres boisées contiguës aux premières. Les Templiers reçoivent alors la faculté de défricher et de mettre en culture ces terres, selon des conditions précises rappelées par Mannier. Deux ans plus tard, en mars 1227, une charte du même Guillaume atteste déjà la maison du Temple de Bourgoult, ce qui montre que l’établissement était alors constitué et reconnu comme tel.
Cette chronologie est essentielle : elle montre que la commanderie ne procède pas d’une fondation urbaine aux Andelys mêmes, mais d’une installation rurale née de donations seigneuriales successives, dans le secteur d’Harquency, avant d’être identifiée par proximité avec la ville des Andelys.
Une commanderie rurale en pays des Andelys
La physionomie du lieu ressort assez bien des descriptions anciennes et des inventaires patrimoniaux. Bourgoult apparaît comme une maison rurale, organisée autour d’un domaine de culture et de droits seigneuriaux. Le modèle n’est pas celui d’un château fort, mais d’un établissement d’exploitation, de gestion et d’encadrement foncier. Dans les descriptions d’ensemble des commanderies normandes, ce type de maison comprend habituellement un logis, une chapelle, une cour, de vastes bâtiments agricoles et une grande grange.
Pour Bourgoult, la documentation postérieure confirme cette structure. L’Inventaire du patrimoine de la Région Normandie signale à Harquency, au lieu-dit Bourgoult, une ancienne commanderie avec cour, chapelle, colombier, grange et parties agricoles. Il précise que la commanderie fut fondée vers 1220, puis rattachée à l’ordre de Malte, et que les bâtiments conservés relèvent surtout des XVIIe et XVIIIe siècles, la chapelle étant dédiée à saint Jean dans son état connu plus tardif. Cela éclaire bien un point important : l’établissement médiéval existe assurément, mais les élévations visibles aujourd’hui ne sont pas, pour l’essentiel, celles du premier âge templier.
Donations, revenus et mise en valeur
Les premières chartes montrent une logique économique très nette. Les Templiers reçoivent d’abord du bois à défricher, puis des droits d’herbage et de panage. Le domaine se construit donc par conquête agricole sur l’espace boisé, dans une région où les seigneurs laïcs peuvent favoriser l’installation de l’Ordre pour des motifs à la fois spirituels, seigneuriaux et économiques.
Une autre indication, transmise par la tradition érudite issue des titres de Bourgoult, concerne la chapellenie de la maison. Une donation de juillet 1231, faite par une certaine Asseline, veuve de Richard le Clozier de Longueville, aurait assuré au service de la chapelle de Bourgoult un demi-muid de vin blanc annuel pris dans une vigne. L’information est cohérente avec l’existence d’une chapelle déjà en usage au début du XIIIe siècle, même si, comme souvent dans ce type de dossier, on dépend ici du travail de compilation des érudits du XIXe siècle plus que d’une édition diplomatique immédiatement accessible.
La commanderie possédait également des dépendances. Le dossier de Bourgoult est particulièrement clair sur ce point grâce à un terrier et dénombrement dressé entre 1774 et 1775, conservé aux Archives de l’Eure. Ce registre présente la commanderie de Bourgoult comme composée de quatre principaux membres et fiefs nobles : Bourgoult comme chef-lieu, Le Mesnil-sous-Verclives, Le Bois-Hiboult en la paroisse de Saint-Vincent-des-Bois, et Campigny près de Pont-Audemer. Ce terrier est tardif, mais il est précieux parce qu’il conserve l’architecture administrative d’un ensemble foncier hérité du Moyen Âge.
Rattachement et place de Bourgoult
Les documents disponibles invitent à considérer Bourgoult comme une véritable commanderie, et non comme une simple grange isolée. Le Livre vert de l’Hôpital et les répertoires modernes des maisons templières en Normandie la rangent parmi les chefs-lieux de commanderie. Mannier, de son côté, lui consacre une notice autonome et énumère ses membres. Le terrier du XVIIIe siècle emploie explicitement le mot de chef-lieu pour Bourgoult.
La prudence reste néanmoins nécessaire sur le détail de son rattachement hiérarchique au temps strictement templier. Les sources ici consultées permettent d’affirmer la qualité de commanderie et l’existence de dépendances, mais elles ne donnent pas de manière assez nette, pour le XIIIe siècle, un parent administratif supérieur qu’il faudrait nommer sans réserve. Mieux vaut donc s’en tenir à ce qui est assuré : Bourgoult est une maison templière devenue centre d’une petite circonscription domaniale locale.
Le procès des Templiers et la fin de l’Ordre
Comme toutes les maisons du Temple du royaume de France, la commanderie des Andelys, c’est-à-dire Bourgoult, fut atteinte par la crise ouverte par l’ordre d’arrestation du roi Philippe le Bel. Le 13 octobre 1307, les Templiers furent arrêtés dans l’ensemble du royaume, avant la suppression de l’Ordre. Pour Bourgoult, les recherches immédiatement disponibles ne livrent pas, avec un degré suffisant de certitude, le nom d’un frère de la maison impliqué nommément dans les interrogatoires édités par Michelet ou dans les pièces les plus connues du procès. En l’absence d’attestation ferme, il vaut mieux ne pas forcer le dossier.
En revanche, le devenir institutionnel général est certain. Après la dissolution de l’Ordre du Temple, les biens templiers furent attribués à l’ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem par la bulle Ad providam du 2 mai 1312. Bourgoult passa donc, comme les autres maisons du Temple en France, sous administration hospitalière, avant d’entrer plus tard dans l’histoire du grand prieuré de France.
De la maison du Temple à la commanderie hospitalière
Le passage à l’Hôpital n’effaça pas la consistance du domaine. Au contraire, les archives hospitalières et maltaises ont largement assuré la transmission de sa mémoire documentaire. Les titres conservés montrent que Bourgoult continua d’exister comme commanderie dotée de revenus, de droits et de dépendances. Le terrier de 1774-1775 en fournit une démonstration tardive mais très concrète : il détaille domaines fieffés et non fieffés, cens, rentes, droits seigneuriaux, pâturages, mouvances et reconnaissances dues à la commanderie.
Cette continuité explique aussi pourquoi les érudits modernes ont pu reconstituer avec une précision honorable les premières donations du XIIIe siècle. L’histoire de Bourgoult n’est pas seulement celle d’une fondation templière ; c’est aussi celle d’une longue survie administrative sous les Hospitaliers, puis sous l’ordre de Malte.
Patrimoine et vestiges
Le site de Bourgoult, à Harquency, conserve la mémoire matérielle de cette ancienne commanderie. L’Inventaire patrimonial décrit un ensemble comprenant chapelle, grange, colombier et bâtiments agricoles. Il faut cependant distinguer entre ancienneté du lieu et datation des bâtiments visibles. La fondation remonte bien au premier tiers du XIIIe siècle, mais l’état architectural conservé est en grande partie le produit de remaniements des époques moderne et peut-être contemporaine.
Autrement dit, le visiteur n’a pas devant lui une commanderie templière intacte dans son état des années 1220-1307. Il se trouve sur un site dont la trame historique est médiévale, mais dont les formes bâties les mieux lisibles relèvent surtout des XVIIe et XVIIIe siècles. Cette distinction est capitale pour éviter les confusions fréquentes entre origine templière d’un domaine et conservation effective des constructions du Temple.
Événements marquants
- 1219 : donation fondatrice de Robert Crespin, seigneur d’Harquency, aux frères du Temple.
- 1225 : nouvelle donation de Guillaume Crespin, augmentant le terroir boisé exploitable par la maison.
- 1227 : mention explicite de la maison du Temple de Bourgoult dans une charte.
- 1231 : donation liée au service de la chapelle de Bourgoult, selon la tradition érudite tirée des titres anciens.
- 1307 : arrestation des Templiers dans le royaume de France ; Bourgoult est concernée comme maison de l’Ordre.
- 1312 : transfert des biens du Temple à l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem.
- 1774-1775 : rédaction d’un terrier détaillé de la commanderie de Bourgoult et de ses membres.
Ce que l’on peut affirmer aujourd’hui
La commanderie templière des Andelys correspond historiquement à Bourgoult, sur la paroisse d’Harquency, dans l’environnement des Andelys. Son existence est bien appuyée par un faisceau de sources concordantes : notices de Mannier, mentions du Livre vert, traditions archivistiques hospitalières et inventaires patrimoniaux. Le noyau certain du dossier est constitué par les donations de 1219, 1225 et la mention de 1227, qui montrent la formation rapide d’une maison du Temple sur des terres boisées progressivement mises en culture.
Le reste demande des nuances. Il est légitime de parler d’une commanderie, d’un domaine rural important, d’une chapelle et de dépendances. Il est en revanche préférable de demeurer prudent lorsqu’il s’agit d’identifier des frères précis de la maison au procès de 1307-1312, ou de restituer sans preuve directe le détail complet de son organisation au temps templier. Sur ce point, la rigueur historique impose de préférer le certain au séduisant.
Ainsi comprise, la commanderie des Andelys occupe une place intéressante dans l’histoire templière normande : non pas une grande maison urbaine, mais une implantation rurale solidement documentée, née de donations seigneuriales, développée par le défrichement, puis durablement intégrée au patrimoine hospitalier.
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