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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Commanderie templière de Baugy

Chapelle du Temple de Baugy

Repères territoriaux liés

Le site de Baugy, sur l’actuelle commune de Planquery, correspond à une implantation templière ancienne du diocèse de Bayeux. La documentation conservée ne permet pas de reconstituer pas à pas toute son histoire institutionnelle, mais elle éclaire assez nettement la réalité matérielle du lieu : une maison pourvue d’une chapelle, établie sur un domaine rural consistant, enrichie dès le XII siècle par des donations seigneuriales et encore en pleine activité agricole au moment des saisies de 1307.

Origine de l’établissement

La fondation de Baugy est placée en 1148 ou 1149. Elle est associée aux libéralités de Roger Bacon, seigneur du Molay, et de son entourage. Le dossier est d’autant plus intéressant qu’il ne présente pas seulement une création abstraite de commanderie : l’acte de donation laisse entendre qu’une maison du Temple dotée d’une chapelle existait déjà sur place au moment où les dons furent confirmés et amplifiés. Il convient donc de voir dans les années 1148-1149 moins un point de départ absolu qu’une phase de consolidation décisive.

Cette première dotation donna à Baugy sa base foncière. Roger Bacon remit au Temple l’« aumône » de Baugy, composée de terres et de bois situés entre Balleroy et Planquery. Il y ajouta un moulin et une part de vivier. La charte transmise par la tradition érudite précise encore plusieurs limites ou repères locaux : la terre placée au-dessus du chemin allant de Balleroy à Planquery, des parcelles comprises entre un bois et la rivière de Rihous, le bois de Baugy jusqu’au Petit-Rihous et jusqu’à la voie de Bayeux, ainsi qu’une terre de lande. Ces indications montrent que l’assise de la maison fut pensée d’emblée comme un ensemble d’exploitation cohérent, articulant cultures, bois, eau et équipements utiles.

Donations et accroissement du temporel

Autour de Roger Bacon, plusieurs parents, vassaux et chevaliers contribuèrent à renforcer la maison. Guillaume, son frère, abandonna au Temple une terre à Briquessard. La documentation mentionne également une masure à Molay, tenue franche de charges, avec des droits de passage pour les porcs. S’y ajoutait surtout l’église de Saon avec ses revenus, élément de valeur beaucoup plus large qu’un simple bien foncier, puisqu’il engageait des perceptions régulières.

Les donations secondaires complètent bien l’image de la formation du domaine. Jean de Magnavilla ou de Magneville donna trois vergées de terre. Mathilde, mère de Roger Bacon, concéda une rente annuelle d’un setier de froment à prendre sur un moulin. Hugues de Brolio ou du Breuil abandonna un setier d’orge de rente sur le moulin de Saon. Henri de Vaubadon remit deux acres de terre à Planquery. D’autres concessions de terres sont signalées sans détail complet, ce qui suffit à montrer que Baugy ne dépendit pas d’un seul acte isolé mais d’une série d’apports seigneuriaux convergents.

Au début du XIII siècle, la croissance n’était pas encore close. Luce d’Aunay, dame de Balleroy, ajouta quarante acres aux terres du domaine. En revanche, il est expressément indiqué que les générosités de la noblesse envers Baugy avaient cessé avant 1250. Ce point compte pour l’histoire du lieu : il suggère qu’après une forte phase d’expansion initiale, le patrimoine entra dans un temps de stabilisation où l’enjeu principal n’était plus tant d’obtenir de nouvelles terres que de gérer, exploiter et défendre l’acquis.

Une exploitation rurale structurée

Les biens réunis à Baugy dessinent le profil d’une maison largement tournée vers l’économie agricole et pastorale. La présence conjointe de terres labourables, de bois, d’une lande, d’un moulin, d’un vivier, d’un étang et de droits liés à d’autres localités indique une exploitation diversifiée. L’existence de passages réservés pour les porcs vers la masure du Molay rappelle l’importance concrète des parcours et de l’usage des ressources forestières ou marginales.

L’inventaire dressé lors de l’arrestation des Templiers en 1307 donne à cette économie une précision rare. Il y est indiqué que, cette année-là, les terres de Baugy avaient été cultivées sur une superficie de 77 acres. Le cheptel recensé y apparaît très important : 26 chevaux, 30 bovins, 280 moutons et 108 porcs. Une version plus détaillée du dénombrement distingue notamment 14 vaches à lait, 5 génisses de plus d’un an, 1 bouvillon, 7 veaux d’un an, 2 grands bœufs, 1 petit veau, 3 aumailles, 100 moutons, 180 brebis ou agneaux, 98 porcs ou truies, 1 truie avec 7 porcs de lait, 1 porc de plus d’un an, 8 juments de trait, 8 poulains de plus d’un an, 4 poulains de l’année, le cheval du commandeur, 1 roucin et 4 roucins pour la charrette.

Ce relevé fait apparaître une exploitation d’une belle ampleur, où l’élevage occupait une place essentielle. Les chevaux de trait, les roucins et la charrette renvoient aux travaux, aux transports et au fonctionnement quotidien d’un établissement seigneurial. Les bovins servaient à la fois à la reproduction, à la traction et à la production laitière. Le troupeau ovin, très abondant, pesait lourd dans l’économie de la laine et de la viande, tandis que les porcs traduisaient l’exploitation des ressources de parcours et de glandée. L’inventaire mentionne encore 16 tonneaux de vin dans les caves, signe d’un stockage non négligeable.

La chapelle et les bâtiments

La nature documentaire retenue pour Baugy est celle d’une chapelle du Temple, et c’est bien l’édifice religieux qui donne aujourd’hui au dossier son relief le plus concret. Les textes anciens décrivent une chapelle alors encore debout, mais transformée en habitation et altérée à l’intérieur. Malgré ces remaniements, plusieurs traits architecturaux étaient jugés remarquables.

Le bâtiment était décrit comme composé de cinq travées. De longues fenêtres ogivales s’ouvraient dans ces travées ; sur le côté nord, l’une d’elles avait disparu à la suite d’une reprise du mur, de sorte que quatre seulement restaient visibles dans l’état observé. Le côté sud paraissait davantage modifié par l’installation d’ouvertures plus récentes. À l’ouest se trouvait une porte considérée comme particulièrement caractéristique du XIII siècle : son archivolte reposait sur deux colonnettes à chapiteaux de cette époque, et le tympan portait un Agneau mystique encadré de deux rosaces. Il subsistait aussi une partie des voûtes du côté occidental, avec des arceaux en pierre de taille et des rosaces aux points de jonction.

Ces observations ne suffisent pas à dater toute l’histoire du site, mais elles montrent que l’édifice conservé ou observable dans son dernier état médiéval relevait, au moins pour une part notable, d’une campagne de construction ou de reprise au XIII siècle. Elles confirment aussi que la chapelle n’était pas un simple appendice, mais un élément monumental de la maison de Baugy.

Au nord, un étang baignait les murs de l’établissement. Au sud, les bâtiments de ferme se développaient à proximité de la chapelle, même si les descriptions anciennes les jugeaient renouvelés et peu parlants pour l’archéologie médiévale. Le rapport entre chapelle, eau et espaces d’exploitation éclaire bien la physionomie d’ensemble du site.

Personnes et seigneurs liés à Baugy

Le nom de Roger Bacon domine l’origine de la maison. Sa mère Mathilde figure également parmi les bienfaitrices. Parmi les autres personnes expressément liées aux donations ou aux confirmations apparaissent Geoffroy de Malherbe, Jean de Magneville, Henri de Vaubadon et Guillaume Louvel. Tous n’interviennent pas avec le même degré de précision, mais leur réunion dans la mémoire du lieu montre que Baugy s’insérait dans un réseau de petites et moyennes seigneuries voisines.

La documentation postérieure conserve aussi le souvenir d’un conflit sur les franchises de la maison. Lorsque les Hospitaliers furent entrés en possession de Baugy, un descendant de Roger Bacon, nommé Raoul Bacon, seigneur du Molay, voulut imposer à l’établissement certaines sujétions qu’il prétendait dues par les Templiers auparavant. Il soutenait notamment qu’il avait, avec son fils aîné, un droit personnel d’accès à la maison de Baugy pour s’y faire saigner lorsque le besoin s’en présentait. Le détail est singulier, mais il est révélateur : il montre que plusieurs générations après la fondation, les rapports entre la seigneurie fondatrice et la maison religieuse restaient assez vivants pour nourrir des prétentions d’usage ou d’honneur.

1307 et la fin de la période templière

Baugy apparaît avec netteté au moment des arrestations d’octobre 1307. L’inventaire dressé à cette occasion est capital pour l’histoire locale, car il livre moins une image symbolique de l’Ordre qu’un état matériel très précis : cultures en cours, composition du cheptel, moyens de traction et réserves conservées sur place. Grâce à ce document, Baugy se laisse saisir comme une exploitation pleinement active au début du XIV siècle, peu avant la disparition du Temple.

La documentation fournie ici ne permet pas d’aller beaucoup plus loin sur le personnel religieux présent à Baugy à cette date, en dehors de la mention du cheval du commandeur dans l’inventaire détaillé. En revanche, elle suffit à établir le rang réel de la maison dans l’économie templière normande.

Après 1312

Après la suppression de l’Ordre du Temple, Baugy passa à l’Hôpital, plus tard désigné dans les textes modernes comme ordre de Malte. Le lieu resta assez important pour figurer encore dans l’enquête de 1373 pour le diocèse de Bayeux. Cette continuité confirme que l’établissement ne fut pas un site éphémère, mais un centre de gestion durable, repris dans l’organisation hospitalière.

Plus tard, Baugy bénéficia de réunions administratives. Courval fut annexé à Baugy. Cette absorption ne doit pas être reportée sans preuve sur l’époque templière, mais elle montre que la maison de Baugy conserva, dans le temps long, une capacité d’encadrement supérieure à celle de certains établissements voisins.

Toponymie et traces du site

Le nom de Baugy s’est maintenu comme repère historique local. La chapelle, même altérée par sa transformation en usage d’habitation, a longtemps porté la mémoire la plus visible de l’ancienne maison du Temple. Les descriptions anciennes montrent qu’il ne s’agissait pas d’un simple souvenir toponymique, mais d’un ensemble où subsistaient encore un édifice médiéval, un étang au nord et des bâtiments agricoles au sud.

Pour Baugy, l’histoire matérielle est donc plus assurée que bien des reconstructions tardives. On peut tenir pour ferme l’existence d’une maison templière ancienne à Planquery, dotée d’une chapelle, fondée ou consolidée par les donations de 1148-1149, enrichie par plusieurs libéralités jusque dans la première moitié du XIII siècle, et encore exploitée comme un domaine agro-pastoral de premier ordre en 1307, avant son passage aux Hospitaliers.

Situer cette implantation

Croix des Templiers – Commanderie templière de Baugy