Domaine du Temple de Floure
Repères territoriaux liés
À Floure, dans l’actuel département de l’Aude, les biens du Temple apparaissent dans la seconde moitié du XIIe siècle au sein du réseau foncier rattaché aux frères de Saint-Jean de Carrière. La documentation conservée ne décrit pas ici une commanderie autonome, mais un ensemble de possessions dispersées dans le terroir et dans la villa de Floure. Ces biens relevaient surtout de la terre cultivée, de la vigne, de droits sur la récolte et de ce que les actes appellent des honneurs, c’est-à-dire des tenures et droits utiles détenus sur place.
Attestations du XIIe siècle
Trois actes, datés entre 1167 et 1169, permettent de saisir la formation de ce domaine. Ils montrent une implantation déjà réelle, fondée non sur une seule grande donation, mais sur des apports successifs de biens fonciers, de revenus viticoles et même de dépendants.
Le 29 juillet 1167, Roger de Floure et ses frères remettent à la milice du Temple un habitant de Floure nommé Guilhem le Pélissier, avec son épouse, leur descendance, leur honneur et leurs biens meubles. L’acte est important parce qu’il ne porte pas seulement sur des terres : il révèle aussi la transmission au Temple d’une dépendance humaine et patrimoniale complète, comprenant à la fois la famille concernée, ses droits et ses avoirs mobiliers. À cette date, le Temple reçoit donc à Floure non seulement du sol ou des revenus, mais aussi un élément de mainmise seigneuriale.
Le 9 décembre 1168 selon le style moderne, un acte attribué à Arnaud Bérenger donne aux frères du Temple de Saint-Jean de Carrière un champ, une pièce de vigne et sa part dans les quartes de « Sodora », le tout situé dans le terroir de Floure. La mention des frères de Saint-Jean de Carrière éclaire l’encadrement institutionnel de ces possessions : le domaine de Floure ne se présente pas isolément, mais en rapport direct avec cet établissement templier voisin. Le bien transmis associe culture céréalière, culture de vigne et revenu en nature ou en quote-part sur la vendange. Le dossier précise en outre que la date de l’acte semble avoir été rédigée selon un calcul pisan, ce qui explique le décalage de datation.
Le 20 octobre 1169, Guilhem Bernard de Barbaira cède aux frères du Temple quatre setiers de bon vin pur à prendre sur la portion de dîme qu’il percevait dans la villa de Floure. Si cette perception ne pouvait se faire sur la dîme elle-même, les frères étaient autorisés à la lever sur ses quartes de vendange. Cette clause montre un revenu précisément organisé, assis sur la production viticole locale et garanti par un mécanisme de report. Le Temple ne reçoit donc pas seulement une quantité de vin, mais une sûreté de perception sur deux assiettes possibles : la dîme ou, à défaut, les quartes de vendange.
Nature des biens détenus
Les éléments explicitement attestés à Floure appartiennent à plusieurs catégories. On y trouve d’abord des terres labourables, puisqu’un champ est mentionné dans la donation d’Arnaud Bérenger. La vigne tient aussi une place nette, à travers la pièce de vigne donnée en 1168 et surtout par l’importance des revenus de vin et de vendange en 1169. Enfin, les actes parlent d’honneurs, terme qui indique des droits ou tenures d’une certaine consistance, sans que le détail en soit ici développé.
La place du vignoble est particulièrement remarquable. À Floure, les revenus accordés au Temple ne se limitent pas à la possession directe de parcelles : ils incluent des prélèvements sur la production, qu’il s’agisse de quartes ou d’une part de dîme convertible en vin. Cela suggère une économie locale où la culture de la vigne comptait assez pour fournir aux frères une ressource identifiée, mesurable et transmissible par acte.
Le toponyme de « Sodora », conservé dans la donation de 1168, désigne un secteur ou un bien particulier dont le Temple reçoit une part des quartes. La documentation fournie ne permet pas d’en préciser davantage la nature ni l’emplacement exact, mais il s’agit bien d’un repère interne au terroir de Floure, utile pour comprendre la granularité des possessions templières : les droits s’y répartissaient jusque sur des unités de revenu très localisées.
Un domaine lié à Saint-Jean de Carrière
La donation de 1168 est adressée aux frères du Temple de Saint-Jean de Carrière. Ce point est décisif pour interpréter Floure. Rien, dans les actes conservés ici, n’autorise à faire de Floure une maison indépendante. Les biens de Floure doivent plutôt être compris comme un domaine ou un groupe de possessions intégrés à une structure templière plus large, administrée depuis Saint-Jean de Carrière, lui-même donné au Temple en 1153.
Cette dépendance fonctionnelle explique la physionomie documentaire du lieu. Les actes ne décrivent ni bâtiment conventuel, ni chapelle templière propre à Floure, ni série de commandeurs attachés au site. En revanche, ils montrent très clairement une stratégie d’accumulation foncière et de captation de revenus dans un terroir voisin, grâce à des donations successives consenties par des hommes du pays ou des seigneurs des alentours.
Donateurs et personnes nommées
Les textes conservent plusieurs noms directement associés au domaine de Floure. Roger de Floure et ses frères figurent comme donateurs en 1167. Leur intervention atteste l’existence d’un lignage ou groupe familial local capable d’aliéner au profit du Temple des personnes dépendantes et les biens qui leur étaient attachés.
Guilhem le Pélissier, désigné par son métier ou surnom, est l’homme donné au Temple avec sa femme et sa descendance. C’est l’un des rares individus de condition non seigneuriale à apparaître si concrètement dans ce petit dossier. Son cas rappelle que l’expansion templière reposait aussi sur l’acquisition de dépendances humaines, et non uniquement sur des terres nues.
Arnaud Bérenger intervient en 1168 pour céder une combinaison de biens ruraux et de droits de vendange dans le terroir de Floure. L’année suivante, Guilhem Bernard de Barbaira complète cet ensemble par un revenu en vin pris sur la dîme de la villa. La présence d’un homme de Barbaira dans cette série d’actes confirme que les intérêts seigneuriaux et ecclésiaux autour de Floure débordaient le seul cadre villageois.
Formation d’un patrimoine dispersé
Les actes conservés donnent l’image d’un patrimoine constitué par agrégation. Rien n’indique une fondation unique ou la remise d’un bloc domanial complet. Le Temple reçoit au contraire, en peu d’années, des éléments de nature différente : une famille dépendante avec ses biens, une parcelle de champ, une vigne, une part de quartes, puis un revenu fixe de quatre setiers de vin garanti par la dîme ou la vendange.
Cette progression éclaire la manière dont les frères construisaient leur assise locale. À Floure, leur présence repose sur une combinaison de droits seigneuriaux, de biens agricoles et de revenus prélevés sur la production. Le domaine ne se laisse donc pas réduire à une seule exploitation ; il correspond plutôt à un faisceau de possessions et de créances utiles dans le terroir.
Ce que l’on peut dire du devenir du domaine
La matière fournie ne livre pas, pour Floure même, d’acte postérieur à ces donations du XIIe siècle. Elle ne mentionne ni procès, ni vente, ni inventaire détaillé à la fin de l’Ordre du Temple. En revanche, comme les biens de Floure apparaissent insérés dans l’orbite de Saint-Jean de Carrière et du groupe de Douzens, il est probable qu’ils aient suivi le sort de cet ensemble lors du transfert des possessions templières aux Hospitaliers. Cette évolution générale est cohérente avec l’organisation régionale connue dans les notices voisines, mais elle n’est pas détaillée ici pour Floure par un acte particulier.
On doit donc rester mesuré : les documents fournis attestent solidement l’existence de biens templiers à Floure au XIIe siècle, mais ils ne décrivent pas directement les formes de leur administration après la suppression de l’Ordre, ni l’éventuelle persistance d’un centre d’exploitation sur place.
Topographie historique du bien
Les textes distinguent le terroir de Floure et la villa de Floure. Cette dualité est significative. Le terroir renvoie à l’espace agraire dans lequel se trouvent le champ, la vigne et les droits de quartes ; la villa, dans l’acte de 1169, sert de cadre à la perception de la dîme. Le domaine templier de Floure s’inscrivait donc à la fois dans la campagne exploitée et dans les circuits de prélèvement attachés à la communauté locale.
Faute d’indications plus précises, on ne peut localiser ni bâtiment templier spécifique, ni limite domaniale continue. La réalité historique la mieux assurée est celle d’un ensemble de possessions rurales et de revenus viticoles détenus à Floure par les frères du Temple dans les années 1160, en relation avec Saint-Jean de Carrière.
- 29 juillet 1167 : Roger de Floure et ses frères donnent au Temple Guilhem le Pélissier, sa femme, leur descendance, leur honneur et leurs biens meubles.
- 9 décembre 1168 (style moderne) : Arnaud Bérenger donne aux frères du Temple de Saint-Jean de Carrière un champ, une vigne et sa part des quartes de « Sodora » dans le terroir de Floure.
- 20 octobre 1169 : Guilhem Bernard de Barbaira cède quatre setiers de vin à prendre sur la dîme de la villa de Floure, avec report possible sur ses quartes de vendange.
En l’état des textes, Floure doit donc être regardé comme un domaine templier composé de terres, de vignes, d’honneurs et de revenus de vendange ou de dîme, formé au XIIe siècle par donations successives. La documentation permet d’en restituer la consistance économique, mais non d’y reconnaître avec certitude une maison autonome ni des vestiges précisément identifiés.
Situer cette implantation
