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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Maison du Temple de Drulhe ou Temple-sur-Lot

Maison du Temple de Drulhe

Repères territoriaux liés

La maison du Temple de Drulhe est attestée dès le XIIe siècle dans le Rouergue, dans le diocèse de Rodez. La documentation conservée la montre comme un établissement doté très tôt de droits étendus sur la ville même de Drulhe, puis enrichi par une série de donations portant sur des hommes, des mas et des fractions de terroirs ou de villages. Le dossier ne permet pas d’en faire artificiellement une grande commanderie régionale, mais il établit nettement l’existence d’une maison templière organisée, pourvue d’un précepteur, d’une chapelle, de revenus dîmaires et de droits seigneuriaux assez importants pour susciter des accords avec les habitants et, plus tard, des transactions avec les coseigneurs.

Origine et premières attestations

L’acte le plus ancien signalé pour Drulhe remonte à 1166. Cette année-là, Echer de Mirabel remit aux frères du Temple la ville de Drulhe avec l’ensemble des droits qu’il y détenait, aussi bien dans l’ordre spirituel que temporel. Une telle cession donne d’emblée la mesure de l’assise locale de la maison : il ne s’agit pas seulement d’un bien foncier isolé, mais d’un ensemble de prérogatives exercées sur le lieu.

La suite des mentions montre que cette implantation se maintint durablement. En 1229, Oalric de la Roque donna à l’ordre la personne de son frère Guillaume, dont il était le tuteur, ainsi que les droits attachés à celui-ci sur la ville de Drulhe. Cette formule, qui unit donation personnelle et transfert de droits, rappelle que la maison ne se développa pas seulement par achat ou exploitation agricole, mais aussi par agrégation progressive de parts de seigneurie et de dépendances humaines.

Biens et accroissement du domaine

Au milieu du XIIIe siècle, plusieurs donations précisent davantage la consistance du temporel de Drulhe. En 1254, Bertrand de Capdenac et son épouse Nayceline donnèrent au Temple de Drulhe les mas du Caire et du Cer. L’acte montre que la maison recevait des unités d’exploitation identifiées, probablement intégrées ensuite à son domaine utile et à ses revenus.

En 1260, Aimard de Peyrusse céda à son tour la moitié du village de Rocairol. La documentation ne décrit pas le détail des droits compris dans cette moitié de village, mais la mention elle-même est significative : les Templiers ne possédaient pas seulement des terres éparses, ils tenaient aussi des fractions de localités ou de terroirs plus vastes, avec les droits qui pouvaient s’y rattacher.

Ces acquisitions dessinent un domaine composite, formé autour de Drulhe même et accru par des biens nommés situés dans son environnement. Les textes fournis ne mentionnent ni moulin, ni four, ni grange dans les actes du XIIIe siècle pour définir juridiquement ce patrimoine; il faut donc s’en tenir à ce qui est explicitement attesté : la ville de Drulhe avec des droits spirituels et temporels, les mas du Caire et du Cer, et la moitié du village de Rocairol.

Droits seigneuriaux et revenus ecclésiastiques

Un accord passé en 1271 entre le commandeur et les habitants de Drulhe portait sur le règlement des droits du casuel et des dîmes. Ce point est capital pour comprendre la nature de l’établissement. Il indique d’une part que la maison percevait ou prétendait percevoir des revenus ecclésiastiques et parafiscaux liés à la vie religieuse locale; d’autre part, que ces prélèvements donnaient lieu à une négociation avec la communauté d’habitants.

Le casuel renvoie aux droits perçus à l’occasion de certains actes ou services religieux, tandis que les dîmes relevaient plus largement des prélèvements sur les productions. Sans extrapoler au-delà du texte, on peut voir dans cet accord la preuve d’une insertion étroite de la maison dans la vie seigneuriale et paroissiale de Drulhe. La cession de 1166, qui incluait les droits spirituels, trouve ici une traduction concrète plusieurs générations plus tard.

Précepteurs et responsables connus

La maison de Drulhe est l’une de celles pour lesquelles une série de commandeurs ou précepteurs a été conservée sur une assez longue durée. Dès 1166 apparaît un certain S. de Maleville. Vient ensuite, à partir de 1170, Elie de Montbrun. Pour l’année 1229 est cité Doat Garsie. Au milieu du XIIIe siècle se succèdent Willeim du Puy, attesté en 1253-1254, puis Bermond de Cordes en 1254-1255, Pierre de Lin en 1258-1259, et Gaillard de Pradines à partir de 1260.

La suite de la liste comprend Guillaume Aramond, attesté en 1265, Arnald de Calmont en 1270, Hugues de Santhés de 1273 à 1282, Hugues de Laborie entre 1286 et 1288, Bernard Arnaud en 1301, puis Guillaume Fabry en 1304. Cette continuité nominale, malgré les lacunes chronologiques habituelles, confirme le fonctionnement régulier de la maison sur plus d’un siècle.

Pour la toute fin de la période templière, un précepteur est connu avec plus de précision : frère Guigue de Roquetaillade, prêtre, est signalé comme précepteur de Drulhe en 1307. Le dossier montre aussi que la maison possédait une chapelle, puisque Drulhe est désignée comme domus Templi avec sa chapelle dans la tradition documentaire conservée. C’est également dans cette maison qu’aurait été reçu en 1293 un autre précepteur, celui de Laguiole, par Pons de Brozet, commandeur de Provence. Cette mention place Drulhe dans un réseau de circulation et de réception interne à l’ordre.

La maison au début du XIVe siècle

Au moment des procédures engagées contre l’ordre du Temple, Drulhe apparaît encore comme une maison active du diocèse de Rodez. Le témoignage relatif à frère Guigue de Roquetaillade, précepteur et prêtre, confirme l’existence institutionnelle de la maison à cette date tardive. Le texte transmis ne livre pas ici de description détaillée des bâtiments, mais il suffit à établir que Drulhe n’était pas un simple toponyme hérité : c’était bien une maison templière reconnue comme telle au début du XIVe siècle.

Devenir après la suppression de l’ordre

Les informations postérieures à la disparition du Temple sont peu nombreuses, mais elles montrent la persistance des droits seigneuriaux du lieu sous un autre cadre institutionnel. En 1510, une transaction fut conclue entre le commandeur, les autres coseigneurs de Drulhe et les habitants de la ville au sujet du guet et de la garde en temps de peste. Le document n’énonce pas directement la transmission de la maison aux Hospitaliers, mais la présence d’un commandeur après 1312 s’inscrit clairement dans la continuité des biens jadis tenus par le Temple.

Cette transaction du début du XVIe siècle révèle aussi que les anciennes possessions templières, devenues hospitalières, demeuraient engagées dans les obligations collectives de défense et de police locale. Le partage des charges de guet, dans un contexte de menace épidémique, montre un pouvoir seigneurial encore opérant, conjointement exercé avec d’autres coseigneurs.

Traces bâties et mémoire du site

Le dossier conservé associe à Drulhe plusieurs vestiges ou souvenirs matériels d’époque plus tardivement décrits. Hors les murs, au niveau du château, était signalée la ruine d’une grande grange dont le gros œuvre était tenu pour ancien et remontant à l’époque templière, bien qu’une réfection complète soit mentionnée au XVIIe siècle, en 1613. Cette grange possédait une charpente portée par cinq grands arcs de pierre, dont des traces subsistaient encore au moment de la description.

Un autre indice concerne un bâtiment désigné comme la maison Nozerand, près de la porte nord, dont l’appareil était rapproché de celui du château. Enfin, un compoix du XVIIe siècle mentionnait un pré confrontant un hôpital situé dans les faubourgs. L’interprétation proposée dans le dossier y voyait un établissement bâti à l’écart des habitations, peut-être avec des matériaux prélevés sur l’ancienne forteresse des Templiers. Cette hypothèse doit être reçue avec réserve : le texte atteste l’existence de l’hôpital dans les faubourgs et le rapprochement matériel avec l’ancienne forteresse, mais non une démonstration définitive sur l’origine de tous ses matériaux.

Ces éléments tardifs ne remplacent pas les actes médiévaux, mais ils prolongent la mémoire d’un ensemble seigneurial ancien, comprenant au moins une maison du Temple, une chapelle attestée au tournant du XIVe siècle, et probablement des bâtiments d’exploitation d’une certaine ampleur. Le double intitulé « Drulhe ou Temple-sur-Lot » conservé par la tradition documentaire rappelle enfin la persistance d’un souvenir local attaché au Temple, même si les actes médiévaux fournis désignent d’abord et avant tout la maison de Drulhe.

Situer cette implantation

Croix des Templiers – Maison du Temple de Drulhe ou Temple-sur-Lot