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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Maison du Temple de Laurade

Grange et maison du Temple de Laurade

Repères territoriaux liés

Laurade, dans l’actuelle commune de Saint-Étienne-du-Grès, relevait du réseau templier de la basse vallée du Rhône et plus précisément de l’orbite d’Arles. La documentation conservée y désigne l’établissement par une double qualification, grangia et domus, ce qui indique à la fois un centre d’exploitation et l’existence d’une maison templière proprement dite. Il ne s’agit donc pas seulement d’un terroir ou d’un simple bien foncier isolé : Laurade apparaît comme un point d’appui rural structuré, associé aux implantations de Tarascon, Lansac et de la plaine du Trébon.

Localisation historique

Le site de Laurade se situait dans le secteur de Tarascon, à une dizaine de kilomètres de cette ville, dans une zone où les Templiers avaient progressivement constitué un ensemble de biens de plaine. Les textes le rattachent à un groupe d’établissements comprenant Trébon, Laurade et Lansac. Cette géographie est importante : Laurade n’était pas un établissement isolé, mais l’un des points d’un maillage foncier et administratif contrôlé depuis Arles, puis organisé en lien étroit avec Tarascon.

Les mentions disponibles placent Laurade au sein d’un espace de mise en valeur rurale où les Templiers recherchaient des herbages, des terres et des droits d’usage. Le site est même présenté comme établi dans une villa, ce qui suggère un lieu de peuplement ou un territoire déjà identifié, et non une création ex nihilo.

Origine et premières attestations

Laurade est documenté par des actes où figurent les expressions grangia seu domus. Cette formulation montre que les frères y possédaient au moins une grange et une maison. Même si la maison n’apparaît explicitement qu’en 1263 dans la série des actes mentionnés, son existence est antérieure. En effet, un acte de janvier 1203 reconnaît au commandeur d’Arles une donation faite dix ans plus tôt à Tarascon et dont les confronts mentionnent déjà la maison du Temple. Cela reporte l’existence matérielle de l’établissement au plus tard aux années 1190.

La chronologie suggère donc une implantation précoce, dès le tournant des XIIe et XIIIe siècles, dans le cadre de l’expansion de la maison d’Arles vers la région tarasconnaise. Laurade complétait alors l’assise urbaine de Tarascon par un centre rural voisin, mieux adapté à l’exploitation des terres et à la gestion quotidienne des biens.

Laurade dans l’organisation templière locale

Le rôle d’Arles dans la mise en place des établissements templiers autour de Tarascon ressort nettement. Les dirigeants de la maison d’Arles interviennent dans les affaires de cette zone pendant toute l’existence de l’ensemble Tarascon-Laurade. Dès 1203, toutefois, la gestion de cette unité ne semble pas avoir été assurée depuis Tarascon même. Les éléments conservés indiquent plutôt qu’un commandeur de cette circonscription résidait à Laurade.

Cette situation fait de Laurade un lieu administratif effectif, sans pour autant autoriser à en faire une commanderie indépendante au même titre qu’un grand chef-lieu régional. Les textes décrivent plutôt un ensemble groupé, formé avec Tarascon puis complété par Lansac, demeurant étroitement dépendant d’Arles. Laurade y occupait une position charnière entre maison, grange et résidence de gestion.

Une indication prosopographique va dans le même sens : Pierre Bérenger, connu comme commandeur d’Arles à la fin du XIIe siècle, est aussi signalé comme commandeur de Laurade en 1196. Cette mention confirme qu’avant même 1203 le site avait déjà une consistance institutionnelle suffisante pour être associé à un responsable nommé.

Biens, exploitation et économie rurale

Laurade appartenait à une zone où les Templiers avaient réuni de nombreux herbages et des terres de plaine. Les biens du secteur furent agrégés au fil du temps avec ceux de Tarascon et de Lansac. L’ensemble était en rapport avec la plaine du Trébon, dont certaines possessions passèrent à Laurade. La maison d’Arles gérait ce domaine à partir du manse de Trébon, mais probablement aussi à partir de la petite maison de Lansac, qui exerçait une juridiction sur le Pré Baussenc ; Laurade participait à ce même dispositif territorial.

Les actes laissent entrevoir une économie essentiellement agraire. Les enquêteurs du début du XIVe siècle trouvèrent dans les maisons ou granges de ce secteur du matériel aratoire important. Il est indiqué qu’en 1309 on signalait encore des araires à Paulon et à Laurade. Cette mention, même brève, est précieuse : elle montre que Laurade restait alors un lieu d’exploitation effective, équipé pour le labour, et non un simple titre foncier conservé sur le papier.

La documentation évoque aussi la présence de quatre charrues dans les inventaires dressés dans les maisons ou granges du voisinage immédiat. Le détail n’est pas attribué de façon exclusive à Laurade, mais il confirme l’importance des moyens agricoles déployés dans cet ensemble de dépendances rurales relevant d’Arles et de ses satellites.

Donations, acquisitions et constitution du terroir

La formation du temporel de Laurade doit être replacée dans un mouvement plus large d’acquisitions dans la plaine du Trébon et aux abords de Tarascon. Dès 1203, on voit réapparaître une donation faite environ dix ans auparavant, dans un contexte où la maison du Temple sert déjà de repère foncier. Cela signifie que Laurade était suffisamment connu pour entrer dans les confronts d’un acte.

Par la suite, les biens de cette zone furent regroupés avec ceux de Tarascon afin de former une unité cohérente. L’implantation de Lansac renforça encore ce dispositif. La donation de la seigneurie de la villa de Lansac par Uc V des Baux, en novembre 1234, joua ici un rôle important : les biens acquis à Lansac furent associés à ceux de Laurade et de Tarascon. Laurade se trouve donc inséré dans une politique de concentration foncière où les Templiers ne se contentaient pas d’accumuler des parcelles dispersées, mais cherchaient à organiser un ensemble de gestion.

Dans cette partie de la Provence rhodanienne, les donations et acquisitions templières étaient souvent enchevêtrées entre Arles, Tarascon, Saint-Gilles et Laurade. Les textes insistent cependant sur le fait qu’il demeure possible de distinguer les patrimoines respectifs. Laurade n’est donc pas seulement une annexe indistincte : c’est un pôle identifiable dans une trame de possessions emboîtées.

Relations avec Tarascon, Lansac et Trébon

Laurade formait avec Tarascon un couple fonctionnel attesté dès le début du XIIIe siècle. Tarascon apportait l’ancrage urbain ; Laurade, à peu de distance, offrait un centre d’exploitation et vraisemblablement de résidence pour l’administration des biens ruraux. Ce binôme fut ensuite complété par Lansac, autre implantation de la plaine du Trébon.

Les textes signalent d’ailleurs que plusieurs maisons du Temple fonctionnaient en binôme, avec un site urbain d’un côté et un centre d’exploitation situé en marge de l’habitat ou franchement en campagne de l’autre. Laurade entre pleinement dans cette logique. Il est rapproché de Lansac, tandis que Tarascon lui fournit le complément urbain. Ce montage explique pourquoi l’unité locale a pu être qualifiée de commanderie tout en restant fortement subordonnée à Arles.

Le lien avec Trébon mérite aussi d’être noté. Le manse de Trébon, cité en 1246, appartenait à la même aire d’expansion templière. Certaines possessions de Trébon passèrent à Laurade, ce qui renforce l’idée d’un glissement ou d’une redistribution interne des biens au profit d’un centre jugé plus opérationnel dans le secteur.

Personnes connues

Le nom le plus directement lié à Laurade est celui de Pierre Bérenger, mentionné comme commandeur de Laurade en 1196. Il s’agit d’un indice important pour dater l’organisation du site. Laurade ne se réduit donc pas à une exploitation anonyme : le lieu était assez structuré pour apparaître dans la titulature d’un dignitaire templier.

Au-delà de ce cas, la documentation montre que les commandeurs d’Arles ont joué un rôle constant dans la constitution et la surveillance de l’ensemble Laurade-Tarascon-Lansac. Les actes ne permettent pas ici d’attribuer avec certitude à Laurade une série autonome de commandeurs distincts sur toute la durée, mais ils établissent clairement l’intervention continue des responsables arlésiens dans ce secteur.

Le site à la fin de l’ordre du Temple

Au moment des enquêtes ouvertes après l’arrestation des Templiers, Laurade existait encore comme lieu d’exploitation identifié. La mention d’araires en 1309 atteste une activité agricole toujours réelle. Le site figure ainsi parmi les points où l’on peut saisir concrètement la continuité du travail rural templier jusqu’aux dernières années de l’ordre.

Les documents fournis ne détaillent pas, pour Laurade seul, le transfert postérieur aux Hospitaliers ni l’état précis des bâtiments après 1312. On peut seulement constater qu’à la veille de cette disparition institutionnelle, Laurade faisait encore partie d’un ensemble pleinement exploité, articulé avec Tarascon, Lansac, Paulon et les possessions de la plaine du Trébon.

Toponymie et qualification du lieu

La documentation emploie de façon explicite pour Laurade les termes de maison et de grange. Cette double désignation est essentielle pour comprendre la nature de l’établissement. Elle interdit de le réduire à une simple terre, mais elle n’impose pas non plus d’y voir d’emblée une grande commanderie autonome. Laurade apparaît plutôt comme une maison rurale de premier rang local, dotée d’une fonction d’exploitation agricole et, à certains moments au moins, d’un rôle de direction pour l’ensemble voisin de Tarascon.

Dans l’état des textes disponibles, c’est cette définition nuancée qui rend le mieux compte de Laurade : un établissement templier de campagne, anciennement implanté, inséré dans la stratégie foncière de la maison d’Arles et au cœur du dispositif mis en place entre Tarascon, Lansac et la plaine du Trébon.

Situer cette implantation

Croix des Templiers – Maison du Temple de Laurade