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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Commanderie templière de Gap

Chapelle et maison du Temple de Gap

À Gap, la présence templière est attestée par l’existence conjointe d’une chapelle, d’une maison et de terres. La documentation disponible montre surtout un établissement inséré dans un ressort plus large, dont l’administration débordait largement la seule ville de Gap. Les commandeurs qui y sont signalés exerçaient en effet leur autorité sur des biens et dépendances répartis dans le Gapençais, l’Embrunais et le Briançonnais. Le dossier n’autorise pas une restitution précise des bâtiments, mais il permet de reconnaître à Gap un point d’appui réel de l’ordre du Temple dans les Alpes provençales au XIIIe siècle.

Attestation et cadre de l’implantation

Les textes conservés ne décrivent pas en détail la fondation de la maison de Gap, mais ils établissent nettement son existence au XIIIe siècle. L’établissement n’apparaît pas comme une possession isolée. Il relève d’un ensemble de maisons du Temple situées dans les diocèses de Gap et d’Embrun, qui furent, au moins pendant une partie de ce siècle, placées sous l’autorité d’un même commandeur.

Cette organisation explique que les actes emploient tantôt des formules renvoyant à Gap, tantôt à un commandement commun de Gap et Embrun. Il faut donc comprendre la maison de Gap non seulement comme un lieu matériel doté d’une chapelle et de terres, mais aussi comme un centre de gestion pour plusieurs dépendances alpines.

Biens et ressort administré

La maison du Temple de Gap commandait des possessions dispersées. Les documents signalent que ses responsables administraient les biens de Notre-Dame du Creux d’Embrun, ceux de la Madeleine de La Roche-des-Arnauds, ainsi que ceux de Moydans. Un autre état des lieux associe encore à ce ressort Tallard, Embrun, Briançon et La Roche-des-Arnauds.

Cette extension territoriale montre une gestion fondée sur des dépendances éparses plutôt que sur un domaine compact centré exclusivement sur Gap. Les textes ne détaillent pas, pour chacun de ces lieux, la consistance exacte des biens, mais ils établissent que le commandeur de Gap avait autorité sur un ensemble de possessions rurales et de revenus répartis dans plusieurs secteurs du haut pays provençal.

Actes et gestion du temporel

Un acte du 27 octobre 1277 éclaire directement l’administration de ce patrimoine. Le commandeur de Gap aliéna alors tous les biens du Briançonnais à Hugues Balte, en contrepartie d’une rente annuelle de 6 livres tournois. Cette opération révèle un pouvoir de disposition sur des biens éloignés de Gap même et confirme le rôle de la maison comme centre de gestion d’un temporel étendu.

Un autre document daté du 2 juillet 1279 montre le commandeur de Gap engagé dans un arbitrage portant sur des droits fonciers. La sentence fut rendue par Bertrand Nicolini et Amboise Ansellus, tous deux de Curban, entre Osilius, commandeur du Temple de Gap, et Guillaume de Pelleautier avec ses frères. Le différend concernait une vente faite à ces derniers, à la Sagne-Longue de Saint-André la Freissinouse, par Rélosius de la Roche. L’accord imposait le paiement à l’ordre du Temple d’un cens annuel de 8 sous, d’un fromage et de 9 deniers. Ce renseignement est précieux, car il montre concrètement le Temple de Gap percevant un revenu seigneurial ou foncier sur une terre identifiée.

À travers ces deux actes, on saisit un établissement capable à la fois d’aliéner une partie de son patrimoine et de faire reconnaître ses droits sur des tenures soumises à redevance.

Personnes connues

Quelques commandeurs ou précepteurs peuvent être rattachés à Gap par les documents.

  • Pons Niel, également écrit Pons Neeli ou Poncius Nielus, est attesté comme commandeur de Gap et Embrun en 1243, et encore en 1252. Une mention le place à Gap dès 1242.
  • Osilius, aussi transcrit Ozilius ou Ssilius, apparaît en 1277 et 1279. Il est expressément désigné comme commandeur du Temple de Gap, et une formule latine le qualifie de précepteur des maisons de Gap pour la milice du Temple.
  • Roncelin, ou Ronsolinus, est signalé en 1300. La documentation le rattache à Embrun, sans permettre de déterminer avec certitude si son autorité sur Gap était pleine ou plus limitée.
  • Guillaume de Ranc est mentionné en 1305 comme commandeur des maisons du Temple dans les environs de Gap. Là encore, la portée exacte de sa charge n’est pas entièrement éclaircie par les seuls éléments conservés ici.

La série n’est donc ni continue ni complète, mais elle suffit à ancrer la maison de Gap dans la hiérarchie templière du XIIIe siècle et des toutes premières années du XIVe.

Gap dans les tensions de juridiction ecclésiastique

Un épisode de 1242, sans nommer directement la chapelle de Gap, éclaire le contexte dans lequel évoluaient les maisons du Temple du secteur. Un différend opposa alors l’archevêque d’Embrun Aimar au commandeur des Templiers au sujet du droit de visite et des frais dus à cette occasion dans les commanderies de son diocèse et de sa province. Le conflit fut apaisé le 17 septembre 1242 à Vence, après reconnaissance des obligations dues à l’archevêque. Cet épisode rappelle que les établissements dépendant du ressort gapençais et embrunais s’inséraient dans un cadre ecclésiastique et juridictionnel parfois disputé.

Le bien de Gap même

Pour Gap proprement dit, les informations les plus sûres restent sobres : les Templiers y possédaient une chapelle, une maison et des terres. La nature exacte de cet ensemble n’est pas davantage décrite par les actes résumés ici. Il n’est donc pas possible, sur cette seule base, d’en restituer le plan, l’étendue ou les fonctions internes.

La documentation topographique ancienne connaît en outre un quartier ou lieu-dit nommé Le Temple dans la commune de Gap. Ce toponyme va dans le sens d’un ancrage local durable de l’implantation, sans permettre à lui seul de préciser le contour médiéval du domaine.

Après la suppression du Temple

Les biens possédés à Gap par les Templiers passèrent ensuite à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. La transmission concerne explicitement la chapelle, la maison et les terres. Le passage à l’Hôpital n’effaça donc pas d’emblée la cohérence foncière de l’ensemble gapençais, qui continua d’être identifié comme un ancien bien du Temple.

Une tradition érudite locale place cette prise de possession au 13 juillet 1312, au nom de l’ordre de Saint-Jean, par Beral des Baux, présenté comme premier commandeur hospitalier de Gap. Comme cette précision n’est pas ici appuyée par un acte médiéval développé, elle doit être retenue avec prudence. En revanche, le transfert des biens templiers à l’ordre de Saint-Jean est bien attesté par l’ensemble du dossier.

Traces et mémoire topographique

La mémoire du site s’est conservée dans plusieurs indications tardives. Elles situent la maison et l’église des Templiers dans un secteur appelé la Commanderie, sur le grand chemin de Provence, et signalent encore à Gap une chapelle près de la porte Colombe. D’autres mentions placent des propriétés attribuées aux Templiers au-dessous de la chapelle de Saint-Arey, de part et d’autre de la route de Gap à Marseille, avec le souvenir d’un Champ de la Commanderie.

Ces renseignements sont utiles pour suivre la persistance du souvenir templier dans le paysage gapençais, mais ils ne doivent pas être traités comme une description assurée de l’état médiéval. Ils relèvent d’une mémoire locale plus tardive, parfois enrichie de détails sur des vestiges, des tombeaux retrouvés ou des réemplois de matériaux. On peut donc y voir l’indice d’une implantation durablement inscrite dans la topographie de Gap, sans affirmer plus que ne permettent les attestations conservées.

En l’état du dossier, la maison du Temple de Gap se définit donc par un noyau de faits solides : un ensemble local formé d’une chapelle, d’une maison et de terres ; un commandement commun, au moins par moments, avec Embrun ; l’administration de dépendances dans le Gapençais, l’Embrunais et le Briançonnais ; des actes précis en 1277 et 1279 ; enfin la transmission du tout aux Hospitaliers après la disparition de l’ordre du Temple.

Situer cette implantation

Croix des Templiers – Commanderie templière de Gap