Maison du Temple de Laumusse
Laumusse, sur le territoire de l’actuelle commune de Crottet, apparaît dans la documentation comme un établissement templier de premier rang à l’échelle locale. Les éléments conservés ne décrivent pas seulement un simple bien foncier isolé : ils montrent une maison qui commande un ensemble de possessions en Bresse et en Dombes, et autour de laquelle s’organisent des terres, des prés, des droits seigneuriaux et des rapports féodaux avec la petite noblesse et les habitants du voisinage.
Localisation et statut du lieu
Le site relevait de Crottet, dans la région de Bresse. Les actes cités le replacent dans un paysage de hameaux, de prés et de terres cultivées ou incultes, avec des intérêts templiers directement ancrés dans la paroisse de Crottet et dans ses abords immédiats. Le hameau de Broiselant est expressément lié à la sphère d’action de Laumusse à la fin du XIIIe siècle.
La documentation fournie présente Laumusse comme la maison maîtresse des établissements templiers de Bresse et de Dombes. Cette qualification lui donne une place particulière dans l’organisation du Temple dans cette partie de l’Ain médiéval : plusieurs biens extérieurs, parfois éloignés de Crottet, sont tenus ou administrés par ses précepteurs, ses prévôts ou ses commandeurs.
Origine de l’implantation
L’origine exacte de la maison n’est pas racontée par un acte de fondation conservé dans les extraits ici réunis. En revanche, un indice ancien est donné par la mention selon laquelle, vers la fin du XIIe siècle, les sires de Bagé cédèrent une partie de leurs biens aux chevaliers du Temple. Cette donnée ne suffit pas à reconstituer en détail la naissance de Laumusse, mais elle place l’essor de son patrimoine dans le mouvement des donations nobiliaires de la fin du XIIe siècle.
À la même époque, le réseau de Laumusse commence à apparaître dans les actes. En 1198, Renaud d’Asnières consent une concession aux Templiers de Laumusse, en présence d’Humbert de Genod, dit aussi de Crottet. Même si cette opération concerne Asnières-les-Bois et non le siège lui-même, elle montre que Laumusse est déjà assez solidement implantée pour recevoir des libéralités aristocratiques à la fin du XIIe siècle.
Biens et accroissement du domaine à Crottet
Les actes du XIIIe siècle permettent d’apercevoir la composition concrète du temporel de Laumusse dans la paroisse de Crottet. En juillet 1229, Ponce Geoffroy, clerc, avec son frère Aymon, Hugues Geoffroy et Jacobin, frère de ce dernier, donne aux Templiers de Laumusse un pré et une terre situés à Crottet. Cette donation montre un mode classique d’extension du domaine, par réunion de parcelles agricoles obtenues de familles locales.
Le 28 juillet 1230, une transaction intervient entre Guigues de la Forêt, qualifié d’obédiencier de Crottet, et Guillaume ainsi qu’Evrard Rebutin, frères, au sujet des dîmes de Crottet. Cet acte est important à double titre. D’une part, il atteste l’existence d’intérêts templiers dans la perception ou la contestation des dîmes. D’autre part, il révèle une structuration interne de la gestion locale, avec un officier attaché au secteur de Crottet. La matière fournie ne permet pas de préciser l’issue exacte du différend, mais elle établit clairement que les ressources décimales figuraient parmi les enjeux de Laumusse.
Dans les décennies suivantes, d’autres opérations concernent directement des biens sis à Laumusse ou dans son voisinage. En février 1277, Humbert de Rues reconnaît tenir en obligation envers les Templiers de Laumusse, pour un prêt de 100 sols parisis, un pré situé à Laumusse ainsi que des terres, cultivées ou non, dites del Roschat. Le recours à une garantie foncière en échange d’un prêt montre que la maison ne se contente pas de recevoir des donations : elle agit aussi comme créancière, en immobilisant des biens ruraux au profit de son temporel.
En janvier 1279, le même Humbert de Rues constitue encore une obligation sur diverses terres pour un prêt de 60 livres viennoises. Le montant, nettement plus élevé que dans l’acte de 1277, suggère une opération d’une certaine importance. Là encore, la documentation fait apparaître les Templiers de Laumusse comme détenteurs de liquidités et capables d’utiliser le crédit pour consolider leur emprise foncière.
En septembre 1281, Humbert de Buenc, damoiseau, vend à la Muce un pré situé à Crottet pour 11 livres viennoises. L’expression transmise par le document est brève et n’autorise pas de restitution plus poussée sur le statut exact de l’acquéreur, mais l’acte confirme la vitalité du marché foncier autour de Crottet et l’existence de prés évalués en monnaie viennoise dans la zone d’influence immédiate de Laumusse.
Rapports féodaux et familles du voisinage
La famille Rebutin apparaît à plusieurs reprises dans l’histoire de Laumusse. Elle est mêlée aussi bien aux questions de dîmes qu’aux rapports féodaux avec la maison du Temple. En juin 1286, au hameau de Broiselant, Guillaume Rebutin, chevalier, prend en fief une maison noble de Jean de Chazelles, alors précepteur de la Milice du Temple de Laumusse. L’acte montre que la maison templière dispose d’un patrimoine noble susceptible d’être concédé en fief, et qu’elle entretient avec la chevalerie locale des relations de seigneur à vassal, ou du moins des liens féodo-vassaliques suffisamment formalisés pour être consignés.
En novembre 1287, Étienne Rebutin fait reprise de fief pour tout ce qu’il possède dans la paroisse. Cette reprise confirme la permanence des attaches entre la famille Rebutin et la seigneurie templière. Sans détailler la liste des biens concernés, le document laisse entendre que le patrimoine des Rebutin dans la paroisse était tenu sous une dépendance féodale que Laumusse était en mesure de faire reconnaître.
Ces mentions montrent que Laumusse n’était pas seulement une exploitation agricole. C’était aussi un pôle seigneurial exerçant des droits sur des hommes, des maisons nobles, des tenures et des biens relevant de la hiérarchie féodale locale.
Administration et personnes connues
Plusieurs hommes liés à la gestion de Laumusse sont nommément connus par les actes conservés. En 1230, Guigues de la Forêt est désigné comme obédiencier de Crottet. Sa présence dans une transaction sur les dîmes indique un rôle de gestionnaire ou de responsable local des intérêts de la maison dans ce secteur.
En 1273, un Geoffroy est mentionné comme précepteur de Laumusse lors de la réception, à Bâgé-la-Ville, de deux mas donnés par Barthélémy Cholet au hameau de Montépin. Cette mention, bien qu’extérieure à Crottet, éclaire le fonctionnement de la maison-mère : c’est par son précepteur que sont reçues les acquisitions importantes de son ressort.
En 1275, un certain Martin, prévôt de la maison du Temple de Laumusse, intervient lors de l’achat d’un cens de 12 deniers assis sur une vigne dite de Barra à Bâgé-le-Châtel. Là encore, la documentation montre une administration hiérarchisée, capable de gérer non seulement des terres, mais aussi des revenus seigneuriaux de faible montant, soigneusement intégrés au patrimoine.
En 1286 enfin, Jean de Chazelles est explicitement qualifié de précepteur de la Milice du Temple de Laumusse. Il apparaît comme détenteur d’une maison noble concédée en fief à Guillaume Rebutin. Son titre confirme la place institutionnelle de Laumusse dans le réseau templier régional.
Rayonnement de Laumusse en Bresse et en Dombes
Les renseignements conservés pour d’autres localités permettent de mesurer l’étendue du ressort de Laumusse. Le village de l’Abergement appartenait aux Templiers de Laumusse au XIIIe siècle. En 1292, le droit de garde perçu sur les habitants y donna lieu à une transaction entre le commandeur Jean de Châtelus et Guichard, seigneur de Corgenon. Cette donnée, même extérieure au siège de Crottet, révèle que Laumusse contrôlait aussi des droits seigneuriaux sur des communautés rurales.
À Bâgé-la-Ville, les Templiers de Laumusse reçoivent en 1273 deux mas à Montépin, obtiennent en 1276 une maison où l’on vend des souliers et une vigne vers la porte de Condenor, puis en 1279 une donation générale sous réserve d’usufruit. Ces mentions illustrent la diversité des biens dépendant de leur maison : exploitations rurales, biens urbains, vigne et seigneurie de fief. Montépin est en outre présenté comme une seigneurie avec maison forte relevant des commandeurs de Laumusse.
À Bâgé-le-Châtel, en 1274 et 1275, les achats d’un mas appelé « à la Frustria » et d’un cens sur une vigne montrent la même politique d’agrégation de droits et de parcelles. À Saint-Martin-le-Châtel, une maison du Temple est attestée dès 1242 comme membre de Laumusse. Ces éléments confirment que Laumusse n’était pas un établissement isolé, mais le centre d’un ensemble de dépendances et de possessions réparties dans plusieurs paroisses.
Après la suppression du Temple
Les extraits fournis ne donnent pas, pour Laumusse même, de récit développé du transfert de ses biens après la suppression de l’ordre. Toutefois, le passage des biens templiers aux Hospitaliers en 1312 est expressément rappelé pour un membre de son ressort, Saint-Martin-le-Châtel. Cette continuité institutionnelle s’inscrit dans le devenir ordinaire des maisons du Temple de la région, devenues possessions de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Comme plusieurs notices voisines évoquent plus tard la commanderie de Laumusse dans les archives hospitalières, il apparaît que le site a conservé un rôle administratif après la disparition des Templiers, même si les détails de cette transformation ne sont pas explicités ici pour Crottet même.
État du lieu et mémoire du site
La documentation transmise signale que le domaine est aujourd’hui une propriété privée. Elle ne fournit pas de description architecturale assurée, ni d’inventaire des vestiges conservés. En l’absence d’indications plus précises, il convient donc de s’en tenir à la certitude essentielle : Laumusse fut à Crottet une maison du Temple de caractère directeur, dotée d’un domaine foncier actif, engagée dans des opérations de prêt, de perception ou de contestation de dîmes, et insérée dans un réseau de dépendances qui couvrait une part notable de la Bresse et de la Dombes au XIIIe siècle.
Implantations liées à cette commune
Cette page fait partie d’un ensemble local comportant une ou plusieurs notices distinctes. Ces raccords permettent de replacer la commune et ses établissements dans le même dossier territorial sans les fusionner.
Situer cette implantation
