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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Commanderie templière de Reims

Commanderie templière de Reims

Croix des Templiers – Commanderie templière de Reims

La commanderie templière de Reims occupe une place importante dans l’histoire du Temple en Champagne. Son existence est solidement attestée par les travaux d’érudition du XIXe siècle, par un obituaire médiéval conservé et édité, ainsi que par les relevés d’archives repris dans les études sur les anciennes commanderies. La prudence reste toutefois nécessaire sur plusieurs points : si la présence d’une maison du Temple à Reims ne fait guère de doute, certains détails souvent répétés dans la littérature secondaire demandent à être maniés avec réserve lorsqu’ils ne sont pas directement contrôlés par une charte, un obituaire ou un acte d’archive identifiable.

Dans l’état actuel des sources accessibles, Reims apparaît bien comme une commanderie, active au moins à partir de la seconde moitié du XIIe siècle, puis passée aux Hospitaliers après la suppression de l’Ordre du Temple au début du XIVe siècle. Elle figure en outre parmi les commanderies de Champagne recensées par Mannier pour le grand prieuré de France, ce qui confirme la continuité institutionnelle du lieu à l’époque hospitalière.

Une implantation templière bien attestée à Reims

Les sources érudites anciennes signalent à Reims une maison du Temple devenue par la suite commanderie hospitalière. Le dossier rémois est d’autant plus intéressant qu’il a laissé un Obituaire de la Commanderie du Temple de Reims, manuscrit du XIIIe siècle signalé et publié au XIXe siècle. L’existence même de cet obituaire est un indice de poids : elle suppose une communauté installée, une chapelle ou église desservie, des usages liturgiques réguliers et une mémoire institutionnelle entretenue dans la durée.

Un relevé de chartes consacré à Reims donne une amplitude documentaire allant de 1166 à 1282, ce qui situe clairement la maison dans la pleine période d’expansion et d’organisation du Temple en France. Cette fourchette ne prouve pas à elle seule une fondation en 1166, mais elle montre que la documentation connue pour Reims remonte bien au XIIe siècle.

Selon la tradition érudite reprise dans les notices anciennes, les Templiers auraient été appelés à Reims vers 1170 par l’archevêque Henri de France, qui leur aurait concédé l’église de la Trinité avec ses dépendances, moyennant un cens annuel. Cette indication est plausible et revient dans plusieurs compilations, mais elle mérite d’être présentée comme un fait transmis par l’historiographie savante plutôt que comme une charte ici directement vérifiée ligne à ligne.

Le site rémois et son inscription dans la ville

La commanderie de Reims était implantée dans la ville même. Les textes anciens situent son hôtel dans la rue du Temple, toponyme qui a conservé le souvenir de l’établissement. La maison comprenait, d’après les descriptions issues des archives d’Ancien Régime, un ensemble important : hôtel, manoir, enclos, jardin, colombier et droits de justice. Cet ancrage urbain distingue Reims de bien des maisons templières plus rurales ; ici, le Temple participait aussi à la géographie seigneuriale et foncière d’une grande cité ecclésiastique.

Les mêmes relevés indiquent que la juridiction de la commanderie s’exerçait sur un secteur déterminé de la ville, avec mention d’îlot, de rues et même d’institutions de justice. Là encore, il faut noter que ces descriptions reflètent souvent l’état hospitalier ou moderne de biens d’origine templière ; elles sont précieuses pour reconstituer la continuité du domaine, mais ne doivent pas être automatiquement projetées sans nuance sur le tout début de l’installation des Templiers.

Acquisitions et patrimoine urbain

Le dossier rémois conserve au moins quelques repères concrets. Une notice issue des relevés de cartulaires mentionne, en mai 1212, le don d’une maison aux Templiers de Reims, près du pont, par Pons d’Alizy, chevalier, avec le consentement de Baudouin de Saint-Pierre, son suzerain. Cette mention est importante : elle montre que la maison de Reims recevait alors des biens urbains de la part de la petite ou moyenne aristocratie locale, selon des formes juridiques classiques de consentement féodal.

D’autres acquisitions sont signalées au XIIIe siècle : une maison à la Couture en 1256, une transaction relative à une autre maison rue des Telliers en 1266, puis en 1280 la cession d’une maison dite en viesse bos, près de la porte Cérès. Même si l’on ne dispose pas ici de l’intégralité des actes, la série dessine clairement le profil d’une commanderie urbaine attentive à consolider son assise foncière à Reims même.

Cette logique patrimoniale est conforme à ce que l’on connaît ailleurs du Temple : les maisons urbaines servaient à loger les frères, à administrer les revenus, à entreposer, à percevoir des rentes et à exercer une présence visible dans la cité. À Reims, ville d’archevêque, de chapitre et de foires régionales, un tel établissement avait une valeur économique autant que symbolique.

Réseau, dépendances et rôle régional

Mannier classe Reims parmi les commanderies de Champagne et signale, dans la réorganisation plus tardive des biens hospitaliers, des rattachements opérés à son profit. Il note notamment que Passy-sous-Sainte-Gemme fut réuni à Reims. Ce renseignement concerne l’histoire postérieure des biens de l’Ordre de Saint-Jean plutôt que le seul temps templier, mais il montre que Reims était devenu un point de concentration administratif suffisamment notable pour absorber d’autres possessions.

Il faut cependant éviter d’aller trop loin : les sources ici consultées ne permettent pas d’établir avec certitude la liste complète des membres ou dépendances templières relevant de Reims au XIIIe siècle. On peut seulement dire que la maison rémoise appartenait à un réseau champenois dense, où figuraient aussi Troyes et d’autres établissements importants, et qu’elle a gardé après 1312 une réelle consistance dans l’organisation hospitalière.

Vie religieuse et mémoire de la maison

L’obituaire de Reims constitue sans doute la pièce la plus remarquable du dossier. Un obituaire n’est pas un simple registre de noms : c’est un livre de mémoire liturgique, où l’on inscrit les anniversaires de défunts, bienfaiteurs, dignitaires ou frères à commémorer. Son existence révèle donc une chapelle vivante, un service religieux réglé et une communauté insérée dans des relations de patronage et de prière.

La littérature savante a souligné l’intérêt exceptionnel de cet obituaire pour l’histoire du Temple. Il a notamment été remarqué qu’il conservait la mémoire des grands maîtres de l’Ordre. Cette dimension mémorielle place Reims parmi les maisons documentées avec un relief particulier, même si tous les aspects matériels de la commanderie ne sont pas également bien connus.

Les notices anciennes évoquent aussi un vestige funéraire autrefois visible à Saint-Remi. Ce point mérite toutefois d’être reçu avec précaution : la disparition de la chapelle templière et les remaniements urbains anciens rendent l’identification des éléments conservés parfois délicate. En l’absence d’une expertise monumentale précise ici recoupée, mieux vaut parler d’un souvenir archéologique ou antiquaire que d’un vestige assuré encore lisible aujourd’hui.

Le procès des Templiers et Reims

Reims fut directement concernée par la crise qui frappa l’Ordre du Temple au début du XIVe siècle. Les notices historiques rappellent que, lors de la chute de l’Ordre, des Templiers du diocèse ou de la province de Reims furent durement touchés et que certains furent condamnés par une assemblée ecclésiastique tenue dans la ville. Cela correspond bien au rôle judiciaire et ecclésiastique de Reims dans la province.

Il convient néanmoins de distinguer ce qui relève du cadre rémois du procès et ce qui peut être attribué avec certitude à la seule commanderie de Reims. Les éditions du Procès des Templiers sont essentielles pour les noms de frères, les dépositions et les procédures, mais les résultats accessibles ici ne permettent pas d’isoler sans ambiguïté une liste sûre de commandeurs ou de frères propres à la maison de Reims. On retiendra donc prudemment que la commanderie fut atteinte par la suppression générale de l’Ordre, dans une ville qui joua un rôle de premier plan dans la procédure ecclésiastique.

Du Temple aux Hospitaliers

Comme ailleurs dans le royaume, les biens templiers passèrent aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem après la suppression pontificale de l’Ordre. Pour Reims, cette continuité est solidement assurée par les travaux de Mannier et par les descriptions postérieures de la commanderie. L’établissement subsista donc comme maison hospitalière, avec un patrimoine suffisamment important pour apparaître comme un bénéfice notable à l’époque moderne.

Cette transmission explique que l’essentiel de la documentation détaillée conservée dans les recueils des XVIIIe et XIXe siècles mélange parfois état médiéval tardif, organisation hospitalière et souvenirs proprement templiers. L’historien doit donc constamment faire le tri. Mais sur le fond, la ligne d’évolution est claire : maison du Temple au XIIe et XIIIe siècle, puis commanderie de l’Hôpital après 1312.

Ce que l’on peut affirmer, et ce qui doit rester prudent

On peut affirmer sans hésitation qu’il exista à Reims une commanderie du Temple, installée au plus tard dans la seconde moitié du XIIe siècle, dotée d’une chapelle ou église, enrichie par des biens urbains et assez importante pour laisser un obituaire médiéval remarquable. On peut aussi affirmer qu’après la disparition de l’Ordre du Temple, cette maison entra dans le patrimoine hospitalier et conserva une place reconnue dans la géographie des commanderies de Champagne.

En revanche, plusieurs points demanderaient un dépouillement direct des éditions savantes ou des archives pour être développés sans risque : date exacte de fondation, liste suivie des commandeurs, inventaire complet des dépendances, consistance précise des revenus au XIIIe siècle, ou détail exact des procédures ayant touché les frères rémois en 1307-1312. En l’absence de ces vérifications intégrales, il serait imprudent d’enrichir artificiellement le dossier.

Éléments marquants retenus

  • Seconde moitié du XIIe siècle : implantation assurée de la maison du Temple à Reims ; une tradition érudite place son installation vers 1170.
  • 1166-1282 : fourchette documentaire signalée pour le cartulaire ou les actes relatifs à Reims.
  • Mai 1212 : don d’une maison près du pont aux Templiers de Reims par Pons d’Alizy, avec consentement seigneurial.
  • 1256, 1266, 1280 : nouvelles acquisitions ou transactions immobilières attestant l’enracinement urbain de la commanderie.
  • Début du XIVe siècle : la maison est touchée par la suppression de l’Ordre du Temple dans le cadre du procès.
  • Après 1312 : transfert aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Reims dans l’histoire du Temple en Champagne

La commanderie templière de Reims n’est pas seulement un nom dans une liste. C’est l’un des établissements urbains les mieux signalés de l’ancien espace champenois, grâce à la combinaison rare d’un souvenir topographique, de mentions de biens immobiliers et d’un obituaire médiéval. Même si le dossier demanderait encore un examen plus poussé des actes originaux et des éditions savantes, l’essentiel est net : à Reims, les Templiers ont tenu une maison durable, visible, insérée dans la ville et assez importante pour survivre institutionnellement, sous une autre obédience, bien après la disparition de l’Ordre.

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