Les Templiers à Hyères

La présence des Templiers à Hyères compte parmi les mieux attestées du littoral provençal. Il s’agit bien d’une commanderie, installée dans la Provence médiévale, dont le rôle paraît avoir été à la fois agricole, logistique et urbain. Si bien des détails demeurent difficiles à établir avec une certitude absolue, les sources convergent sur quelques points solides : une première implantation templière dans le territoire d’Hyères dès le milieu du XIIe siècle, le déplacement de la maison au voisinage de la ville, l’essor d’un établissement déjà important au début du XIIIe siècle, puis le passage de ses biens aux Hospitaliers après la suppression de l’ordre du Temple.
Hyères occupe en effet une position singulière dans le réseau templier provençal. Sur cette façade maritime, la commanderie n’était pas une simple dépendance rurale : elle s’inscrivait dans un espace de circulation, de production et de pouvoir comtal. Les travaux savants consacrés aux Templiers de Provence, ainsi que les notices patrimoniales relatives à la tour Saint-Blaise, permettent de restituer les grandes lignes de cette histoire avec prudence, sans extrapoler au-delà de ce que les textes autorisent.
Une implantation templière ancienne dans le territoire d’Hyères
Le premier fait bien documenté remonte au 18 mai 1156. À cette date, l’archevêque d’Arles donne au maître du Temple en Provence l’église Saint-Martin, située in terminio Areis, c’est-à-dire dans le territoire d’Hyères. Cette donation est généralement considérée comme le point d’appui initial de l’ordre dans ce secteur du littoral provençal. Dix ans plus tard, en 1166, cette même église leur est reprise pour être attribuée à l’église Sainte-Marie de Pignans. Les historiens en déduisent que les Templiers, privés de ce premier ancrage, se rapprochèrent alors de la ville d’Hyères proprement dite. Cette séquence est l’un des rares éléments de fondation que l’on puisse tenir pour assuré.
La tradition érudite locale et l’historiographie moderne situent ensuite leur établissement hors les murs, près de la première enceinte, sur une petite hauteur appelée le rocher du Piol. Cette localisation ancienne n’est pas un simple détail topographique : elle aide à comprendre la nature de la maison templière d’Hyères, à la lisière de la ville, assez proche pour participer à la vie urbaine, mais disposant encore d’un espace favorable à l’exploitation et à la défense.
La commanderie d’Hyères au tournant des XIIe et XIIIe siècles
La première mention explicite d’un responsable local connu par son nom apparaît en 1198. Un frère Jordan, commandeur d’Hyères, est alors cité comme témoin dans un acte intéressant la maison du Ruou. Cette attestation ne prouve pas la date exacte de fondation de la commanderie, mais elle établit qu’à la fin du XIIe siècle l’établissement hyérois possède déjà un encadrement propre et une place reconnue dans le réseau des maisons du Temple en Provence.
Quelques années plus tard, en 1207, un acte souvent cité marque nettement l’importance prise par Hyères. Le comte de Provence cède alors aux Templiers le castrum de Montfort, en règlement d’une importante livraison de blé fournie par la maison d’Hyères. Ce point est capital : il montre que la commanderie n’était pas une fondation modeste ou purement symbolique, mais un établissement capable de produire, de stocker ou de mobiliser des quantités notables de céréales. Cette opération révèle à la fois la puissance économique de la maison et les relations qu’elle entretenait avec le pouvoir comtal.
Les historiens y voient la confirmation d’une vocation fortement agricole. La commanderie d’Hyères paraît avoir administré plusieurs exploitations ou dépendances dans son environnement régional. Les travaux de synthèse évoquent notamment des métairies à Sauvebonne et aux Bormettes, ainsi que des biens à La Garde et Ollioules. La prudence reste cependant nécessaire : si ces rattachements sont repris par l’historiographie locale et régionale, tous ne sont pas également détaillés par les actes conservés accessibles en ligne. Il est donc plus sûr de retenir l’idée d’un domaine étendu autour d’Hyères que de prétendre en restituer exhaustivement toutes les composantes.
Rattachement et place dans la Provence templière
Le contexte de Hyères est celui de la Provence médiévale, sous l’autorité des comtes de Provence, qui apparaissent à plusieurs reprises comme des soutiens importants de l’ordre. La documentation savante souligne de manière générale la protection accordée très tôt aux Templiers par les comtes provençaux ; le cas d’Hyères, avec l’acte de 1207, en fournit une illustration concrète.
En revanche, le rattachement administratif précis de la commanderie d’Hyères dans la hiérarchie interne du Temple provençal doit être formulé avec réserve. Les études de Joseph-Antoine Durbec ont montré que les maisons de Provence relevaient d’un ensemble commandé par un « maître en Provence », mais que la terminologie moderne de « bailliage » ou de « maison préceptorale » ne correspond pas toujours exactement au vocabulaire des archives. Autrement dit, Hyères fait incontestablement partie du réseau provençal du Temple ; en revanche, il convient d’éviter de lui attribuer sans nuance une position institutionnelle que les sources n’expriment pas toujours dans les termes employés par l’historiographie ultérieure.
On peut néanmoins affirmer que la maison d’Hyères fut une commanderie de poids dans l’est provençal. Sa situation littorale, sa proximité avec Toulon et l’importance de son assise agricole lui donnaient une fonction qui dépassait la simple gestion d’un domaine local. Une étude sur l’édifice templier de la ville rappelle d’ailleurs que les Templiers d’Hyères bénéficiaient de la libre utilisation des installations portuaires de Toulon, ce qui éclaire le rôle logistique de l’établissement. Ici encore, le tableau général est cohérent, même si chaque modalité pratique de cet usage n’est pas documentée en détail dans les synthèses consultées.
Quelques hommes connus de la maison d’Hyères
Les noms conservés sont peu nombreux, ce qui est habituel pour une commanderie médiévale. Outre Jordan, attesté en 1198, l’historiographie signale Bertrand de Gardanne, mentionné comme témoin en 1213, Isnard Ricard, cité en 1236 dans un acte concernant la commanderie de Bras passé sous le portique de la maison d’Hyères, et Lambert, commandeur du membre d’Hyères, mentionné en 1256 comme témoin au Ruou. Ces indications, fragmentaires mais précieuses, confirment la continuité institutionnelle de la maison au XIIIe siècle.
Il serait toutefois imprudent de dresser à partir de ces seules mentions une liste complète des commandeurs d’Hyères. Les archives actuellement mobilisables donnent des jalons, non une succession ininterrompue.
Le domaine templier et l’économie locale
Tout ce que l’on entrevoit de la commanderie d’Hyères suggère une exploitation fortement tournée vers les ressources agricoles. La livraison de blé mentionnée en 1207 n’est pas un épisode isolé sans lendemain : elle s’accorde avec l’image d’une maison possédant terres, dépendances, bâtiments utilitaires et sans doute des capacités de stockage non négligeables. Les notices patrimoniales sur la commanderie Saint-Blaise vont dans le même sens en rappelant qu’au XIVe siècle l’ensemble comprenait, outre la tour conservée, un corps de logis, une grange, un cellier, un moulin et un four. Ces éléments décrivent un établissement complet, organisé pour produire, transformer et administrer.
Le mot moulin, recherché à juste titre dans la documentation sur Hyères, apparaît donc non comme une tradition vague, mais dans la notice d’inventaire de l’ancien ensemble templier. En revanche, faute d’acte médiéval aisément accessible précisant sa date de construction, son emplacement exact ou son mode d’exploitation, il vaut mieux ne pas aller au-delà de cette constatation.
La commanderie, la tour Saint-Blaise et les vestiges conservés
Le principal témoin matériel des Templiers à Hyères est aujourd’hui la tour Saint-Blaise, souvent appelée aussi tour des Templiers, place Massillon. Les notices patrimoniales du ministère de la Culture et de l’Inventaire la rattachent explicitement à l’ancienne commanderie. Elles la décrivent comme un édifice composé de deux niveaux superposés, interprétés soit comme deux chapelles, soit comme une chapelle basse surmontée d’une salle de garde, avec accès par escalier ménagé dans l’épaisseur du mur et terrasse sommitale.
La datation exacte de cette tour appelle cependant une nuance. La notice de protection au titre des monuments historiques met en avant une construction du XIIIe siècle, tandis que la notice d’inventaire évoque plus largement une commanderie construite au XIIe siècle et un ensemble dont la tour est le seul vestige actuel. Cette différence n’est pas contradictoire si l’on distingue l’implantation de la maison, attestée dès 1156 puis déplacée avant 1198, et la mise en forme monumentale conservée, qui peut avoir connu plusieurs campagnes de construction. La prudence impose donc de ne pas présenter la tour visible aujourd’hui comme un bloc intégralement daté d’une seule année ou même d’une seule décennie.
Le monument est classé au titre des monuments historiques depuis le 30 mars 1987. Il constitue le seul vestige certain de la commanderie médiévale dans le paysage urbain actuel d’Hyères.
La fin du Temple et le devenir de la maison d’Hyères
Comme les autres établissements templiers du royaume, Hyères subit les conséquences de la chute de l’ordre au début du XIVe siècle. Les notices patrimoniales rappellent qu’après la suppression de l’ordre du Temple en 1312, la chapelle et l’ensemble de la commanderie passèrent aux Hospitaliers, plus précisément à la communauté des frères d’une commanderie hospitalière désignée dans l’inventaire comme celle de Beaulieu. Cette dévolution s’inscrit dans le mouvement général de transfert des biens du Temple à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Pour Hyères même, les sources consultées ne permettent pas d’identifier avec certitude un épisode local spectaculaire du procès comparable à ceux qui sont mieux connus ailleurs. Il est donc préférable de ne pas surcharger la page de détails généraux sur les arrestations de 1307 si aucun lien local sûr n’est établi nommément pour la commanderie d’Hyères dans la documentation ici vérifiée.
Après son passage aux Hospitaliers, l’ancienne maison templière connut de longues réaffectations. La tour fut affermée à divers particuliers, puis cédée à la ville en 1673. La chapelle resta ensuite affectée aux pénitents bleus jusqu’en 1765, avant des transformations civiles plus marquées à l’époque moderne et contemporaine. Les intérieurs furent notamment remaniés au XIXe siècle.
Événements marquants
- 1156 : donation de l’église Saint-Martin du territoire d’Hyères au Temple.
- 1166 : retrait de cette église aux Templiers et transfert à Sainte-Marie de Pignans.
- 1198 : première mention connue d’un commandeur d’Hyères, le frère Jordan.
- 1207 : cession du castrum de Montfort aux Templiers en paiement d’une importante livraison de blé par la maison d’Hyères.
- XIIIe siècle : développement de la commanderie et édification, au moins en partie, de la tour Saint-Blaise conservée.
- 1312 : suppression de l’ordre du Temple et transfert des biens aux Hospitaliers.
- 1673 : cession de la tour à la ville.
- 30 mars 1987 : classement de la chapelle Saint-Blaise dite tour des Templiers au titre des monuments historiques.
Ce que l’on peut affirmer, et ce qui doit rester prudent
Sur Hyères, l’essentiel est donc net : il y eut bien une commanderie templière, solidement attestée par les sources médiévales et par l’historiographie savante. Son implantation remonte au XIIe siècle, son importance est manifeste au début du XIIIe, et la tour Saint-Blaise en demeure le vestige emblématique. En revanche, beaucoup de points secondaires exigent de la retenue : la date exacte de fondation de la maison urbaine, la liste complète de ses commandeurs, l’étendue parfaitement définie de toutes ses dépendances ou encore le détail de son rattachement administratif interne.
C’est précisément cette combinaison de certitudes documentaires et de zones d’ombre qui fait l’intérêt historique des Templiers à Hyères. Loin des légendes, la commanderie apparaît comme une institution bien réelle de la Provence médiévale : une maison religieuse et seigneuriale, active dans l’économie céréalière, proche des pouvoirs comtaux, et assez importante pour laisser dans la ville un monument qui, plusieurs siècles plus tard, continue d’en porter la mémoire.
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