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BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Domaines du Temple de Replonges

Grange du Temple de Replonges

Repères territoriaux liés

Replonges apparaît dans les textes sous des formes nombreuses, qui montrent l’ancienneté du lieu et la stabilité de son identification : Rinplongio, Ruitplongio, Replungium, Riplungio, Replungo, Replongio, puis plus tard Replunjon et Replonjo. Il s’agit d’une paroisse ancienne, placée sous le vocable de saint Martin. La cure relevait autrefois de la nomination du prieur de Saint-Pierre de Mâcon. Le lieu est signalé dès le début du Xe siècle et passait alors pour le chef-lieu de l’Ager Respiciacensis, ce qui rappelle que Replonges ne fut pas un simple écart rural, mais un point ancien d’organisation du territoire.

Dans ce cadre paroissial et seigneurial déjà bien constitué, les Templiers de Laumusse détenaient à Replonges des biens importants. La documentation ne permet pas d’y reconnaître avec certitude une commanderie autonome ; elle montre en revanche l’existence d’un ensemble foncier notable, relevant de la maison de Laumusse, assez consistant pour être qualifié de riches domaines. La nature des biens mentionnés permet d’y voir une implantation à dominante agricole, de type grange, insérée dans l’économie rurale de la Bresse et appuyée sur des tenures, des bâtiments d’exploitation, des terres et des droits.

Formation du domaine au début du XIIIe siècle

L’acte capital pour l’histoire de Replonges est la donation consentie en 1206 par Hugues Nerel et son épouse Elisabeth aux Templiers de Laumusse. L’ampleur des biens cédés montre une opération décisive dans la constitution ou l’agrandissement du domaine. Le couple leur remit sa maison, ainsi qu’un bois et une grange tenus d’eux par le noble Renaud de Feillens. À cet ensemble s’ajoutaient les granges de Vatel et de Billon, des terres, des prés et une part des dîmes qu’ils possédaient en fief d’Ogier Boche.

Cette énumération est précieuse, car elle éclaire la structure du patrimoine templier à Replonges. On n’y voit pas seulement des parcelles éparses, mais un groupement cohérent de biens de production : maison, grange, bois, autres granges nommées, terres labourables, prés et revenus décimaux. Les Templiers n’y recevaient donc pas un simple revenu abstrait ; ils mettaient la main sur des éléments concrets d’exploitation et sur des droits utiles à la gestion d’un domaine rural. La mention de biens tenus en fief, soit de Renaud de Feillens, soit d’Ogier Boche, rappelle aussi que cette implantation se forma dans un tissu féodal complexe, où les transferts de propriété devaient composer avec des droits supérieurs et des tenures déjà établies.

Cette donation de 1206 fut confirmée en 1219 par l’archevêque Renaud de Forez. Une telle confirmation donne à penser que l’acte initial avait une importance suffisante pour justifier une garantie ecclésiastique solennelle. Elle marque aussi l’intégration durable de ces biens dans le temporel de Laumusse.

Accroissements et tenue des biens au XIIIe siècle

Le domaine de Replonges continua de s’étoffer par la suite. En avril 1238, Etienne de Châtillon donna aux Templiers tout ce qu’il possédait dans ce lieu. La formule est générale, mais elle indique un apport complémentaire non négligeable, venant renforcer les possessions déjà constituées par la donation de 1206. Le nom d’Etienne de Châtillon figure d’ailleurs parmi les bienfaiteurs connus de Laumusse, ce qui replace cette cession dans un mouvement plus large d’enrichissement de la maison principale bressane du Temple.

À la fin du XIIIe siècle, la documentation montre moins l’acquisition de nouveaux biens que leur mise en valeur et leur insertion dans des rapports féodaux. En 1286, Guillaume Rebulin, chevalier, prit en fief des Templiers divers fonds situés à Replonges. L’acte signale en outre, dans la même opération, ce que les Hospitaliers de Replonges tenaient de lui au-delà de la Saône. Cette mention est d’un grand intérêt, car elle atteste à la fois l’existence de rapports seigneuriaux précis autour des terres de Replonges et une articulation avec des biens ou des détenteurs désignés comme hospitaliers. La formule doit toutefois être maniée avec prudence : elle ne suffit pas, à elle seule, à définir la nature institutionnelle exacte de l’établissement local à cette date, mais elle prouve que les terres de Replonges étaient engagées dans un jeu de fiefs et de tenures dépassant les limites immédiates de la paroisse.

Replonges faisait plus largement partie de l’assise territoriale de Laumusse. Les listes de possessions attribuées à cette maison comprennent en effet la paroisse de Replonges parmi un ensemble de localités bressanes où les Templiers détenaient terres, droits et dépendances. Dans ce réseau, Replonges n’apparaît pas comme un centre isolé, mais comme l’un des points d’appui du temporel de Laumusse sur la rive de Saône et dans les campagnes proches de Bâgé.

Biens, terroirs et éléments nommés

Les textes permettent d’identifier plusieurs composantes concrètes du domaine templier de Replonges :

  • une maison, donnée en 1206 ;
  • un bois, compris dans la même donation ;
  • une grange tenue des donateurs par Renaud de Feillens ;
  • les granges de Vatel et de Billon, explicitement nommées ;
  • des terres et des prés, sans détail parcellaire conservé ici ;
  • une part de dîmes tenue en fief d’Ogier Boche ;
  • divers fonds relevant encore des Templiers en 1286.

Cette composition confirme que l’implantation de Replonges correspond à un domaine agricole articulé autour d’unités d’exploitation. Le vocabulaire des granges y est central. Dans ce contexte, la qualification de grange du Temple est justifiée par la matière conservée, alors qu’aucun texte fourni n’impose d’y voir une maison conventuelle distincte de Laumusse.

Un autre point de repère est fourni par le toponyme de Mons, situé sur le territoire de Replonges. En 1295, Jean de Châtelus, commandeur de Laumusse, et Barthélemy Rebulin procédèrent au partage des fonds qu’ils y possédaient en commun. Même si ce bien fait l’objet d’une notice distincte, il éclaire l’emprise foncière templière dans la commune de Replonges et montre la persistance, à la fin du XIIIe siècle, de biens indivis ou du moins partagés entre le commandeur de Laumusse et une famille laïque locale.

Personnes et encadrement seigneurial

Plusieurs personnages apparaissent directement liés aux biens de Replonges.

  • Hugues Nerel et Elisabeth, son épouse, sont les auteurs de la donation majeure de 1206.
  • Renaud de Feillens est mentionné comme détenteur d’une grange relevant des donateurs.
  • Ogier Boche intervient comme seigneur du fief dont dépendait une part des dîmes cédées.
  • Renaud de Forez, archevêque, confirma la donation en 1219.
  • Etienne de Châtillon ajouta en 1238 tous ses biens de Replonges à ceux du Temple.
  • Guillaume Rebulin, chevalier, prit en fief divers fonds en 1286.
  • Barthélemy Rebulin apparaît encore en 1295 dans le partage des fonds de Mons avec le commandeur de Laumusse.
  • Jean de Châtelus, commandeur de Laumusse à la fin du XIIIe siècle, intervient dans ce partage.

À travers ces noms, on saisit le mode de fonctionnement du domaine : il ne reposait pas seulement sur l’exploitation directe, mais aussi sur des relations féodales avec la petite et moyenne noblesse locale, ainsi qu’avec des détenteurs de droits sur les dîmes et sur la terre. Replonges se trouve ainsi à la rencontre d’intérêts ecclésiastiques, seigneuriaux et agricoles.

Après la suppression du Temple

La documentation fournie ne décrit pas en détail la procédure de transfert propre à Replonges après la disparition de l’ordre du Temple. Elle permet toutefois de replacer ses biens dans le destin plus général de Laumusse. La maison de Laumusse passa aux Hospitaliers, qui furent mis en possession de cet établissement au XIVe siècle. Dans les formes relevées pour Replonges figure d’ailleurs la désignation Hospitalarii de Replonge, signe que la mémoire ou l’administration du lieu a bien conservé un rattachement hospitalier.

Il convient néanmoins de rester mesuré : les textes ici réunis ne décrivent ni inventaire local de la grange de Replonges, ni état précis de ses bâtiments après 1312. On peut seulement constater la continuité de l’assiette foncière à travers la documentation hospitalière postérieure et la survie du souvenir institutionnel du lieu.

Cadre paroissial et mémoire locale

La présence du Temple à Replonges s’inscrit dans une paroisse ancienne dédiée à saint Martin, déjà organisée bien avant les donations du XIIIe siècle. Un legs fait en 1350 à l’église par Pierre de Sachins, curé de Chavagnat, appartient à l’histoire religieuse locale ; il n’éclaire pas directement le domaine templier, mais rappelle que le bourg et son église demeuraient actifs dans la seconde moitié du XIVe siècle, alors que l’ancien patrimoine du Temple avait déjà changé de main.

En l’état des faits conservés ici, Replonges doit donc être compris non comme une commanderie indépendante, mais comme un important ensemble foncier relevant de Laumusse. Sa consistance reposait sur une maison, plusieurs granges nommées, des terres, des prés, un bois et des droits de dîmes. Les donations de 1206 et de 1238, puis les actes féodaux de 1286 et de 1295, montrent la formation, l’extension et la gestion de ce domaine dans la longue durée du XIIIe siècle. C’est cette épaisseur documentaire, plus que l’existence attestée d’un grand bâtiment conservé, qui fait de Replonges l’un des points bien individualisés du réseau templier en Bresse.

Implantations liées à cette commune

Cette page fait partie d’un ensemble local comportant une ou plusieurs notices distinctes. Ces raccords permettent de replacer la commune et ses établissements dans le même dossier territorial sans les fusionner.

Situer cette implantation

Croix des Templiers – Domaines du Temple de Replonges