Aller au contenu

BOUTIQUE DES TEMPLIERS

Les Templiers dans le département de l’Yonne (89)

Les Templiers en Yonne (89)

Croix des Templiers – Les Templiers en Yonne (89)

Parler des Templiers en Yonne, c’est entrer dans un paysage médiéval de vallées, de routes, de villes épiscopales et comtales, de terroirs céréaliers et viticoles, où l’ordre du Temple s’est implanté de manière ancienne et structurée. Le département actuel recouvre en effet des espaces qui relevaient au Moyen Âge de plusieurs cadres politiques et ecclésiastiques majeurs, notamment les diocèses d’Auxerre et de Sens, au contact de la Bourgogne, du Sénonais et des marches champenoises. Dans cet ensemble, les maisons d’Auxerre, de Joigny, de Sens et le site de Pontaubert permettent de comprendre comment les frères du Temple ont occupé le territoire, administré des biens, reçu des donations, puis vu leurs possessions passer aux Hospitaliers après la suppression de l’ordre au début du XIVe siècle.

L’histoire locale doit toutefois être abordée avec méthode. Les archives templières du nord de la France ont souvent survécu parce qu’elles furent reprises ensuite par l’ordre de l’Hôpital, puis conservées dans les fonds du grand prieuré de France ; c’est pourquoi l’historien travaille ici à partir d’actes, de cartulaires, d’inventaires et des pièces du procès, davantage qu’à partir de traditions tardives. Les grands recueils de référence, de d’Albon à Mannier, ainsi que les fonds signalés par les Archives nationales, restent fondamentaux pour reconstituer l’implantation templière et son devenir.

Un territoire de contact entre Bourgogne et Sénonais

La présence du Temple dans l’actuelle Yonne ne se comprend bien qu’en restituant le maillage médiéval. Auxerre, Sens et Joigny sont alors des pôles de premier ordre. Sens est un siège archiépiscopal de tout premier plan ; Auxerre commande un diocèse ancien et une ville de commerce active ; Joigny, sur l’Yonne, contrôle un axe de circulation important entre le nord et le centre du royaume. Dans un tel cadre, les Templiers ne recherchent pas seulement des terres : ils s’installent aussi sur des lieux de passage, près des marchés, des ponts, des voies fluviales ou routières, et à proximité des réseaux seigneuriaux capables d’alimenter leurs revenus. Cette logique est bien attestée dans l’ensemble du nord du royaume, où les commanderies servent à la fois d’unités d’exploitation, de centres administratifs et de points de collecte pour des ressources destinées à l’ordre.

La Bourgogne septentrionale et le Sénonais offrent aussi un environnement favorable par la densité des établissements religieux, par l’encadrement paroissial déjà développé au XIIe siècle et par la circulation des hommes entre domaines laïques, chapitres cathédraux, abbayes et seigneuries. Les Templiers s’y insèrent comme d’autres ordres réguliers, mais avec une spécificité : leurs maisons sont orientées vers la gestion efficace des revenus, l’exploitation des terres, la perception de droits variés et l’entretien d’un réseau plus large que l’échelle locale.

Les principales maisons templières connues dans l’Yonne

La commanderie templière d’Auxerre

La maison d’Auxerre appartient à cet ensemble d’établissements urbains ou périurbains qui associaient visibilité locale et fonctions pratiques. Les témoignages conservés indiquent que le souvenir du Temple y est resté attaché à la topographie urbaine, notamment par le nom de la porte et de la rue du Temple. Une tradition érudite relayée par les travaux sur les commanderies bourguignonnes souligne toutefois qu’à Auxerre les Templiers n’auraient pas possédé une grande commanderie comparable aux plus gros centres ruraux, mais plutôt une maison d’appui ou une implantation de moindre ampleur au regard d’autres pôles du secteur. Cette nuance est importante : dans l’histoire templière, toutes les maisons ne jouent pas le même rôle, et le prestige ultérieur d’un nom de lieu ne doit pas faire supposer, sans preuves, une puissance institutionnelle exceptionnelle.

Auxerre n’en demeure pas moins stratégique. Ville épiscopale, marchande et traversée par d’importantes circulations, elle convenait parfaitement à une présence templière chargée de gérer des revenus, de recevoir des actes, d’assurer la conservation de biens et d’entretenir des liens avec des dépendances rurales. Les sources signalent d’ailleurs l’existence d’un cartulaire de la commanderie du Temple d’Auxerre, preuve précieuse de l’activité administrative de la maison.

Après la disparition de l’ordre du Temple, la maison d’Auxerre figure parmi les biens passés sous administration hospitalière, puis rattachés dans la pratique à des ensembles plus vastes. Les compilations historiques indiquent qu’elle fut ensuite gérée dans l’orbite de Pontaubert avec plusieurs autres anciennes possessions templières de l’Yonne. Cela montre le mouvement de concentration opéré par les Hospitaliers : ils héritent des biens, mais ne conservent pas nécessairement l’autonomie administrative de chaque petite maison.

La commanderie templière de Joigny

La maison de Joigny est mieux éclairée par les sources relatives au procès et à l’organisation interne de l’ordre à la veille de sa chute. Les recueils qui exploitent Michelet et les documents du procès indiquent que la maison du Temple de Joigny relevait de la baillie du Temple de France et, plus directement peut-être, d’une petite baillie articulée autour de Coulours-en-Othe. Cette indication est précieuse : elle montre que les établissements de l’Yonne ne vivaient pas isolément, mais s’inséraient dans des circonscriptions administratives intermédiaires, où le précepteur d’une baillie pouvait intervenir dans la vie religieuse et disciplinaire d’une autre maison.

Un fait concret est ici connu : en 1306, une réception aurait été faite à Joigny par le précepteur de la baillie de Coulours, Jean Morel ou Moreau, de Beaune, en se substituant au précepteur de la maison, Dominique de Dijon, qualifié de frère sergent. Ce type de renseignement, tiré du dossier du procès et des analyses qui en dérivent, donne un rare aperçu de la vie effective d’une maison templière peu avant les arrestations. Il confirme à la fois la continuité du recrutement et le fonctionnement hiérarchisé du réseau.

La topographie urbaine a également gardé la mémoire de cette présence. Des érudits ont identifié l’emplacement de l’ancienne maison du Temple près de la porte de Joigny, à Villeneuve-le-Roi. Comme souvent, la prudence s’impose sur les reconstructions trop détaillées, mais l’existence durable d’une mémoire de lieu n’est pas sans valeur lorsqu’elle rejoint les sources écrites.

Joigny devait sa place templière à sa situation sur l’Yonne, axe de circulation et d’échanges. Une maison du Temple implantée dans une ville de comté comme celle-ci pouvait profiter de revenus fonciers, de rentes et d’un accès commode aux réseaux commerciaux. Les documents hospitaliers postérieurs rappellent d’ailleurs, pour le secteur jovinien, l’existence de biens à Saint-Thomas, ce qui suggère des prolongements fonciers ou des dépendances dans l’environnement immédiat ; sur ce point, cependant, les prudences de détail restent nécessaires tant que chaque pièce n’est pas reprise acte par acte.

La commanderie templière de Sens

Sens tient une place particulière dans toute histoire templière de l’Yonne, moins peut-être par l’abondance d’informations conservées sur sa maison elle-même que par le poids immense de la ville dans les structures ecclésiastiques et politiques du nord du royaume. Être implanté dans le diocèse et dans l’orbite sénonaise signifiait pour le Temple évoluer dans un espace de haute densité institutionnelle, sous le regard d’un archevêché majeur, sur des routes très fréquentées entre Paris, la Champagne et la Bourgogne.

Les répertoires spécialisés mentionnent bien une commanderie templière de Sens. En revanche, les détails précis sur son patrimoine, ses officiers ou sa chronologie locale apparaissent, dans l’état accessible des sources repérées ici, beaucoup moins assurés que pour d’autres maisons de Bourgogne ou du Sénonais. Dans un tel cas, il vaut mieux s’en tenir à l’essentiel : la maison de Sens a existé, elle s’inscrivait dans le maillage du Temple au sein de l’archevêché sénonais, et son devenir a relevé du grand mouvement de transfert des biens templiers aux Hospitaliers après 1312.

Le cas de Sens rappelle une règle de méthode : l’importance historique d’une ville ne garantit pas à elle seule une documentation abondante sur la maison templière locale. L’historien doit accepter les silences des archives et distinguer ce qui est établi de ce qui ne l’est pas encore assez.

Pontaubert, implantation et futur centre hospitalier

Pontaubert occupe dans l’histoire templière de l’Yonne une place singulière. Le site n’est pas ici à présenter comme une commanderie du Temple au sens strict si cette qualification n’est pas fermement établie pour l’implantation retenue ; en revanche, il est capital pour comprendre le devenir des biens templiers du département après la suppression de l’ordre. Les traditions érudites et les travaux sur les commanderies de l’Hôpital montrent en effet que Pontaubert devint un pôle hospitalier chargé d’administrer plusieurs anciennes maisons du Temple dans l’Yonne.

Les notices historiques situent dès le XIIe siècle une présence hospitalière à Pontaubert. Après 1311-1312, les Hospitaliers y concentrèrent l’administration d’anciennes possessions templières, parmi lesquelles les maisons du Saulce-d’Escolives, d’Auxerre, de Saint-Bris, de Vermenton, de Sacy, de Vallan, de Monéteau et du Saulce d’Island. Cette réorganisation est un fait essentiel : elle montre que la suppression du Temple ne se traduit pas seulement par un changement de propriétaire, mais aussi par une redistribution des centres de commandement.

Pontaubert conserve aussi une mémoire monumentale de cet héritage. Des travaux érudits signalent dans l’église locale des éléments provenant de la chapelle templière du Saulce, notamment une sculpture de Notre-Dame du Saint-Saulce datée du XIIIe ou du début du XIVe siècle. Il s’agit là d’un indice intéressant sur la circulation des objets et sur la réutilisation de vestiges dans le cadre hospitalier ou paroissial postérieur.

Des maisons reliées par un réseau économique et administratif

Dans l’Yonne médiévale, les maisons du Temple ne doivent pas être envisagées comme des forteresses isolées. Leur force réside d’abord dans un réseau. Certaines implantations sont urbaines ou proches des villes, d’autres tiennent à des terres, à des moulins, à des prés, à des droits seigneuriaux, à des redevances en nature ou en argent. Les actes conservés dans les cartulaires de Bourgogne et les répertoires issus de d’Albon montrent bien, pour l’ensemble régional, la fréquence des donations foncières, des confirmations ducales et des transactions portant sur des usages précis.

Le secteur de l’Avallonnais et du Saulce d’Island en offre un bon exemple. Une charte de 1208 rapporte qu’Eudes, duc de Bourgogne, notifie et ratifie une donation faite aux Templiers du Saulce d’Island par Pierre d’Amancé au sujet d’un droit de moudre à son moulin d’Island. Une autre pièce, confirmée en 1263 par le duc de Bourgogne, concerne le bien de Ruissetes donné jadis aux Templiers. Même si le Saulce d’Island n’appartient pas à la liste des implantations à développer ici comme entité propre, ces actes éclairent très utilement l’économie templière de l’Yonne et expliquent pourquoi Pontaubert devint ensuite un centre d’administration de ces biens.

Le recours aux moulins, aux terres labourables, aux prés et aux droits de justice n’a rien d’anecdotique. C’est ce tissu de revenus ordinaires qui permettait à l’ordre de vivre, de financer ses obligations religieuses, d’entretenir ses frères et de contribuer, à plus longue distance, à l’effort général du Temple. La puissance templière fut d’abord une puissance de gestion.

1307-1312 : l’arrestation des Templiers et la fin de l’ordre

Le destin des Templiers de l’Yonne bascule avec la décision royale de Philippe IV le Bel. Les Archives nationales rappellent la chronologie désormais classique : ordre secret d’arrestation le 14 septembre 1307, arrestations dans tout le royaume le 13 octobre 1307, puis développement du procès jusqu’à la suppression pontificale de l’ordre par la bulle Vox in excelso le 22 mars 1312. La bulle Ad providam, du 2 mai 1312, attribue ensuite les biens du Temple à l’ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem.

Pour l’Yonne, les sources du procès sont particulièrement utiles lorsqu’elles permettent de rattacher des frères à des maisons locales. Les recueils spécialisés conservent ainsi le souvenir de réceptions faites à Joigny et mentionnent, pour le Saulce sur Yonne dans le diocèse d’Auxerre, une réception en la chapelle de la maison par un précepteur nommé Jean de Saint-Cler. Ces notations, brèves mais précieuses, montrent que les maisons de la région participaient pleinement à la vie religieuse et institutionnelle de l’ordre peu avant sa chute.

Il faut toutefois éviter d’attribuer sans preuve à Auxerre, Joigny, Sens ou Pontaubert des épisodes spectaculaires particuliers du procès. L’histoire générale de la persécution est certaine ; la documentation locale détaillée demeure inégale selon les maisons.

Le devenir hospitalier des biens templiers dans l’Yonne

Le transfert aux Hospitaliers n’a pas simplement sauvé des patrimoines ; il a aussi transformé leur organisation. Dans l’Yonne, la documentation érudite concorde pour montrer que plusieurs anciennes maisons templières furent ensuite administrées depuis Pontaubert. Le phénomène est bien connu ailleurs dans le royaume : des maisons modestes ou affaiblies sont intégrées à des commanderies hospitalières plus solides, capables d’assurer la gestion des terres, des cens, des chapelles et des obligations liturgiques.

Cette continuité sous changement d’ordre explique aussi la survie des archives. Les fonds passés des Templiers aux Hospitaliers ont souvent été recopiés, classés, parfois résumés dans les siècles suivants. C’est pourquoi des historiens comme Mannier ont pu travailler à partir des archives du grand prieuré de France, tandis que les Archives nationales conservent aujourd’hui des répertoires détaillés pour ces commanderies et leurs titres.

Événements marquants pour l’histoire templière de l’Yonne

  • Vers 1130 : les traditions érudites situent les premières présences templières connues dans l’Yonne à cette époque, ce qui correspond au premier essor de l’ordre dans le nord du royaume.
  • 1208 : confirmation du duc de Bourgogne en faveur des Templiers du Saulce d’Island au sujet d’un droit de moulin, témoignage concret de l’économie foncière templière dans le secteur icaunais.
  • 1263, 17 avril : nouvelle confirmation ducale d’un bien donné aux Templiers du Saulce d’Island.
  • 1306 : réception attestée à Joigny, signe que la maison fonctionne encore normalement à la veille des arrestations.
  • 13 octobre 1307 : arrestation des Templiers dans tout le royaume de France.
  • 1312 : suppression de l’ordre du Temple puis attribution de ses biens aux Hospitaliers.
  • Après 1312 : réorganisation hospitalière, avec concentration de plusieurs anciennes maisons templières de l’Yonne autour de Pontaubert.

Ce que l’on peut affirmer aujourd’hui

L’histoire des Templiers en Yonne repose sur un noyau solide : l’existence de maisons à Auxerre, Joigny et Sens, l’importance de l’environnement diocésain et routier qui a favorisé ces implantations, la place de Pontaubert dans l’administration hospitalière postérieure, et l’intégration de ces établissements au grand basculement de 1307-1312. À cela s’ajoutent quelques points précis bien documentés, comme l’activité de Joigny à la veille du procès ou les actes concernant le Saulce d’Island, utiles pour comprendre le fonctionnement territorial de l’ordre dans l’Yonne.

En revanche, il faut résister aux reconstructions trop assurées lorsqu’elles ne reposent que sur des traditions locales, des rapprochements toponymiques ou des résumés tardifs. L’ordre du Temple a laissé dans l’Yonne des traces réelles, mais inégalement documentées. C’est précisément cette combinaison d’archives sûres, de silences et de survivances de terrain qui donne à cette histoire son intérêt : elle oblige à lire ensemble les cartulaires, le procès, les fonds hospitaliers et la topographie héritée.

Ainsi comprise, la présence templière dans l’Yonne n’apparaît ni marginale ni légendaire. Elle révèle au contraire un territoire pleinement inséré dans les grands réseaux religieux, économiques et administratifs du Temple, avant que la suppression de l’ordre ne transfère cet héritage aux Hospitaliers, notamment autour de Pontaubert, en prolongeant pendant des siècles la mémoire de ces établissements.

Explorer les implantations templières du département

Sceau de l’Ordre du Temple