Domaine du Temple de Crots
Repères territoriaux liés
À Crots, l’existence d’un bien templier est attestée par un petit faisceau d’indices concordants qui renvoient à un même secteur de Montmirail. La documentation ne permet pas d’y reconnaître avec certitude une commanderie autonome ; elle désigne plutôt un domaine, identifié par la toponymie du Temple et par celle de la Chevalerie, et suffisamment établi au XIIIe siècle pour servir de lieu de rédaction ou d’expédition d’un acte dauphinal.
Localisation historique
Le bien se situait sur le territoire de l’ancienne communauté des Crottes, aujourd’hui Crots, dans le pays d’Embrun. La documentation place ce domaine dans le secteur de Montmirail. Un quartier de la commune portait le nom de Le Temple, ce qui conserve la mémoire de cette possession. Un autre toponyme associé, la Chevalerie, est également signalé à Montmirail comme relevant des biens détenus par les Templiers.
Les formes anciennes conservées par les textes montrent la durée de cette désignation. En 1234 apparaît la mention latine Campus de Cavalaria, qui renvoie clairement au nom de la Chevalerie. Plus tard, en 1458, un cadastre mentionne In Templo, preuve que le souvenir du Temple restait inscrit dans l’organisation locale de l’espace bien après la disparition de l’ordre.
Attestation au XIIIe siècle
L’attestation la plus nette remonte à l’année 1234. Cette année-là, une lettre de Guigues-André, dauphin, traite des pâturages et des défrichements pratiqués par les habitants des Crottes dans les bois de Montmirail. L’acte est donné ou daté à Montmirail, dans la maison des chevaliers du Temple. Cette indication est essentielle : elle prouve qu’il existait alors sur place une maison templière suffisamment identifiée pour servir de cadre à un acte touchant à l’exploitation du terroir et des bois.
Le document ne décrit pas les bâtiments, ni l’étendue exacte du domaine, mais il relie directement la maison du Temple aux questions d’usage pastoral et de mise en culture. Le contexte est celui d’un espace montagnard ou de piémont où les droits de parcours, les défrichements et l’ouverture de nouvelles terres avaient une importance concrète. La maison templière de Crots s’insérait donc dans un territoire vivant, disputé ou du moins réglementé, et non dans une simple possession nominale.
Biens et structure du domaine
Les éléments conservés désignent à Crots non un établissement complexe bien documenté, mais un ensemble foncier articulé autour de deux noms : le Temple et la Chevalerie. Les Templiers y possédaient des domaines à Montmirail. La nature exacte de chacun de ces biens n’est pas détaillée dans les textes fournis : on ne peut donc affirmer ni l’existence d’une chapelle, ni celle d’un moulin, ni celle d’une grange spécialisée. En revanche, le vocabulaire employé suffit à reconnaître une implantation territoriale réelle, appuyée sur des terres ou sur des quartiers durablement individualisés.
La mention de la Chevalerie mérite attention. Sous la forme Campus de Cavalaria en 1234, elle évoque un terroir ou une pièce de terre identifiée par un nom déjà stabilisé au début du XIIIe siècle. Associée au Temple, elle suggère que les possessions templières de Crots ne se réduisaient pas à un seul tènement isolé, mais comprenaient au moins plusieurs unités reconnues localement.
Insertion dans l’organisation templière régionale
Le domaine de Crots paraît avoir relevé de l’ensemble templier administré dans les diocèses de Gap et d’Embrun. Pour cette région, la documentation signale qu’au moins pendant une partie du XIIIe siècle plusieurs maisons du Temple furent placées sous l’autorité d’un même commandeur dépendant du maître de Provence. Cette organisation régionale éclaire la place probable de Crots : le site apparaît comme une possession intégrée à un réseau plus large, plutôt que comme un centre de premier rang explicitement qualifié de commanderie dans les textes conservés ici.
Plusieurs responsables sont connus pour cet ensemble régional : Pons Niel est attesté dans ces fonctions en 1243 et 1252 ; Ozile est parfois appelé commandeur de Gap ; Roncelin, mentionné comme commandeur d’Embrun en 1300, est d’interprétation plus incertaine ; enfin Guillaume de Ranc est dit commandeur des maisons du Temple dans les environs de Gap en 1305. Aucun de ces hommes n’est nommé expressément pour Crots dans les textes fournis, mais leur présence montre dans quel cadre administratif le domaine de Montmirail pouvait être géré.
Rapports avec Embrun
Les terres possédées à Montmirail sont données comme relevant de la maison du Temple d’Embrun. Cette indication est importante pour comprendre le rang du site de Crots. Embrun possédait un établissement templier de niveau supérieur, décrit comme une commanderie, et les biens de Montmirail dépendaient de cet ensemble. Dès lors, la maison du Temple mentionnée à Crots en 1234 doit être comprise avec prudence : il s’agissait bien d’une maison des Templiers, mais rien n’autorise, sur la seule base des documents ici réunis, à la hisser au rang de commanderie distincte.
Cette dépendance à l’égard d’Embrun s’accorde avec la géographie du secteur. Le pays des Crottes appartenait à l’orbite d’Embrun, et les possessions de Montmirail pouvaient être administrées depuis ce centre tout en conservant sur place une maison, un domaine et des terroirs suffisamment individualisés pour apparaître dans les actes et dans la toponymie.
Conflits d’usage et exploitation du territoire
Le texte de 1234 est le seul qui fasse entrer Crots dans une situation concrète. Il ne s’agit pas d’une simple liste de biens : la lettre du dauphin concerne les pâturages et les défrichements des habitants des Crottes dans les bois de Montmirail. Cela place le domaine templier au cœur des usages collectifs et des transformations du paysage. Les questions abordées touchent à l’accès aux ressources forestières, à l’extension des terres mises en culture et aux équilibres entre communautés rurales, pouvoirs seigneuriaux et détenteurs de domaines.
On ne sait pas, d’après les seules données fournies, si les Templiers étaient partie prenante du conflit, simples hôtes de l’acte, ou détenteurs de droits directement concernés. Mais le choix de leur maison comme lieu associé à cette lettre montre au minimum que leur établissement occupait une place reconnue dans le secteur de Montmirail.
Après la suppression de l’ordre
Aucun acte de transfert n’est cité ici pour Crots même. Toutefois, l’ensemble régional des maisons du Temple de Gap et d’Embrun passa aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem après la suppression de l’ordre du Temple. Dans la mesure où les terres de Montmirail relevaient de la maison d’Embrun, il est très probable que le domaine de Crots ait suivi le même destin institutionnel. En l’absence d’un acte particulier mentionné pour Crots dans les documents fournis, il convient néanmoins d’en rester à cette conclusion prudente.
Toponymie et mémoire du lieu
La principale survivance du domaine est toponymique. Le nom de Le Temple, conservé comme quartier de la commune, prolonge directement le souvenir de l’ancienne possession. La forme In Templo relevée en 1458 montre que cette mémoire était encore active au XVe siècle dans les désignations foncières. De même, le nom de la Chevalerie, déjà attesté en 1234 sous une forme latine, confirme la persistance d’un vocabulaire local lié à l’implantation templière.
Dans un dossier aussi mince, ces noms de lieux ont une grande valeur. Ils ne prouvent pas à eux seuls l’importance monumentale du site, mais ils confirment l’enracinement local de la possession. À Crots, l’histoire templière n’apparaît donc pas seulement dans une mention isolée : elle a laissé une empreinte durable dans la nomenclature du terroir, centrée sur Montmirail et sur les quartiers du Temple et de la Chevalerie.
En l’état des faits disponibles, la maison du Temple de Crots se laisse définir comme un domaine templier attesté en 1234 à Montmirail, composé au moins des secteurs du Temple et de la Chevalerie, inséré dans la dépendance d’Embrun et encore lisible dans la toponymie du XVe siècle. Au-delà, toute reconstitution plus développée des bâtiments, des revenus ou des officiers propres au lieu dépasserait ce que permettent les documents conservés ici.
Implantations liées à cette commune
Cette page fait partie d’un ensemble local comportant une ou plusieurs notices distinctes. Ces raccords permettent de replacer la commune et ses établissements dans le même dossier territorial sans les fusionner.
Situer cette implantation

Raccord historique local
Le rapprochement territorial désormais consolidé permet de relier Crots à un point d’implantation templière documenté dans le même département : Crots – Champ-Chevalier.
Ce lieu est aujourd’hui rattaché à Crots – 05 Maison du Temple de Crots Le Temple. Cette précision permet de distinguer le site historique de la commune administrative actuelle.
Le dossier fait notamment apparaître maison du Temple. Ces éléments sont présentés comme des repères du secteur et non comme la preuve automatique d’une commanderie dans la commune moderne.
La formulation reste volontairement prudente : le rapprochement confirme un lien territorial documenté sans étendre au-delà des éléments établis la nature exacte de la présence de l’Ordre du Temple.