Chapelle et domaine du Temple de Montmirail
Repères territoriaux liés
Montmirail correspond à un ancien mandement situé dans l’actuelle commune de Crots, dans le pays d’Embrun. Les indications conservées ne décrivent pas ici une commanderie autonome, mais un ensemble de biens templiers localisés dans ce territoire et relevant de la maison du Temple d’Embrun. La qualification de chapelle attachée au lieu doit donc être maniée avec prudence : les textes signalent bien l’existence d’une ancienne chapelle de Notre-Dame dans le hameau principal de Montmirail, mais ils insistent surtout sur l’importance foncière des possessions du Temple dans ce secteur.
Localisation historique
L’ancien mandement de Montmirail englobait le territoire compris entre les torrents de Boscodou, de Banafré et la Durance. Cette circonscription fut supprimée vers 1480, puis partagée entre les communautés de Crots et de Savines. Montmirail relevait sur le plan paroissial des Crottes, aujourd’hui Crots.
Le hameau lui-même est anciennement attesté sous plusieurs formes latines ou romanisées : Montmira en 1132, Monsmiratus en 1142, puis encore en 1234, 1268, 1320, 1508 et 1532. Cette continuité documentaire montre la permanence du nom du lieu bien au-delà de la disparition de l’ordre du Temple.
Chapelle et cadre ecclésiastique
Montmirail ne formait pas une paroisse distincte. Les textes signalent toutefois, dans le hameau principal, une ancienne chapelle placée sous le vocable de Notre-Dame. Plus tardivement, une autre chapelle fut fondée en 1708 au hameau du Bois par Jean Albrand, sous le titre de saint Benoît. Ces mentions sont utiles pour comprendre le paysage religieux local, mais rien dans les éléments conservés n’autorise à attribuer directement ces fondations aux Templiers.
Le territoire de Montmirail se trouvait par ailleurs dans l’environnement immédiat de l’abbaye de Notre-Dame de Boscodon, fondée en 1132. Les rapports entre Boscodon et les détenteurs des anciens biens du Temple réapparaissent plus tard dans un contentieux précis, signe que les droits ecclésiastiques et fonciers y étaient étroitement imbriqués.
Attestation templière et nature des biens
La présence templière est explicitement assurée en 1234. À cette date, l’ordre possédait à Montmirail des biens décrits comme importants. Deux secteurs en conservent le souvenir toponymique : Le Temple et Champ-Chevalier. La documentation relative à Crots mentionne aussi, pour 1234, Campus de Cavalaria, forme ancienne qui éclaire l’ancienneté du second de ces noms.
Un acte de 1234 est particulièrement révélateur, non seulement de la possession, mais aussi d’une implantation bâtie sur place. Il s’agit d’une lettre du dauphin Guigues-André concernant les pâturages et les défrichements des habitants des Crottes dans les bois de Montmirail, rédigée « en la maison des chevaliers du Temple ». Cette formule établit qu’il existait alors, à Montmirail, une maison templière au sens matériel du terme. En revanche, les données fournies ne permettent pas d’en faire une commanderie indépendante.
Possessions, exploitation et toponymie foncière
Les biens du Temple à Montmirail paraissent avoir formé un domaine rural consistant. Les textes ne détaillent pas parcelle par parcelle son contenu, mais leur importance est assez nette pour qu’ils aient laissé des noms de lieu durables. Le quartier dit Le Temple est encore attesté plus tard sous la forme In Templo en 1458 dans le cadastre de Crottes. Cette survivance toponymique suggère la mémoire locale d’un centre d’exploitation ou d’un siège domanial.
Le nom de Champ-Chevalier, rapproché de Campus de Cavalaria en 1234, doit également être retenu comme un indice fort d’ancienneté. Les textes associent ensemble le domaine du Temple et celui de la Chevalerie à Montmirail. On doit y voir la désignation de biens ou de quartiers distincts à l’intérieur du même ensemble foncier, sans aller au-delà de ce que la documentation autorise.
Rattachement administratif templier
Les terres de Montmirail dépendaient de la maison du Temple d’Embrun. Cette dépendance est expressément indiquée et replace Montmirail dans un réseau plus large d’établissements templiers du diocèse. Pour une partie du XIIIe siècle au moins, plusieurs maisons du Temple dans les diocèses de Gap et d’Embrun furent administrées sous une autorité commune.
Parmi les responsables connus pour cet ensemble figurent Pons Niel, attesté en 1243 et 1252, puis Ozile, parfois qualifié de commandeur de Gap. Pour la période terminale de l’ordre apparaissent encore Roncelin, mentionné comme commandeur d’Embrun en 1300, et Guillaume de Ranc, signalé en 1305 comme commandeur des maisons du Temple dans les environs de Gap. Rien ne prouve qu’ils aient résidé à Montmirail, mais le domaine entrait dans la sphère de gestion de ces autorités régionales par l’intermédiaire d’Embrun.
Événements connus au début du XIVe siècle
La documentation devient particulièrement précise au moment de la chute de l’ordre. Le 23 mai 1308, Jean Bonfils, agissant au nom du dauphin, inféoda aux consuls d’Embrun les biens des Templiers de Montmirail, moyennant une somme de 50 livres payée une fois et une rente annuelle de 20 livres. Quelques jours plus tard, le 7 juin 1308, le dauphin ratifia cette aliénation faite par son procureur. Ces actes montrent que les biens de Montmirail firent l’objet d’une reprise et d’une redistribution très rapides dans le contexte de la suppression du Temple.
Cette séquence n’épuisa pas les contestations. Le 27 avril 1316, une transaction fut conclue entre Geoffroy de Cubriis, commandeur de Saint-Jean de Jérusalem à Gap et à Embrun, et l’abbaye de Boscodon au sujet de biens situés dans le territoire de Montmirail, provenant des Templiers et disputés entre les deux parties. L’arbitrage fut confié à Raymond Payan, qui décida le maintien de la situation existante. Parmi les témoins figurent Guillaume Galle, précepteur de Notre-Dame du Lauzet, Pierre de Rousset, précepteur du Saint-Sépulcre de Charges, ainsi que des religieux de Boscodon. Cet acte éclaire concrètement la difficulté de fixer les droits sur l’héritage templier dans ce secteur.
Le devenir hospitalier
Comme ailleurs, les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem succédèrent aux Templiers dans la jouissance des biens qui n’avaient pas été distraits. À Montmirail, ils apparaissent comme coprotagonistes de la dîme avec l’abbaye de Boscodon, le partage étant dit inégal. Cette mention prouve que la succession ne fut pas seulement foncière, mais toucha aussi aux revenus ecclésiastiques liés au territoire.
Néanmoins, le domaine de Montmirail ne resta pas durablement intact dans les mains hospitalières. Il est indiqué qu’il avait été aliéné avant 1667. Cette précision tardive atteste la disparition ancienne de l’unité domaniale héritée du Temple et reprise par l’ordre de Saint-Jean, même si certains droits ou souvenirs toponymiques avaient pu subsister.
Traces et mémoire du site
Le principal intérêt historique de Montmirail tient à la convergence de plusieurs indices précis : une maison des chevaliers du Temple attestée en 1234, un domaine jugé important à la même date, son rattachement à Embrun, puis sa réaffectation et ses litiges après la suppression de l’ordre. À cela s’ajoute la conservation de toponymes particulièrement explicites, Le Temple et Champ-Chevalier, qui ancrent matériellement cette présence dans le paysage.
En l’état des données disponibles, Montmirail doit donc être compris comme un territoire de possessions templières structurées autour d’une maison et de terres dépendant de la commanderie d’Embrun, non comme une commanderie distincte. La chapelle ancienne de Notre-Dame appartenait au cadre religieux du hameau, tandis que l’empreinte la plus sûre de l’ordre reste celle d’un domaine foncier et d’une implantation rurale durablement inscrits dans la topographie locale.
Implantations liées à cette commune
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Situer cette implantation
